Forêts wallonnes : quand les arbres morts deviennent arbres de vie

Certains arbres morts doivent aujourd'hui être conservés pour leur biodiversité
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Certains arbres morts doivent aujourd'hui être conservés pour leur biodiversité - © RTBF Philippe Collette

Au détour de leurs balades en forêt, les promeneurs ont sans doute déjà aperçu des arbres morts garnis de gros champignons autour de leur tronc ; une vision qui n’est pas des plus jolies mais la conservation de ces arbres morts, et leurs champignons, font aujourd’hui partie d’une nouvelle politique de gestion forestière du DNF, le Département Nature et Forêt de la Wallonie, depuis une vingtaine d’années afin de préserver la biodiversité.

En effet, l’heure n’est plus à conserver une forêt impeccable où tout bois mort doit disparaître du paysage. Au contraire, les arbres morts – en tous les cas ceux qui ne présentent pas de danger pour le promeneur ou le trafic – font l’objet d’une préservation volontaire inscrite dans le code forestier wallon.

C’est donc exactement l’inverse de la gestion de jadis qui est aujourd’hui imposée aux propriétaires publics sous l’œil attentif des gardes forestiers ; mais comment expliquer ce revirement ? En fait, les arbres morts ne sont pas si morts que ça : ils abritent une certaine biodiversité pendant de longues années : "on a d’abord les pics qui creusent le tronc pour se nourrir du bois, explique Franck Renard, garde forestier au Cantonnement de Spa, mais aussi pour former des cavités où y installer leur nid, puis les champignons qui vont contribuer à la décomposition et à la dégradation du bois, ce qui fait qu’on se retrouve avec un véritable foisonnement d’organismes vivants sur un arbre qui, lui, est en fin de vie."

Un minimum d'arbres morts doivent aujourd'hui être conservés

C'est donc cette biodiversité que le code forestier entend respecter selon des normes bien précises : " Il y a quelques décennies, poursuit l’agent du DNF, c’était une aberration de conserver des arbres morts en forêt, ce n’était pas propre ! Aujourd’hui, c’est devenu une garantie de biodiversité et de fonctionnement naturel du cycle de la vie et de la mort en forêt ;  le code forestier impose donc aux gestionnaires et propriétaires publics de garder un nombre minimum d’arbres morts à l’hectare, actuellement deux arbres morts ."

On est donc passé d’un extrême qui était la conservation d’une forêt nette sans le moindre bois mort en forêt à un autre où l’on impose de conserver ce bois mort moyennant le respect selon les situations de la sécurité publique.

Des champignons durs comme du bois

C’est donc par un curieux phénomène naturel que le regard du promeneur peut être attiré : un tronc, par exemple de hêtre – le phénomène en question se produisant essentiellement dans les bois tendres, hêtres et bouleaux par exemple – de 4 à 5 mètres de haut, fortement creusé, et couronné d’espèces de larges plateaux incrustés au tronc qui sont en réalité d’impressionnants champignons : " ce sont le plus souvent des polypores, précise Franck Renard, très massifs, très solides, ils sont pratiquement durs comme du bois, visibles tout au long de l’année car leur carpophore (ndlr : la partie visible d’un champignon) va continuer à grandir pendant plusieurs années ; c’est vraiment le roi des champignons sur les arbres morts !" Est-il dès lors nécessaire de préciser qu’il n’est pas question de les cueillir et encore moins de les goûter…

Cette conservation des arbres morts et leurs surprenants champignons va s’accentuer dans le futur vu les nouvelles dispositions légales du code forestier et par cette prise de conscience de nombreux gestionnaires privés ou publics voire même d’utilisateurs de la forêt que ce n’est pas du désordre, mais au contraire… de la vie.

Une augmentation qui sera encore accrue dans certaines situations où le dépérissement des espèces s’avère plus marqué en raison de la sécheresse de ces trois dernières années.

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