Infirmiers à domicile : la mesure anti-fraude de l'INAMI passe mal

Chaque soir, l'infirmier envoie le détail de sa tournée à l'INAMI
Chaque soir, l'infirmier envoie le détail de sa tournée à l'INAMI - © RTBF

Si vous faites appel à un infirmier à domicile, vous l’avez constaté : depuis le 1er octobre, à chaque visite, celui-ci est obligé de vous demander votre carte d’identité. Il la glisse ensuite dans un boitier électronique. Objectif : avoir un meilleur aperçu des soins donnés au patient, mais aussi lutter contre la fraude.

Du temps perdu, au détriment du patient

Cela fait maintenant un mois que Liliane Diglio, a adopté le système de contrôle d’identité…contre son gré. Ce boitier en plastique, relié à son Smartphone via le Bluetooth, elle n’en voulait pas. Infirmière indépendante dans l'agglomération liégeoise, elle a dû payer le dispositif de sa poche, une centaine d’euros. Mais ce qui l’agace le plus, ce sont ces bugs à répétition. Et quand cela ne fonctionne pas, il n’y a plus qu’à tout recommencer. "Il faut réinsérer les codes d’accès, ça prend un temps fou et ça m’énerve terriblement ", s’emporte-t-elle. Selon cette infirmière à domicile, c’est le patient qui en paye le prix : "vous imaginez le temps perdu ? Du temps qu’on ne peut pas consacrer à nos patients".

Une mesure nécessaire contre la fraude ?


Les défenseurs du dispositif sont rares. Nous avons cependant rencontré une gérante d’un service de soins à domicile, en Province de Liège, qui n’y voit que du positif. Elle témoigne, mais veut rester anonyme, par peur des réactions de ses collègues. " C’est vrai qu’il faut une période d’adaptation, admet-elle. Mais très vite, ça devient de la routine ". Selon elle, le principal intérêt du petit boîtier, c’est de lutter contre la fraude dans le secteur. " Si on accompagne une patiente trois fois pas semaines, il est aujourd’hui facile de mentir et de dire qu’on y va tous les jours". Les cas de fraude existeraient donc bel et bien, et pour cette infirmière " ce système va permettre de ne facturer que ce qui est réellement presté ".


Un argument que la plupart des opposants au dispositif disent comprendre, même s’ils regrettent la méthode. " Je me sens géolocalisée ", s’indigne Liliane Diglio. " C’est normal de nous contrôler, mais l’INAMI devrait ouvrir un peu les yeux. Il faut aller frapper chez ceux qui déclarent 30 ou 40 patients. Quand on a une dizaine de patients seulement, cela veut dire qu’on peut s’en occuper correctement et tous les jours ". La mesure fait chez elle l’effet d’une punition collective, l’impression de pour une minorité de fraudeurs. Un système qu’elle juge d’autant plus sévèrement que pour elle " ceux qui voudront frauder trouveront toujours un moyen de contourner la mesure".

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