Jobistes et travailleurs : une concurrence toujours plus malsaine

Horeca, grande distribution et prêt-à-porter sont principalement touchés.
Horeca, grande distribution et prêt-à-porter sont principalement touchés. - © Quentin Bolland

Ce samedi, le Palais des Congrès accueille le Salon jobs étudiants. Ils pourront y découvrir un maximum d’offres. Mais une concurrence déloyale s’installe progressivement sur le marché de l’emploi.

Le constat est clair, de plus en plus d’étudiants doivent travailler pour subvenir aux coûts de leurs études. Charline est étudiante en médecine vétérinaire : « Je n’ai pas le choix que de travailler 10 heures par semaine pour financer mes études. Mes parents ne peuvent pas assumer seuls le coût des courses, du kot, des syllabus ».

Sur le terrain, la concurrence entre employés et étudiants s’accroît. Parmi les secteurs les plus touchés, les métiers qui ne demandent aucune qualification particulière. L’Horeca, la grande distribution et le prêt-à-porter sont principalement concernés.

Embaucher des étudiants : un avantage financier

« Avoir plus d’étudiants, c’est avoir plus de profits », une manager d’une grande chaîne de fast-food ne le cache pas. La démonstration est relativement simple. Pour un étudiant, un employeur verse 5,42% à l’Office National de Sécurité Sociale. Tandis que pour un travailleur, les cotisations ordinaires de sécurité sociale montent à 13,07%, soit plus du double.

Les grandes entreprises disposent d’une réserve d’étudiants importante. Depuis la réforme de 2017, un étudiant dispose de 475 heures de travail par an. Pour un employeur, engager 4 étudiants en rotation durant l’année permet de supprimer un équivalent temps plein.

Une concurrence qui fait chuter les conditions de travail

La concurrence avec les étudiants est de plus en plus malsaine pour Laetitia Desaive, permanent Jeune CSC : « Aujourd’hui, les employeurs sont parfois moins scrupuleux de demander certaines choses. L’étudiant, de peur de perdre son travail, va accepter finalement, ce qui n’est pas acceptable et ce qu’un travailleur refuserait. Mais parfois cela va encore plus loin, des travailleurs sont mis sous pression et indirectement, on leur fait comprendre que s’ils ne sont pas contents, des étudiants seraient ravis d’avoir leurs jobs ».

Du côté des travailleurs, c’est à prendre ou à laisser. Dominique est employée dans un magasin discount de prêt-à-porter : « Maintenant, les étudiants travaillent en semaine, ce n’était pas le cas avant. On est de moins en moins d’employés et les propositions de CDI sont nulles. On ne pense pas à notre sécurité, on nous fait porter des charges lourdes, on nous met toujours plus de pression, de stress. Les jeunes le supportent le temps de leur contrat, nous, on est là tous les jours. La plupart d’entre nous ont des prêts, des responsabilités. Nous n’avons pas d’autre choix que de faire face aux conditions qu’on nous impose ».

Il n’est plus rare que parents et enfants se retrouvent en concurrence directe sur le marché de l’emploiUn phénomène inquiétant dans un secteur qui rencontre déjà son lot de difficultés.

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