L'aéronautique wallonne au secours des hôpitaux pour fabriquer respirateurs et pièces de rechange

André Bertin
André Bertin - © Tous droits réservés

Les industriels wallons de l'aéronautique proposent de fabriquer le matériel dont les hôpitaux pourraient le plus manquer au moment du pic de l'épidémie de coronavirus : les respirateurs et leurs pièces de rechange. C'est l'ingénieur liégeois d'origine André Bertin qui en a eu l'idée le premier.

Reproduire les pièces de rechange

Ce spécialiste de l'industrie aéronautique connaissait le directeur médical du CHC à Liège. Le deuxième avait été le chef scout du premier. Un coup de fil les a réunis après quarante ans. Un rendez-vous sur le parking du nouvel hôpital, un salut scout puisqu'on ne peut plus se serrer la main et une visite du service des soins intensifs. Là, l'ingénieur scrute le respirateur que lui montre le médecin.

"On a regardé les machines, on s'est intéressé aux pièces et on s'est dit que oui, on pourrait tout faire nous-mêmes. Par exemple, un T de jonction entre deux tubes, on peut refaire la pièce en plastique, comme d'origine, mais on peut aussi prendre un bloc de métal, le percer, l'usiner et il aura la même fonction. Sur les pièces de rechange, on avance très vite. J'ai contacté mes designers, je leur ai demandé s'ils avaient prévu une sortie le week-end ou s'ils voulaient dessiner des pièces en 3D pour des respirateurs" et les dessinateurs se sont mis au travail.

Safran Aeroboosters, l'ex Techspace Aero, à Herstal, est aussi de la partie. "Après avoir vu André Bertin à la télévision" nous raconte le directeur général François Lepot, "je l'ai appelé puisque je le connais. Je lui ai demandé de quelle façon les moyens industriels de Safran Aeroboosters pouvaient être utilisés contre l'épidémie de coronavirus en Belgique. Il nous a proposé de travailler à la réalisation de pièces de rechange pour les respirateurs puisque les stocks sont extrêmement bas. Le monde entier est en train de demander les mêmes pièces de rechange. Il s'agit de faire des copies de ces pièces pour les fournir à nos hôpitaux. 

"La bagarre, c'est maintenant"

On a reçu une pièce et on l'a traduite sous forme de fichier informatique de manière à pouvoir en imprimer des clones avec nos imprimantes 3D plastique et métal. Il faut obtenir la qualité requise, ce n'est pas simple, mais c'est possible. On essaie de faire ça au plus vite parce que la bagarre, c'est maintenant.

J'ai eu des contacts avec la SRIW et la Région qui est un de nos actionnaires, de façon à pouvoir nous coordonner avec d'autres industries et aussi avec les hôpitaux pour voir quel est le vrai besoin. Le but est d'arriver à sauver des vies au plus vite, pas de faire de l'ingéniérie pour le plaisir. On doit se focaliser sur ce qui est le plus utile."  

Voilà pour les pièces de rechange destinées aux respirateurs déjà présents dans les hôpitaux, mais l'idée d'André Bertin, c'était aussi de pouvoir produire, chez nous, un respirateur. Une équipe universitaire avait eu la même idée avant lui. Qu'à cela ne tienne, André Bertin peut les aider à industrialiser leur prototype : "ils développent une solution très simple, très basique, pas le super-respirateur full options, mais une solution fonctionnelle. Ils pensaient industrialiser eux-mêmes. On leur a dit 'très bien, continuez. On prend votre modèle et on l'industrialise." André Bertin précise qu'il réalise ce travail de manière gratuite. Il estime que la mise en production est une question de semaines.

Plusieurs grands acteurs de l'industrie aéronautique, mais pas seulement, lui ont proposé leur aide pour fabriquer les respirateurs et pièces de rechange : Safran Aeroboosters, la Sonaca et la FN Herstal notamment. "Etre ingénieur, c'est utiliser la science pour améliorer la vie des gens" conclut André Bertin.

 

Sujet du JT du 23/03/2020 - Comment fonctionnent les respirateurs artificiels ?

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