Le procès d'Alain Mathot reprend, ce jeudi, au tribunal correctionnel

Ce n’est pas encore l’épilogue, loin de là, dans cet interminable feuilleton politico-judiciaire, mais c’est au moins l’amorce de la dernière ligne droite du dossier Intradel Uvelia. Ce procès, c’est d’une certaine manière moutarde après dîner : tous les protagonistes de cette vaste affaire de corruption ont été jugés, et presque tous condamnés, en première instance et en cour d’appel, sauf… Alain Mathot.

Il a comparu seul, lors d’une première audience en juin. Il a réfuté toutes les accusations, même s’il a parfois semblé "chercher la pièce pour boucher le trou". Qu’est-ce qui est reproché à l’ex-député bourgmestre sérésien ? D’avoir perçu trois quarts de millions de commissions occultes, dans le cadre de la construction d’un incinérateur à ordures ménagères. Des billets, fourrés dans des enveloppes, remises de la main à la main, par le directeur général de la société française qui a décroché le contrat. Des surveillances de téléphonie, de dépenses, de déplacements accréditent la thèse de contacts fréquents, de rencontres multiples. Mais peut-être s’est-il agi, simplement, de la recherche de mécénat pour l’équipe de foot de la localité, et de présenter des sous-traitants pour le chantier ? C’est la version de la défense, qui pointe quelques incohérences dans le dossier répressif.

Des doutes, qu’il reste à balayer

Les paiements auraient commencé après l’octroi du marché, alors que d’habitude, ce genre de pots-de-vin se distribue avant. Et puis, le corrupteur a poursuivi ses retraits d’argent aux distributeurs longtemps après le dernier "don" supposé à Alain Mathot. Dans une lettre adressée au président de la firme, rédigée en des temps non suspects, l’homme a détaillé ses dépenses auprès de "facilitateurs d’affaires": des noms, plusieurs noms. Pas Alain Mathot. Alors, ses dénonciations ne chercheraient-elles pas à masquer des rétrocommissions engrangées à son strict profit personnel ? Pour s’en assurer, il aurait fallu s’intéresser au plus près à ce personnage. Mais le juge d’instruction ne l’a jamais vraiment cuisiné. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles, lorsqu’il a été question de renvoyer Alain Mathot, alors député, en correctionnelle, la chambre des représentants a refusé la levée de son immunité. Motif ? Une enquête à charge, à la limite de l’acharnement. La justice liégeoise l’a très mal pris. Elle a patiemment attendu que l’intéressé soit redevenu un citoyen ordinaire. Et ce dossier Intradel présente donc des relents d’un bras de fer entre magistrature et politique. Le réquisitoire, qui doit être tracé ce jeudi, devrait permettre d’en mesurer l’intensité.

Journal télévisé 18/06/2020

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