La société Skechers, à Milmort, en délicatesse avec sa vidéosurveillance

Le tribunal du travail de Liège vient de débouter le groupe américain Skechers. La société aurait voulu licencier, de son centre européen de distribution de chaussures de Milmort, un ouvrier protégé par son statut syndical. Elle a tenté d'invoquer une faute grave, un sabotage. Mais les preuves, des images de vidéosurveillance, ont été déclarées illégales.

Les faits datent de septembre dernier: dans cette vaste chaine de manutention du groupe Skechers, "quelqu'un" aurait collé une étiquette sur un capteur, ce qui a interrompu l'arrivée des cartons d'emballage, ce qui a arrêté une ligne de palettes. Les soupçons se sont portés sur un travailleur présent ce jour-là, et par ailleurs candidat du syndicat libéral aux dernières élections sociales. Mais les collègues n'ont pas fourni de témoignages très précis. Et c'est ensuite sur la base de la vidéosurveillance que la procédure de mise à pied a été engagée. La justice a été sollicitée pour donner son aval. 

Mais voilà: les emplacements des appareils de prises de vues n'ont pas été communiqués à la commission de protection de la vie privée. C'est pourtant obligatoire. Le conseil d'entreprise, non plus, n'a pas été dûment informé. Or, selon les conventions collectives, ces dispositifs, s'ils sont permanents, sont déstinés au contrôle des machines, pas du personnel. La société Skechers aurait commis, de la sorte, des infractions qui sont sanctionnées par le code pénal. Dès lors qu'il ne s'agit pas, en l'occurrence, de poursuivre un délit, mais d'une procédure strictement civile, les prétendues preuves du sabotage sont donc illégales. C'est du moins ce que les juges du tribunal du travail ont estimé: faute de certitude, ils ont refusé l'autorisation de licencier. 

Cette décision rappelle, au passage, que même dans le cadre de relations strictement professionnelles, il est hors de question de s'asseoir sur les libertés fondamentales.

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