Il y a 5 ans, Nordine Amrani faisait 6 morts et 130 blessés dans la tuerie de Liège

20 décembre 2011, jour de commémoration en présence des plus hautes autorités du pays et de très nombreux Liégeois.
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20 décembre 2011, jour de commémoration en présence des plus hautes autorités du pays et de très nombreux Liégeois. - © BRUNO FAHY - BELGA

C'était il y a cinq ans à Liège, Nordine Amrani tirait sur la foule rassemblée place Saint Lambert. Il fera un total de 136 victimes dont cinq personnes blessées mortellement sur place. Ce mardi, un hommage leur sera rendu avec un cortège à partir de 10h45 au départ du village de Noël, un rappel des noms des victimes et un dépôt de fleur à 11h15 à la stèle commémorative, et une minute de silence à 11h35.

Les faits

13 décembre 2011.

12h33. Nordine Amrani, 33 ans, a pris position sur une plateforme surplombant la place Saint-Lambert. A ses pieds, un grand nombre de personnes dont de nombreux étudiants. Quelques mètres plus loin, le marché de Noël. L’homme lance trois grenades et vide sur la foule le chargeur d’une arme automatique.

12h40. Blessé par une de ses grenades, Nordine Amrani se saisit d’un révolver et se suicide. La tuerie a duré 7 minutes. La foule est en panique. Policiers et forces spéciales envahissent le quartier. La rumeur évoque plusieurs tueurs. Ce ne sera pas le cas. Le calme ne reviendra qu’en fin d’après-midi. Au terme de l’enquête, la Justice l’affirme : l’auteur des faits a agi seul.

Les victimes sont nombreuses: Gabriel, 17 mois ; Mehdi Nathan, 15 ans ; Pierre, 17 ans ; Claudette Derimier, 75 ans, qui décédera le lendemain ; Laurent Kremer, 20 ans, qui expirera le 23 décembre. Trois quarts d’heure plus tôt, Nordine Amrani avait aussi exécuté dans un hangar Antonieta Racano, 45 ans. 130 blessés seront aussi dénombrés.

Que reste-t-il aujourd'hui ?

Avec la mort de l’auteur des faits, l’action publique s’est éteinte. Pas de procès de celui-ci donc. Mais au-delà de l’aspect judiciaire, il y a l’aspect émotionnel. Il est différent de celui des attentats de Bruxelles. D’abord parce que l’auteur des faits était seul. Parce que le lieu était aussi unique. Un fait divers, diront les plus sévères, un massacre isolé diront d’autres.

Aujourd’hui, sur la place Saint Lambert, une stèle rappelle les faits mais comme presque toujours dans ce type d’événement, quelques années après les faits, les passants n’y prêtent plus guère attention. Beaucoup déambulent sur la place sans nécessairement y penser, certains sans même en avoir connaissance.

Pour les victimes, la situation est différente : elles évoquent un pincement au cœur en repassant sur les lieux. D’autres portent encore dans leur chair des traces de la tuerie, sous la forme d’éclats notamment. Des traces qu’elles conserveront à vie. Et puis il y a les effets psychologiques comme des symptômes de stress post-traumatique ou des acouphènes.

Aujourd’hui, victimes et autres vivent avec ces faits proches ou plus éloignés dans leur mémoire. Ils continuent à vivre.

Plus de confusion entre policier et homme armé

Pouvoir affirmer que plus jamais un tueur de masse ne tentera de passer à l'acte est impossible. Mais la Ville de Liège et les forces de l'ordre estiment être mieux préparés à une telle éventualité. Dans les premières minutes, on pensait qu'il y avait plusieurs tireurs. Une confusion dont on a tiré des leçons.

"Ce qui était pris pour un deuxième auteur pouvait être un policier. Ces policiers en civil portaient un brassard à un de leur bras. Ce qui fait que d’un côté, ils avaient l’air d’hommes en armes. Nous avons tiré des leçons comme celle-là. S’il y a une facette positive dans ces événements, c’est qu’ils servent à tirer des leçons pour la suite et il est de notre devoir de penser à cela" explique Willy Demeyer, bourgmestre de Liège       

Tueur de masse = Terroriste?

On pourrait croire que la démarche d'un terroriste est la même que celle d'un tueur de masse. Même si les conséquences sont dramatiques, la démarche est différente. 

Pour Serge Garcet, spécialisé en victimologie, il faut distinguer la démarche terroriste de celle d'un tueur de masse.

"Avant tout, la démarche terroriste est mobilisée par une motivation idéologique, religieuse ou politique qui a pour but de déstabiliser une société ou générer de la peur ou de la terreur à l’idée que l’acte peut se reproduire" explique-t-il. 

"Du point de vue du tueur de masse, il y a d’abord l’expression d’une toute puissance revancharde, le fait d’avoir un droit de vie ou de mort sur ses victimes. C’est l’expression d’une frustration importante, un sentiment de colère et de punition à l’égard d’un groupe ou d’une société qui ne les reconnait pas. La démarche du tueur est tout à fait différente et les conséquences sont un traumatisme fort important pour les survivants" poursuit le spécialiste en victimologie. 

Le récit de Lionel qui vit avec des éclats de grenade

Ce 13 décembre 2011, comme de très nombreux étudiants, Lionel Depierreux,16 ans, vient de passer un examen. Il attend le bus pour rentrer chez lui. Appuyé contre un abribus dont les vitres volent en éclats. Son corps sera criblé d'une cinquantaine d'éclats d'une grenade jetée par Nordine Amrani.

"Je n’ai pas vraiment compris ce qui se passait. J’ai vu de nombreuses personnes courir et je me suis donc dit qu’il fallait que je cours également. Sauf qu’un éclat a touché ma sciatique droite, ce qui m’a fait perdre l’équilibre et tomber".

D'un coup, les douleurs se sont réveillées

Il tombe dans les débris de verre qui lui occasionnent d'importantes blessures aux mains. Cinq ans plus tard, le jeune homme, aujourd'hui universitaire, n'a évidemment rien oublié de ce terrible moment. "J’ai pu ramper un peu, en poussant sur mes genoux mais le mal était là. Après quelques mètres, lorsque j’ai atteint le trottoir, toutes les douleurs se sont réveillées. Je me suis immobilisé et j’ai attendu les secours".

Une semaine d'hospitalisation. Une intervention chirurgicale pour retirer une dizaine d'éclats de grenade. Deux ans de séances de kiné. De nombreux autres éclats de grenade sont encore incrustés dans le corps de Lionel, au niveau des muscles, trop profondément pour prendre le risque d'une autre opération. Conséquences : crampes, sensations de chocs électriques et fatigue plus importante. Mais, si ces terribles événements le hantent encore bien souvent, Lionel positive et va de l'avant.

"J’ai une vision plus concrète de certains moments de vie et je n’hésite pas à en profiter. Je me dis que j’ai une énorme part de chance". Lionel Depierreux est aujourd'hui étudiant à la faculté de droit de l'Université de Liège.

Retrouvez nos archives en lien avec cette tuerie dans notre dossier

"Tuerie à Liège"

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