Etalement urbain : "Liège est la seule ville wallonne sans document d'aménagement du territoire"

Liège continue à grignoter sa campagne
Liège continue à grignoter sa campagne - © capture d'écran Google maps

Des maisons, des immeubles, des parkings, qui poussent comme des champignons sur des terres agricoles ou des zones naturelles. C’est ce qu’on appelle l’étalement urbain. En région wallonne, en moyenne, 13 km carré de terre sont "bétonnés" chaque année. La région wallonne vient de mettre sur pied un groupe d’experts pour réfléchir à la problématique.

Mieux utiliser l’espace libre dans les villes

Objectif de ce groupe de travail : mettre un terme définitif à ce grignotage des terres d’ici 2050, une exigence européenne. Des villes plus étalées, c’est moins de biodiversité et plus de trajets en voiture pour se rendre dans les centres urbains. " Cela représente aussi des coûts plus importants pour entretenir les réseaux : les routes, l’égouttage, les réseaux électriques ", signale Jacques Teller. Chercheur en aménagement du territoire à l’Université de Liège, il fait partie du groupe d’experts formé par la région Walonne.

Selon lui, des solutions pour densifier les villes existent : "on doit davantage réutiliser des parcelles qui ont déjà été occupées, il faut aussi investir les noyaux villageois et les zones périurbaines. Il y a également la possibilité de diviser des bâtiments existants beaucoup trop grands par rapport à leur occupation effective. "

Espaces de coworking, buanderies partagées, parkings mutualisés

Limiter l’étalement urbain, cela passe aussi par un changement de nos modes de vie, par un abandon du rêve de la maison quatre façades, de toute façon de moins en moins accessible financièrement. Mais le chercheur insiste : pas question de renoncer au confort, de s’installer dans des tours par exemple.

" Il ne faut pas faire plus dense pour faire plus dense. Il faut rendre les milieux urbanisés plus qualitatifs avec tout autant de services mais une autre organisation. " Une piste : partager des services qui jusque-là étaient privatisés dans chaque logement. " On voit dans certains nouveaux projets des espaces de coworking, des buanderies partagées, du stockage de vélo ou des places de parking mutualisées de manière à optimiser leur usage. "

Liège : la plus mauvaise élève de Wallonie

Le chercheur se dit optimiste quant aux chances d’aboutir de ce groupe de travail, mais il précise : la Belgique est l’un des plus mauvais élèves en matière d’étalement urbain et Liège la plus mauvaise élève de Wallonie.

" La ville de Liège est la dernière ville wallonne qui n’a pas de document d’aménagement du territoire sur sa commune. Il y a un schéma de structure sur Namur, un master plan pour Charleroi, un schéma pour Mons. Liège n’a pas ce document de référence pour le réaménagement et le développement du logement ".

Sans surprise, " la tendance très forte des ménages à s’installer en périphérie de Liège " n’y est pas pour rien dans l’étalement urbain. En cause notamment : le manque de logements de qualité à Liège. " Une partie importante du stock de la ville de Liège, hérité des années 1940-1945 est mal entretenue, mal isolée. "

Opérations de démolition-reconstruction

Selon l’expert, seule une politique volontariste pourrait remédier à ce problème. Il plaide notamment pour une meilleure utilisation des espaces vides dans la ville de Liège. " Il y a un certain nombre d’opérations qui se développent dans ce sens, comme le projet de quartier à Coronmeuse. Mais il y a encore des espaces dans lesquels on peut développer des opérations d’envergure : le long du boulevard Poincaré, sur la plaine qui va du Val Benoît au Standard. Ce sont des espaces proches du centre-ville et qui seront bien connectés au futur réseau de tramway. "

Autre piste : envisager la démolition de certains bâtiments pour les reconstruire. " Certains immeubles à proximité du centre-ville sont en tellement mauvais état que les coûts pour les remettre à niveau sont égaux ou supérieurs à la valeur du bien. " Un impératif tout de même, selon lui : respecter " les gabarits et les alignements " pour éviter de réitérer certains faux pas esthétiques des années 1970.