La pandémie menace la santé mentale de zéro à trois ans, les "oubliés" des politiques publiques ?

Dans le cadre de la crise sanitaire, les gouvernements ont multiplié les soutiens psychologiques à diverses catégories de citoyens, les adolescents, les étudiants… Mais personne ne semble se soucier de programmes spécifiques pour les très jeunes enfants. Une institution s’en occupe en région liégeoise, c’est le centre Diapason, qui dépend de l’intercommunale de guidance. Comme l’explique le docteur Graziella Bezzan, à la tête d’une équipe pluridisciplinaire, "les signes de détresse, de zéro à trois ans, sont souvent silencieux, ce sont des signes en creux, sans formation, ils ne s’entendent pas, ils ne se voient pas, mais un enfant qui ne babille pas, un enfant qui ne regarde pas, un enfant en retrait relationnel, c’est un enfant qui ne va pas bien… Ce sont des souffrances qui peuvent être prises en charge par des interventions thérapeutiques spécifiques."

Des petits patients (et leurs parents) toujours plus nombreux

Mais depuis le début de la pandémie, les demandes ont commencé à affluer, au centre Diapason, au point d’imposer désormais des délais d’intervention. Selon les diverses unités, la liste d’attente est de huit à douze mois. Or, les bébés n’ont pas le temps de patienter. "Les mille premiers jours constituent une période de plasticité pour les enfants et ils sont vulnérables aux perturbations de leur environnement affectif, à des parents stressés par la période actuelle, par exemple ; mais cette période de plasticité est également la plus propice pour trouver des solutions à des troubles de comportement, de langage, d’alimentation, de motricité."

Une pédopsychiatrie de guerre

Il faudrait donc agir sans tarder, et c’est tout le contraire : "c’est devenu une sorte de pédopsychiatrie de guerre, dans la mesure où nous sommes obligés de laisser, comme sur le champ de bataille, des enfants sans soins, et nous savons qu’ils risquent des trajectoires de développement qui peuvent les amener vers l’autisme, ou vers la délinquance parfois." Et le docteur Bezzan de conclure : "Déjà avant le coronavirus, les enfants de zéro à trois ans sont restés les oubliés des politiques de santé mentale, mais la troisième vague, elle est pédopsychiatrique."

 

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