L'affaire Wesphael, un an après: où en est le dossier?

Bernard Wesphael, lors de sa libération
Bernard Wesphael, lors de sa libération - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Ce vendredi 31 octobre, il y a très exactement un an que l'affaire Wesphael a éclaté. L'ex-président du Mouvement de Gauche, à la veille de la Toussaint, l'année dernière, a retrouvé son épouse, morte, dans la chambre de leur hôtel à Ostende. C'est du moins ce qu'il dit. Mais la justice le soupçonne de l'avoir tuée. Douze mois plus tard, où en est le dossier ?

Ce dossier déchaîne toujours autant les passions médiatiques. Il faut dire qu'un parlementaire, arrêté pour un flagrant délit d'assassinat, ce n'est pas banal. L'accusation parle d'une mort par asphyxie provoquée par un tiers. Les avocats de la défense avancent l'hypothèse d'un décès par dépression respiratoire, due à l'interaction pharmaceutico-ethylique, une sorte de suicide, volontaire ou involontaire. L'ancien député a toujours nié le meurtre. Il a passé dix mois en prison, avant d'être libéré à la fin août.

Mais le procès, ce n'est pas pour demain: l'instruction vient seulement de se clôturer. En tout cas, un interrogatoire récapitulatif s'est déroulé, selon nos informations, mardi. Il faut à présent transmettre le dossier au Procureur du Roi de Bruges, pour réquisitoire, puis à la Chambre des mises en accusation de Gand, pour dessaisissement au profit d'une juridiction francophone, puis à des magistrats vraisemblablement montois pour qualification des faits, bref, l'épilogue judiciaire, ce n'est probablement pas avant l'automne de l'année prochaine.

Les dernières semaines d'enquête ont-elles apporté des éléments neufs ?

Malgré un emballement journalistique depuis quelques jours, ce n'est pas vraiment le cas. Les témoignages des gens de la chambre d'à-côté, et de la chambre du dessous, qui ont été parfois évoqué comme des "révélations", ils ont été recueillis dès les premiers instants de l'enquête. Ces déclarations étaient connues dès avant la libération de l'ancien député Wesphael. Souvent, d'ailleurs, ces auditions sont imprécises, sur les heures, sur la nature des bruits qui ont été entendus. En fait, les investigations n'ont pas pu apporter de preuve irréfutable. Il reste des zones d'ombre.

Le procès-verbal du 13/12/2013

Dans ce compte-rendu d'un interrogatoire, il est écrit noir sur blanc que l'hypothèse d'une strangulation, d'un étranglement, est abandonnée. C'est la piste d'un étouffement qui est privilégiée. Un étouffement avec préméditation. Un étouffement avec un sachet en plastic. Le morceau de polyuréthylène a été saisi le jour du drame, il a été analysé: les empreintes digitales de l'accusé, ou ses traces d'ADN, ne s'y trouvent pas. C'est curieux, si une pression forte a été exercée à l'aide de cet objet. Mais il paraît que ce n'est pas anormal, vu la nature, très lisse du matériau.

La lettre du 24/2/2014

Les conseils de l'ex-parlementaire ont commandité une contre-expertise, qui  évoque, comme cause du décès, un mélange d'alcool et de médicaments, mais sans être catégorique, comme la plus haute probabilité. Et c'est d'ailleurs sans doute sur une querelle entre scientifique que cette affaire va déboucher. De ce point de vue, l'avis, très péremptoire, du professeur Boxho, de l'Université de Liège, qui s'est récemment exprimé publiquement en télévision, a de quoi surprendre. Cet éminent spécialiste est convaincu d'un homicide. Il exclut formellement l'empoisonnement, puisque, selon lui, les analyses sanguines révèlent simplement des doses thérapeutiques, non dangereuses, de pilules anxiolytiques. Il faut croire qu'il n'a pas lu toutes les pages du dossier, puisqu'une lettre du directeur général du laboratoire Chemiphar, datée du 24 février, avoue une erreur matérielle, dans son premier rapport, et établit finalement un taux sanguin de Lormétazépam  mille fois supérieur à ses conclusions initiales,  un taux quasi toxique à lui seul. La "faute de frappe", que dénonce la défense, est avérée. Ce n'est donc pas un argument à écarter d'un revers de manche, comme le fait le professeur Boxho.

Alors ? Alors, il convient de laisser du temps à la justice. C'est aux magistrats de dire la vérité judiciaire, la culpabilité ou l'innocence. Et dans l'attente d'un jugement, il faut se méfier des opinions définitives.

Michel Gretry

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