Free Rider Problem, une exposition "absurde" d'Arnaud Eubelen

Construire des installations avec des matériaux de récupération, c'est le défi qu'a réalisé Arnaud Eubelen, artiste plasticien. Pour réaliser son exposition au Musée en plein-air du Sart-Tilman, il est monté sur son vélo et a arpenté les forêts et bâtiments du site afin de repérer et trouver des matériaux de construction.

Âgé de 29 ans, Arnaud Eubelen se passionne dans la création d'œuvres souvent inspirées d’objets du quotidien comme des meubles, luminaires ou formes architecturales parlant à tous (cabanes, abris). Dans cette exposition, il a décidé de montrer que l’on pouvait réaliser des œuvres sans devoir systématiquement produire de nouveaux matériaux. Ainsi, chacun des éléments qu’il utilise dans son exposition a été récupéré sur le site du Sart-Tilman, que ce soit dans les caves de l’université ou de l'hôpital, dans le parc à conteneurs ou dans les bois : "J’ai mis deux troncs sur mon vélo parce que je savais que j’allais transporter beaucoup de choses. Il y avait cet aspect performatif dans le fait de me déplacer avec mon vélo avec les matériaux sur le vélo, d’apporter les outils sur place, de travailler sur place, et d’au final faire corps avec le milieu.”.

Au travers de l’exposition, Arnaud Eubelen met en exergue les matériaux qu’il a été récupérer à gauche et à droite. Il souhaite transmettre leur vie d’antan au public et leur donner une seconde vie en les intégrant dans l’environnement: “C’est pas nécessairement le discours de récupération des matériaux qui m’intéresse. Mais c’est plutôt la valeur supplémentaire qu’ils ont par rapport aux matériaux sortis d’usine. Je ne dois pas vraiment les retoucher, je les assemble et mets des couches. C’est un travail qui se situe entre le design et l’art.”.

Ne faire qu’un avec le milieu à la sauce Eubelen

C’est en se baladant sur le site du Sart-Tilman et en observant l’environnement qu’Arnaud Eubelen a eu l’idée d’ériger ses installations. Effectivement, chaque œuvre s’inscrit dans son propre milieu: “J’ai beaucoup travaillé sur l’intégration et la perception des œuvres dans un espace ouvert. Je pense que c’est assez rare pour la plupart des artistes puisque ce travail se fait généralement dans un espace clos comme dans un atelier ou une exposition fermée. Mon objectif était d’une part, que chaque œuvre fasse corps avec le milieu, et d’autre part, de solliciter un certain intérêt pour ces endroits, ces lieux où il n’y avait presque rien. J’ai réalisé une sorte d'aménagement.”.

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Pneu suspendu par 4 chaînes à 4 poutres métalliques. © Arnaud Eubelen

La manière d’ouvrir ces espaces s’accompagne d’une certaine absurdité intrigante. Toutes les installations artificielles dénotent avec le milieu organique et laissent place à l’imaginaire collectif. En effet, Arnaud apprécie beaucoup l’absurde, qui se retrouve d’ailleurs dans toutes ses installations. Ainsi, près de la salle de jeu de la faculté de géographie, il a installé une sorte de pneu qui rappelle celui que l’on peut retrouver dans les plaines de jeu: “Normalement, le pneu n’est pas accroché par quatre points, mais par en haut pour permettre de se balancer. Sauf qu’ici, il est bloqué dans une position où il est très compliqué de s'y installer. Ça en devient une image, une sorte d’image du jeu. En plus, on a l’impression que c’est la depuis toujours et c’est ça que je trouve intéressant.”.
 

“Derrière chaque installation, il y a un aspect fonctionnel”

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Wave Shelter, l'œuvre s'apparentant à un abri de bus © Arnaud Eubelen

L’absurdité des œuvres tend à intriguer l'œil du spectateur. Malgré cela, elles ne se limitent pas à cet usage et ouvrent le champ des possibilités. Par exemple, l'une d'entre elles a été construite à côté d’une route où l’on peut retrouver la plupart des voitures se rendant au Sart-Tilman. C’est une sorte d’observatoire, d’abri multifonction qui peut également être vu comme une douane, un arrêt de bus ou une zone d’attente; c’est aussi une sorte de jeu: “Le titre de cet abri c’est Waver Shelter. En anglais to wave, ça veut dire “dire bonjour, au revoir, faire coucou”. L’idée c’était de faire une œuvre qui permet de se détacher et qui n’a pas besoin de grand chose pour vivre.”.

Et cette idée d'œuvre qui vit d’elle-même c’est un peu le concept de l’exposition. En dépit de leur absurdité, toutes les œuvres peuvent être utilisées et n’ont pas vraiment besoin d’entretien. Que ce soit le pneu inconfortable ou la sorte d’abri de bus faisant face aux conducteurs, Arnaud espère que chacune de ses installations puisse perdurer même une fois l’exposition terminée le 24 mai, tant elles s’intègrent très naturellement dans l’endroit où elles se trouvent.

Retrouvez toutes les informations concernant l’exposition sur le site de l’ULiege.

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