Gino Russo: après 25 ans, "un devoir de mémoire" pour Julie et Melissa

Il y a tout juste 25 ans, à Grâce-Hollogne, en région liégeoise, disparaissaient Julie et Melissa. C'était un 24 juin. Elles avaient 8 ans. Leur histoire va émouvoir puis secouer la Belgique entière.

Pendant 14 mois, les parents Lejeune et Russo remueront ciel et terre pour les retrouver. Persuadés qu'elles sont toujours vivantes: appels à témoins, campagnes d'affichage, conférences de presse... Mais après 14 mois, leurs corps seront découverts enterrés à Sars-la Buissière, dans une maison de Marc Dutroux.

Et puis il y aura l'enterrement, La marche blanche, la commission d'enquête, le procès, les dysfonctionnements de l'enquête, les demandes de libération de Marc Dutroux.

Aujourd'hui, 25 ans après, Gino Russo, le papa de Melissa, s'exprime. Pour lui, ce qu'il faut, "c'est vraiment ne pas oublier les prénoms "Julie et Melissa" parce que nous vivons dans des sociétés où les criminels, on ne les oublie pas, mais les victimes, on a tendance à les oublier"..

Les victimes, on a tendance à les oublier

"N'oubliez pas qu'il y a des victimes, n'oubliez pas qu'il y a des enfants qui ont souffert. Il ne faut surtout pas oublier que Julie et Melissa, ce sont des petites filles, qu'elles ont vécu, qu'elles sont mortes à cause de carences de fonctionnements institutionnels et aussi parce qu'il y a eu une bande de criminels qui les ont enlevées. N'oubliez pas que quelque part, elles ont été symboliques de l'innocence parce que le peuple belge, pratiquement dans son entièreté, s'est soulevé. C'est un devoir de mémoire. N'oubliez pas ce devoir de mémoire".

"J'ai toujours une bonne partie de révolte parce que je suis un amoureux de l'état de droit, un amoureux de la démocratie, et le minimum pour une démocratie qui fonctionne, c'est de donner des réponses quand il y a des actes criminels de cette ampleur-là".

Des zones d'ombre

"Il y a énormément d'éléments qui démontrent dans le dossier que les petites pouvaient être sauvées des dizaines de fois à partir du moment où quelques jours après, le seul suspect, c'est Dutroux et sa bande. On ne s'explique pas, dans cette enquête judiciaire, pourquoi les petites n'ont pas été sauvées. Du 24 juin 1995 au 17 août 1996, donc plus ou moins 14 mois, il y a trop de zones d'ombre. On ne sait pas ce qu'il s'est passé, on a très peu de champs de vérités par rapport aux vécus de Julie et Melissa. On peut imaginer facilement qu'il y a eu une justice de classes, qu'on n'a pas pris les choses plus au sérieux que ça. Il faut essayer d'imaginer si Julie et Melissa avaient été des enfants de magistrats, de politiques..."

Libérer Marc Dutroux?

"S'il est psychopathe, il n'a rien à faire au sein de la société. Il y a eu plusieurs rapports psychiatriques qui ont démontré qu'il était psychopathe. Donc, le remettre en société... Maintenant, son avocat, il est dans son rôle. C'est-à-dire que dans les procédures et dans le droit actuel, les inculpés ont plus de droits que les victimes. J'irai même plus loin, les victimes n'ont pratiquement pas de droits, puisque nous, on est exclus de toutes ces procédures".

Surmonter la douleur

"Les premières années, j'étais toujours assez révolté. J'avais mis de côté, on va dire, la souffrance pour pouvoir mettre en avant la symbolique de "Julie et Melissa". Moi, pendant 25 ans, je n'ai jamais mis en avant ma souffrance mais, forcément, j'ai beaucoup souffert, mais l'objectif collectif, le fait d'être un acteur de la société, doit être plus fort que la souffrance. Je pense que c'est le secret. Et surtout, ce qui est paradoxal, c'est de ne pas avoir d'objectif. C'est ce qui donne la force. C'est un peu complexe, mais ce n'est jamais simple de vivre une situation comme ça".

Le soutien populaire

"Ce que je retiens de positif, c'est le mouvement du peuple belge par rapport aux faits qui se sont passés, le soutien du peuple belge -et même en dehors des frontières- que nous avons eu. Je crois que ça a donné beaucoup de sens et ça m'a permis d'avancer dans la vie".

 

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