Humusation des corps: pas pour demain mais l'idée progresse

Et si demain, au lieu d'une inhumation ou d'une crémation, le corps d'un défunt se décomposait durant un an à l'air libre afin de devenir du terreau ? Ce processus a un nom : l'humusation. Des défenseurs aussi. Ils sont plus de 12.000 à avoir signé une pétition afin de rendre cette pratique légale. Parce qu'aujourd'hui, elle ne l'est pas.

Des villes s'engagent aussi dans ce débat. Il y a peu, le Conseil communal liégeois a approuvé à l'unanimité une motion visant à reconnaître le principe de l'humusation. Mais une légalisation du procédé n'est pas pour demain.

"La métamorphose en douze mois du corps d'un défunt en un humus fertile", c'est ainsi que Francis Busigny, le président de la fondation "Métamorphose pour mourir puis donner la vie" décrit l'humusation : "On va non pas enterrer à deux mètres de profondeur ou incinérer la dépouille mortelle, mais on va la placer, uniquement emballée, dans un linceul, au milieu de trois mètres cube de broyat de bois d’élagage. On se retrouvera après avec 1,5 m³ de terreau et avec ces humus, on fait tout ce qu’on veut, notamment faire pousser un arbre pour aller se recueillir".

Une idée qui demande à faire son chemin avant d'être largement acceptée. A titre d'exemple, il aura fallu 80 ans pour que l'incinération soit largement approuvée par la société. Car selon Xavier de Florenne, le "monsieur cimetière" de la Région wallonne, l'humusation pose actuellement des problèmes techniques et symboliques.

"C’est une idée qui n’a jamais été testée sur des corps humains. Ça se pratique au Canada, mais pour des charognes, le gros bétail, etc. Mais il faut être tout à fait conscient qu’un humain a un parcours médicamenteux tout à fait différent de celui d’un animal ", détaille-t-il. "Techniquement il y a aussi un problème d’implantation. Le développer au niveau communal c’est totalement impossible. Il y avait moyen de le développer au niveau intercommunal, comme on l’a fait pour l’incinération, mais ça suppose le développement de structures et une connaissance technique des mécanismes de décomposition dans les conditions proposées. Et puis il y a le symbolique : le deuil des familles ; que faire de ce super compost rempli d’escarbilles osseuses ? Je crois que l’humusation est un processus qui pourrait s’implanter. Ça ne sera pas pour demain, mais au fur et à mesure on arrivera à obtenir toutes les réponses qu’on a demandées aux humusateurs."

L'Université catholique de Louvain vient d'être subsidiée par la Région wallonne pour tester l'humusation sur deux porcs. Les résultats sont attendus pour 2020. L'éventuelle légalisation de ce procédé est à compter en années et non en mois, nous a confirmé le cabinet de la ministre Valérie De Bue, en charge de cette matière.

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