Journées du Patrimoine à Flémalle: redécouvrir l'histoire de la ferme d'Othet-les-Bois

La ferme d'Othet-les-Bois
La ferme d'Othet-les-Bois - © RTBF

La 28ème édition des Journées du Patrimoine en Wallonie aura lieu ces 10 et 11 septembre, avec comme thématique "Patrimoine religieux et philosophique". Parmi les nouveautés au programme cette année, celle proposée dimanche par le comité Qualité-Village des Awirs à Flémalle : la découverte de la ferme d'Othet-les-Bois et de son histoire. Un passé méconnu, remis en lumière suite à un ouvrage paru pour les 800 ans de l'ancienne Abbaye d'Aywiers à Couture-Saint-Germain dans l’entité de Lasne dans le Brabant Wallon. Durant six siècles, la ferme d'Othet-les-Bois a été la propriété des cisterciennes d'Aywiers, une communauté de femmes pieuses née en fait aux Awirs et qui, en déménageant, a emporté le nom de son lieu d'origine.

La ferme d’Othet-les-Bois a été la toute première possédée par l'Abbaye d'Aywiers. Pierre Degive, l’actuel propriétaire de la ferme, confesse : " Je ne connaissais pas du tout l’histoire. C’est surprenant. On dit qu’il y avait une chapelle, qu’il y avait un moulin, … Mais je ne retrouve rien. Il y a une pierre dans la façade de la grange, mais c’est tout. "

Les origines

Dorothy Schuermans a co-signé, avec Isabelle Lévêque-Lamotte, "L'Abbaye d'Aywiers, au-delà des jardins", le livre publié il y a un an pour le 800e anniversaire de la fondation de l’Abbaye d’Aywiers. Elle explique : " L’Abbaye d’Aywiers trouve ses origines aux Awirs, de là d’ailleurs le nom de l’Abbaye d’Aywiers, les moniales d’Aywiers ont repris leur nom jusqu’en Brabant Wallon en mémoire de leur lieu d’origine ".

Marie-Thérèse Portier, préside Qualité-Village Les Awirs, explique : " Elles vivaient certainement dans le fond des Awirs, parce qu’elles avaient besoin d’eau. Mais là, on n’a pas de trace… Il reste la tour de l’église, qui leur appartenait. " Et en ce qui concerne l’histoire de cette communauté religieuse ? " J’avais une vague idée. ", répond Marie-Thérèse Portier, " Mais vraiment la liaison - les religieuses parties des Awirs pour aller fonder l’Abbaye d’Aywiers -  non, jusqu’à l’année dernière, c’était vague." Jusqu’à l’année dernière, donc jusqu’à la parution de l'ouvrage d’Isabelle Lévêque-Lamotte et Dorothy Schuermans.

Un mouvement spirituel féminin

" A la fin du 12e siècle, nous voyons des femmes religieuses qui avaient envie de vivre leur foi comme les hommes. ", détaille Dorothy Schuermans, " C’est exactement ce qui s’est passé pour l’Abbaye d’Aywiers. Ce sont des dames qui ont demandé et insisté auprès de l’ordre de Cîteaux pour être incorporées, en fait pour être intégrées, en tant qu’abbaye de femmes. En 1195, ces femmes se sont réunies, elles n’étaient pas encore un monastère, pas encore une abbaye. Louis de Chiny, un seigneur local, leur a donné des terres dans le village des Awirs. Donc elles ont reçu l’église des Awirs, elles ont reçu un moulin, elles ont reçu plusieurs terres et également elles ont eu la possibilité d’étendre leur territoire autour de l’église et du moulin. En 1210, elles ont été acceptées par l’ordre de Cîteaux, donc elles sont devenues une abbaye cistercienne. "

Une démarche telle que celle de ces femmes pieuses n’était pas forcément bien vue à l’époque. " Non. ", confirme Dorothy Schuermans, " Leurs collègues masculins ne savaient pas très bien ce qu’ils devaient en faire… Les accepter ou les refuser ? Puis finalement, l’ordre de Cîteaux a décidé qu’il valait mieux les contrôler en les acceptant, en les incorporant dans l’ordre de Cîteaux, mais sous une condition celle d’être soumises à l’autorité d’un homme, un père immédiat, et c’est ainsi que l’Abbaye d’Aywiers était soumise à l’autorité de l’Abbaye d’Aulne à Thuin. Donc, elles se sont installées aux Awirs, puis elles sont passées à Lillois, pendant trois, quatre ans, et puis elles se sont finalement installées à Couture-Saint-Germain, donc à Lasne, en 1215, et elles y sont restées pendant six siècles. Sans doute que l’offre était plus alléchante, le fait aussi de pouvoir bénéficier de la protection d’un seigneur local et également de l’Abbaye de Villers-la-Ville qui se trouvait tout près, ce sont des éléments qui ont joué dans leur prise de décision de déménager… "

Six siècles d’histoire commune

Les moniales cisterciennes ont quitté Les Awirs, mais sans abandonner toutes leurs propriétés.  " Elles ont toujours conservé la ferme d’Othet-les-Bois, c’est la plus vieille ferme abbatiale d’Aywiers. Les moniales d’Aywiers en avaient huit, c’est vraiment la plus ancienne, il y avait une chapelle, il y avait une brasserie, … En fait, cette ferme était organisée comme un mini monastère. Les vestiges sont les plus anciens. Il y a une très, très belle pierre de 1626. Les bâtiments datent notamment du 17e siècle, avec le quartier de l’abbesse qui est le plus ancien. Donc effectivement elles ont gardé cette ferme qui était très prospère. "

Mais leur arrivait-il de quitter leur abbaye pour se rendre à Othet-les-Bois ?  " Sans doute, oui. ", répond Dorothy Schuermans, " Selon les règles de l’ordre de Cîteaux, l’abbesse et les moniales ne pouvaient pas quitter l’abbaye. Mais au fil des siècles, cette règle s’est tout de même estompée. Sans doute que l’abbesse venait sur place. De là, d’ailleurs, la référence au "quartier de l’abbesse". De génération en génération, les exploitants de cette ferme ont utilisé cette terminologie pour indiquer une partie de la ferme, donc sans doute l’abbesse venait-elle voir, en tant que " chef d’entreprise ", en tant que chef spirituel et matériel de l’abbaye si la ferme était bien exploitée, bien entretenue etc. Et la ferme aurait, selon certains historiens, aussi servi de refuge aux dames d’Aywiers au 16e siècle (lors de troubles religieux). " L'Abbaye d'Aywiers sera finalement supprimée en 1796.

"Cette histoire a été oubliée, sans doute parce qu’on a n’a pas écrit grand-chose sur cette abbaye. Et je pense que pas mal de personnes qui habitent la région de Flémalle ne savent même pas que cette ferme d’Othet-les-Bois est une ferme qui dépendait d’une abbaye. ", conclut Dorothy Schuermans.

Les activités proposées par le comité Qualité-Village des Awirs dans le cadre des Journées du Patrimoine se dérouleront donc ce dimanche 11 septembre de 10H à 18H à la ferme d'Othet-les-Bois. Au programme : des animations, de l'artisanat, des dégustations et des visites guidées, de l'ancienne ferme abbatiale, bien sûr, mais aussi du château d'Aigremont et de la tour de défense des Awirs.    

 

 

 

 

 

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