Le mécénat environnemental des entreprises : démarche sincère ou greenwashing ?

Dans une petite forêt enneigée située au cœur de la région du Condroz, nous découvrons la plantation de milliers de petits arbustes. Une infection due à un champignon a provoqué la mort de nombreux frênes, alors douze mille arbres ont été replantés récemment. L’opération a été financée en partie par trois entreprises belges bien connues du grand public. "L’arbre que vous voyez ici a été financé par Luminus" nous informe Pierre Hermans, les mains dans la neige. "Autrement, sur cette forêt, nous avons également BNP Paris et Duvel-La Chouffe."

Ces entreprises ont la volonté de faire quelque chose pour l’environnement, mais ne savent pas toujours quoi.

L’homme est expert forestier et fondateur de la société Sylva Nova, il collabore depuis plusieurs années avec de nombreuses entreprises belges ou étrangères qui souhaitent agir en tant que mécènes pour l’environnement. "Ces entreprises ont la volonté de faire quelque chose pour l’environnement mais ne savent pas toujours quoi" nous précise Pierre Hermans. "Nous travaillons vraiment comme partenaires techniques, on est là pour leur amener un dossier bien monté parce que ce n’est pas leur métier de planter des arbres."

Parmi les entreprises qui pratiquent le mécénat forestier, on retrouve donc Luminus. La société est souvent pointée du doigt par les défenseurs de l’environnement car elle produit de l’électricité à partir du nucléaire et des combustibles fossiles. Mais sa volonté, nous dit-on, est d’aller vers autre chose. "Notre raison d’être, c’est de construire un avenir énergétique neutre en CO2 en préservant la planète, le bien-être et le développement économique grâce à l’électricité, ça, c’est notre métier." souligne Anne Grosjean, directrice de la communication chez Luminus "Et donc, toutes les actions que l’on mène en termes de mécénat et de partenariat, elles doivent soutenir notre mission au plus près possible."

 

Zones sinistrées, là où l’argent des entreprises est indispensable

Les entreprises belges sont nombreuses à également financer la plantation d’arbres en dehors de notre pays, dans des régions où leur contribution est essentielle. C’est le cas notamment au Portugal ou en Espagne dans des zones incendiées. "Souvent, ce sont des forêts qui appartiennent à des petites municipalités dont le budget global représente à peu près le coût de reboisement" précise Pierre Hermans de chez Sylva Nova, "Ils n’ont aucune capacité pour intervenir eux-mêmes. On est dans des régions où si on n’a pas d’intervention humaine pour reboiser, on arrive à des situations de désertification."

 

Quand le mécénat se transforme en greenwashing

Si le mécénat environnemental est d’abord une question d’image, il s’inscrit aussi dans une réelle volonté d’évolution de l’entreprise qui la pratique. Mais parfois, certaines sociétés se donnent une image écologique trompeuse, on parle alors de greenwashing. "Le greenwashing, c’est une pratique de marketing qui utilise l’argumentation écologique pour améliorer l’image de l’entreprise. C’est vraiment l’idée de mentir ou de détourner l’attention" définit Virginie Xhauflair, professeur à HEC-ULiège.

H&M qui commercialise des vêtements en matières recyclées, surfant sur la mode du zéro déchet. Coca-Cola qui propose un nouveau produit en donnant à son logo une couleur verte, tout ça c’est du greenwashing. Même si aujourd’hui, cette pratique a tendance à diminuer. "Je pense que c’est de plus en difficile de faire du greenwashing car les entreprises sont trop exposées" ajoute Virginie Xhauflair. "Elles sont scrutées. Et pas seulement par les consommateurs finaux mais aussi par toute une série de groupes qui s’organisent, comme des groupes activistes ou des ONG environnementales."

Par définition, nous n’acceptons pas de fonds de certaines compagnies.

De leur côté, les ONG refusent de collaborer avec n’importe quelles entreprises. C’est le cas de l’Institut Jane Goodall qui soutient notamment la plantation des arbres sur le site que nous avons visité en région liégeoise. "Par définition, nous n’acceptons pas de fonds de certaines compagnies." précise Anouska Plasmeijer, directrice exécutive chez Jane Goodall Institut Belgium "On ne travaille pas avec l’industrie de l’armement. On ne collabore pas avec des entreprises qui pratiquent l’expérimentation animale, etc. Les entreprises avec lesquelles nous travaillons, je pense sérieusement qu’elles sont sincères."

L’an dernier, en grande partie grâce aux entreprises, la société liégeoise de consultance forestière fondée par Pierre Hermans a financé la plantation de plus d’un million six cent mille arbres en Europe.

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