Le Dr Lucien Bodson touché par le covid-19 : "le premier jour de ma retraite, j'ai dû venir aux urgences"

Victime du Covid, Lucien Bodson, chef des urgences au CHU de Liège, témoigne
Victime du Covid, Lucien Bodson, chef des urgences au CHU de Liège, témoigne - © RTBF

Il a pris soin des patients durant de très nombreuses années et se retrouve aujourd’hui à leur place. Dans le milieu médical, le Docteur Bodson est une figure. Pionnier de la médecine d’urgence, il a souvent été l’homme de la situation lors de différentes crises. Ces derniers mois, il a travaillé sans relâche pour gérer au mieux le Covid-19 au CHU de Liège, où il officiait en tant que responsable du plan d’urgence hospitalier. Ironie de l’histoire, le virus l’a finalement rattrapé : "Malheureusement pour moi, sur une semaine, j’ai eu de plus en plus de difficultés respiratoires, et le premier jour de ma retraite, le 1er novembre, tout ce que j’ai pu faire, c’est venir d’urgence aux urgences".

Transféré aux soins intensifs après une semaine

Durant une semaine, le Docteur Bodson a lutté, mais épuisé, il est finalement conduit aux soins intensifs où il est intubé. L’urgentiste sait alors qu’il a au moins une chance sur trois d’y rester : "Ce que je me dis d’abord, c’est : "il faut que je vois ma famille". Pour moi, mourir ne me faisait pas peur, ce qui me faisait peur, c’est de ne pas pouvoir retrouver ma famille parce que je crois que je peux encore les rendre heureux pendant quelques années".

Un choc pour son équipe

A ce moment-là, au sein de l’hôpital, le transfert aux soins intensifs du médecin est un choc. Professeur Alexandre Ghuysen, chef du service des urgences au CHU de Liège : "C’est un moment très particulier celui-là, celui où on sait qu’il va aller aux soins intensifs. On sait que c’est une traversée dont on ne revient pas toujours". "Ça a été vraiment un séisme pour tout le monde" se souvient Valéria Angelozzi, médecin urgentiste. "C’était le premier collègue qui s’est retrouvé dans une situation aussi dramatique, aux soins intensifs, intubé, ventilé. Ça a vraiment été un choc pour tout le monde".

Je me suis demandé si c’était ça la mort

Au bout d’une semaine, Lucien Bodson va un peu mieux. Il peut être extubé. Mais alors qu’il se réveille, commence selon lui l’un des pires moments : "Dans ce semi-coma, je savais que j’étais médecin, anesthésiste, je connaissais l’effet des drogues, mais les images que je voyais, les flashs, les scintillements que je voyais, je ne les comprenais pas. Et à un moment je me suis même demandé : "Est-ce que c’est ça la mort peut-être ?"

Personne n’est à l’abri

Aujourd’hui, le Docteur Bodson est toujours hospitalisé, mais il est sorti d’affaire, et cette histoire l’aura au moins convaincu sur un point : "Personne n’est à l’abri. Même avec un petit chapeau, un masque, une blouse, des gants, etc., vous ne sauriez pas être protégé à 100%. Alors, a fortiori, si vous ne mettez pas de protection, et que vous courez partout, et que vous bisoutez tout le monde, vous pouvez être sûr que vous allez le choper".

Il a toujours du mal à respirer et sait que cela durera encore plusieurs mois, mais Lucien Bodson est un homme heureux, décidé à profiter de sa retraite bien méritée.

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