Il y a 10 ans, Arcelor est racheté par Mittal: de la résistance à la désillusion

Ce 25 juin 2016, il y a dix ans jour pour jour que Lakshmi Mittal, homme d'affaire d'origine indienne, a réussi son offre publique d'achat sur la sidérurgie européenne, sur le groupe Arcelor. Les aciéries et les hauts fourneaux liégeois n'ont finalement pas survécu à cette concentration industrielle majeure.

Bilan d'une décennie particulièrement chahutée.

Lorsque Mittal Steel lance son offensive, le gouvernement régional ne sait trop comment réagir. Il détient 2,5% du capital d'Arcelor, mais l'état-major luxembourgeois et français du groupe a programmé plusieurs fermetures d'outils liégeois. Alors les wallons s’accrochent, comme à une bouée de sauvetage, à l'homme d'affaires indien. D'autant qu'il promet de "réévaluer" le cas des hauts fourneaux.

Et il va effectivement tenir cet engagement. Il décide de rallumer le HF6, déjà à l'arrêt. Mais rapidement, la crise de 2008 survient, et bouleverse tous les calculs. La demande mondiale d'acier s'effondre. Et Mittal Steel, lourdement endetté, supprime des emplois par milliers, sans état d'âme. 

C'est finalement tout le bassin sidérurgique qui se disloque sous ses coups de butoir. Sans que les décideurs politiques ne parviennent à élaborer une stratégie de riposte.

Au final, la décennie Mittal se solde par quelques années de répit, une agonie plus lente que prévu. ArcelorMittal a fini par faire ce qu'Arcelor avait décidé.

Des politiques au cœur de cette saga

Avant d'en arriver à cette défaite du dernier dimanche de juin 2006, le groupe Arcelor a résisté pendant près de six mois. Dès le dépôt de l'offre de rachat par Mittal Steel, ce sont les français et les luxembourgeois qui ont été les plus fermes dans le refus.

"Cette OPA hostile appelle une réaction non moins hostile contre cette offensive" disait Jean-Claude Junker. Mais du côté de la Région wallonne, qui détient 2,5% du capital d'Arcelor, c'est plus nuancé. "Chacun fait comme il croit devoir faire" affirmait Jean-Claude Marcourt, ministre de l'économie.

Dans un premier temps, les syndicats ne veulent pas entendre parler de fusion. Ils craignent que la multinationale ne devienne "incontrôlable en terme d’emplois" dit Paul Liakos, de la CSC.

Mais chez les collègues lorrains, là où Arcelor a déjà fermé des usines, et vendu des outils à Mittal Steel, le ton est plus mesuré. "En terme de conditions de travail, d’emploi, de salaire, je ne suis pas convaincu du tout qu’il y ait une grand différence" dit-on là-bas.

Résistance puis désillusion

Et petit à petit, les mentalités évoluent. Le groupe Arcelor triple les dividendes à ses actionnaires, pour les garder. Puis un chevalier blanc, un conglomérat russe, arrive en renfort. Mais rien n'y fait. "A nous d’examiner quels sont les avantages et inconvénients, ainsi et surtout les modalités d’actions" exprime Elio Di Rupo.

C'est que Mittal Steel a promis de réévaluer les fermetures programmées par Arcelor dans le bassin liégeois. De promesses en promesses, il finit par convaincre. Et lorsqu'il détient enfin la majorité d’Arcelor, les belges se disent satisfaits.

"Ça met fin à la période d’incertitude" déclare Guy Verhoofstadt, premier ministre. "Je suis très heureux qu’on ait mis fin à cette surenchère" déclare, pour sa part, Jean-Claude Marcourt. Ce qui n'empêche pas les inquiétudes. "On risque de payer la note au bout du compte" dit Georges Jespers de la FGTB.

Mais le nouveau maître de l'acier européen répète qu'il se fait fort de tenir ses engagements.

La sidérurgie liégeoise a gagné dans l'affaire quelques années de survie, le rallumage d'un haut fourneau, et puis.... les désillusions n'en n'ont été que plus cruelles.

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