Le Centre des Technologies Agronomiques de Strée, pionnier de la culture d'orties

Les orties d'un champ du CTA
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Les orties d'un champ du CTA - © RTBF

Cultiver des orties: un projet lancé il y a 25 ans par le Centre des Technologies Agronomiques de Strée, en région hutoise. Il a développé sa propre ortie. Il est aujourd'hui le seul en Belgique, et peut-être au monde, à produire des semences d'orties sélectionnées. Son idée a d'abord convaincu dans certains pays voisins, mais elle commence à prendre en Wallonie où trois agriculteurs se sont également mis à la culture de l'ortie du CTA.

L’ortie… Depuis 25 ans, cette plante est au centre d’un des projets de recherche du Centre des Technologies Agronomiques de Strée. Comment cet intérêt est-il né ? Christian Marche, le directeur du CTA : " Il y a 25 ans, le prix de la protéine végétale atteignait un sommet extraordinaire, au vu du prix du soja, et tout le monde a commencé à chercher des cultures qui pourraient être des substituts de ce soja. Et c’est comme ça que j’ai été amené à rechercher une plante, non pas une plante tropicale que j’aurais pu adapter à la Wallonie, mais plutôt une plante qui se trouvait naturellement en Wallonie et que personne ne regardait et qui avait une certaine valeur alimentaire. Grâce à la Région Wallonne, nous avons eu des subsides pour développer un projet et, dans le cadre de ce projet, nous avons récolté 4000 pieds d’orties différents dans toute la Wallonie. Nous avons commencé à les observer, puis les sélectionner pour arriver à développer notre propre ortie, un phénotype original, mais qui malheureusement n’est pas encore enregistré au niveau de la Région Wallonne, puisqu’on ne peut pas parler d’une variété à l’heure actuelle. "

Une plante aux qualités multiples

L’ortie a de nombreuses qualités. " J’en découvre encore régulièrement. ", commente Christian Marche, " Tout d’abord, il faut savoir que l’ortie est une plante pérenne, c’est ça qui est très intéressant, on la met en place, vingt ans après elle est toujours là. Donc ça diminue tous les coups d’installation. D’autre part, point de vue qualité, l’ortie est très riche en protéines, on va même jusqu’à des 23 ou 24 % de protéines sur matière sèche. Elle est riche en minéraux. Elle est riche en vitamines. C’est une plante dont la protéine est également très intéressante, c’est la protéine végétale qui se rapproche le plus de la protéine animale. " Et elle permet au moins trois récoltes chaque année. En trois coupes, cinq à six tonnes peuvent être récoltées par hectare par an.

Une culture difficile à mettre en place

Mais mettre en place une culture d’orties n'est pas simple, contrairement à certaines idées reçues. Christian Marche : " Tout le monde pense que ça pousse partout, mais ce n’est pas le cas. En fait c’est très difficile à mettre en place. Nous produisons ici nos propres semences. Pour mettre une culture en place, nous devons ensemencer des mottes pressées ou ce qu’on appelle des " paper pots " que nous repiquons. Il est impossible à l’heure actuelle de semer des orties dans un champ et d’attendre qu’elles poussent, c’est trop difficile, ça ne marche pas. " La valeur alimentaire de l’ortie est principalement présente dans ses feuilles. " Je ne dis pas qu’il n’y a rien du tout dans les tiges, mais c’est surtout dans les feuilles qu’on retrouve toute la valeur alimentaire. La difficulté quand on cultive l’ortie c’est d’avoir, lors de la récolte, le maximum de feuilles. Le problème, quand on sèche l’ortie, les premières parties de la plante qui sèchent, ce sont les feuilles, et quand on les ramasse, elles cassent et elles tombent sur le sol, donc il faut faire très attention pour avoir le maximum de feuilles à la récolte. "

L’idée première était donc d’utiliser l’ortie pour l’alimentation animale. Le Centre des Technologies Agronomiques de Strée a du vérifier que les animaux aimaient l’ortie et la digéraient. " Nous avons fait des tests sur des moutons, sur de la volaille, sur des canards, sur des chevaux, voire même sur des chiens. Tous les animaux ont mangé de l’ortie, sous forme séchées bien entendu, et ce qui est intéressant à savoir aussi, c’est qu’ils la digèrent très bien. " Au départ, le projet envisageait d’utiliser les orties comme fourrage pour les animaux, mais elles se sont révélées tellement riches, qu’elles sont plutôt imposées comme complément alimentaire que comme aliment premier.

Le seul producteur de semences d'orties sélectionnées

Aujourd’hui, le CTA est le seul en Wallonie, en Belgique, et peut-être dans le monde à produire des semences d’orties sélectionnées. " En règle générale ", précise Christian Marche, " ceux qui vendent des semences, ce sont des semences qu’ils vont chercher dans la nature, donc aucune origine certifiée. A l’heure actuelle donc on produit nos propres semences, on produit les orties à repiquer, c’est comme ça qu’on tente de diversifier mais également d’étendre la culture de l’ortie. Au départ, on a eu plus d’échos en France qu’en Wallonie. Nul n’est prophète dans son pays. Il y a des orties qui ont été mises en place de la Normandie jusque la frontière suisse. Il y a des orties du centre qui poussent également au Luxembourg. Mais à l’heure actuelle nous avons quand même des agriculteurs en Wallonie qui sont très intéressés par développer la culture de l’ortie. Ils commencent. Donc l’objectif c’est d’arriver dans le minimum d’années à cent hectares d’orties et de mettre en place une coopérative pour cultiver des orties avec d’autres agriculteurs et également mettre en place une entreprise pour transformer l'ortie, soit la broyer, soit la faire en foin, soit la faire en pellets, pour l’alimentation animale. Mais ce qui est également intéressant, c’est l’alimentation humaine. " Le CTA réfléchit en effet aussi à d’autres débouchés pour l’ortie. " Au niveau alimentaire, surtout pour l’humain, il y a énormément à faire car l’ortie a des vertus extraordinaires. Tout le monde sait qu’on boit du potage d’orties au printemps, la seule raison c’est que c’est très riche en minéraux, très riche en fer, un fer qui est assimilé, ce qui n’est pas toujours le cas. Donc on voit qu’au niveau de l’alimentation humaine, il y a encore énormément de choses à faire, en dehors de ce fameux potage à l’ortie. "

Pionnier des recherches en matière de culture d’orties, le Centre des Technologies Agronomiques de Strée essaye aujourd’hui de conserver son avance. " Nous avons pensé les premiers à cultiver de l’ortie, donc on essaye de développer cela en Wallonie. Et d’autre part, ce que nous allons rechercher, c’est surtout produire de l’ortie de qualité, le maximum de qualité, afin de garder de l’avance par rapport à nos concurrents qui pourraient être intéressés par ce genre de culture. ", conclut le directeur du centre.

Martial Giot

 

 

 

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