Les producteurs de betteraves inquiets: le prix de leur récolte ne sera connu que dans un an

Qui accepterait d'être payé des mois et des mois après avoir effectué son travail ? Les producteurs de betteraves sont dans cette situation. Pour l'instant, c'est l'heure de la récolte. Mais les agriculteurs devront attendre un an pour connaître le prix exact de leur production à la tonne. La Raffinerie Tirlemontoise, avec qui les agriculteurs signent des contrats, justifie sa politique.

Avec la suppression des quotas betteraviers, Eric Royer, agriculteur à Fexhe-Slins, avait semé, au mois de mars, 90 hectares de betteraves, soit 20% de plus que l'an dernier. Les rendements sont bons, mais le producteur s'inquiète du délai entre la récolte et le paiement de la Raffinerie Tirlemontoise. L'exploitant agricole explique: "Vous ne plantez pas les betteraves comme vous voulez. En été 2016, nous avons dû choisir les parcelles qui seraient destinées à la culture betteravière. A cette époque, nous ne connaissions pas encore les modalités du nouveau contrat. Ce contrat a été finalisé et signé juste avant les plantations et nous ne saurons que fin 2018 quelle sera la rentabilité finale de notre culture betteravière".

Une situation incroyable

C'est une situation incroyable pour les agriculteurs qui ont le sentiment d'être pris pour des idiots. "On nous prend pour des cons au niveau des nouvelles normes de réception. Nous allons recevoir un acompte de 15 euros par tonne au mois de décembre, un autre petit acompte au mois de mars et le solde au mois de novembre, donc un an après la livraison, ce qui n'est absolument pas admissible", explique Roger Bataille, agriculteur à Lens-Saint-Servais.

Les dégâts du gel

La récolte de l'agriculteur se trouve pour l'instant sous bâche. Elle sera transportée à la râperie de Longchamps au mois de janvier. En espérant éviter les conséquences du gel. Eric Royer explique : "Nous sommes aujourd'hui fin novembre. La moitié de notre production est entrée en sucrerie. Le reste est à livrer, une partie dans le courant du mois de décembre et le solde seulement fin janvier. Notre plus grande crainte, c'est le gel. Une betterave, tant qu'elle est gelée, est travaillable mais notre plus grande crainte est d'avoir une grosse période de gel début janvier et un dégel rapide à partir du 15 janvier, ce qui pourrait mettre à mal la production qu'on devrait jeter".

La Raffinerie Tirlemontoise se justifie

Les responsables de la Raffinerie Tirlemontoise sont disposés à revoir les dates de paiement. Pour cette année, par rapport au versement du solde, un an après la récolte, l'entreprise sucrière justifie sa politique. "Le sucre est en train d'être vendu pour le moment, donc nous ne connaissons pas encore le prix de vente de tout le sucre qui va être produit pendant cette campagne. Ce qui explique qu'il y a un délai par rapport à la connaissance du prix de vente final du sucre que nous allons produire pendant cette campagne", dit Lucie Lejeune, bioingénieure à la Raffinerie Tirlemontoise.

Se diversifier est nécessaire

Les agriculteurs ont tout intérêt à ne pas mettre tous leurs oeufs dans le même panier. Roger Bataille produit également des pommes de terre. Il stocke sa marchandise dans un hangar et a l'objectif de la vendre au meilleur prix. "On espère toujours, en diversifiant, avoir plus de cordes à son arc. Ici, nous sommes sur un marché tout à fait différent, il y a de la concurrence, il y a de la demande pour la pomme de terre. Nous maîtrisons mieux la commercialisation, donc on espère au bout de l'année avoir une rentabilité correcte de notre ferme".

Une rémunération décente

Les producteurs de betteraves mettent en garde les dirigeants de la Raffinerie Tirlemontoise. Si cette culture ne leur rapporte pas une rémunération correcte, ils ne sèmeront plus de betteraves. Pour produire du sucre, la Raffinerie Tirlemontoise a besoin d'eux à tout prix.

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