Elections communales: des formations politiques commencent à faire appel aux techniques d'intelligence collective

Elections communales: des formations politiques commencent à faire appel aux techniques d'intelligence collective (illustration)
Elections communales: des formations politiques commencent à faire appel aux techniques d'intelligence collective (illustration) - © Jonas Hamers / ImageGlobe - BELGAIMAGE

Des partis qui font appel aux techniques d’intelligence collective, la démarche est neuve et encore très marginale. En prévision des prochaines élections communales, seules quelques formations politiques ont sollicité le concours de spécialistes de ces processus de prise de décision et de coopération au sein d’un groupe. En province de Liège, par exemple, c'est le cas du mouvement Vert Ardent, à Liège, et d'Entente Citoyenne 2.0 à Remicourt.

Jusque-là, l'intelligence collective avait d'abord séduit l'associatif, le non-marchand, les entreprises d'économie sociale, avant d'intéresser, au fil du temps, d'autres structures des secteurs marchands et privés.

A présent, c'est donc au tour de quelques formations politiques.

Vert Ardent et Entente Citoyenne 2.0

L'ASBL bruxelloise Collectiv-a a travaillé avec Vert Ardent pour la désignation des coordinateurs du mouvement et des 10 premiers candidats de sa liste via des pratiques d'intelligence collective. Julien Didier, facilitateur à Collectiv-a: "C’est un ensemble de pratiques et une vision qui cherchent à voir comment on peut aider des groupes à fonctionner en étant plus intelligents ensemble que tout seul. Nous avons aidé Vert Ardent à trouver des candidats et des personnes en interne à certains postes au moyen d’une méthode qui s’appelle l‘élection sans candidat, qui vise à donner la parole à tout le monde, de manière très participative et très ouverte, et où l’ensemble du groupe va réfléchir à un groupe de personnes qu’il veut désigner pour un poste déterminé".

"On dit qu’on facilite le travail des groupes et des collectifs", explique Evelyne Dodeur de Collectif ASBL. Basée à Liège, elle a travaillé avec Entente Citoyenne 2.0 de Remicourt pour désigner les 6 candidats qui emmèneront la liste. "L’idée, c’est de sortir d’un fonctionnement où les individus bataillent les uns contre les autres, qu’ils essayent vraiment de construire quelque chose ensemble. On essaye de faire émerger l’intelligence collective et de rester focalisé sur le collectif, ce dont il a besoin, et ici l’idée était de déterminer collectivement qui étaient les personnes les plus cohérentes et les plus pertinentes pour emmener cette liste".

Construire quelque chose ensemble

"Ça touche à des choses sensibles puisqu’on parle ici d’individus, donc bien sûr, il va y avoir des tensions mais on essaye que cela ne se cristallise pas en conflit", poursuit Evelyne Dodeur, "Les tensions dans un groupe sont sources d‘informations. Il faut en faire quelque chose. C’est ce travail que le facilitateur tente de faire: faire émerger l’intelligence collective grâce à des processus et en tenant compte de la partie émotionnelle".

"La volonté de ces processus, ce n’est pas d’éviter le conflit ou les tensions, ni même de les réduire, c’est d’ensemble les traverser de manière constructive, essayer d’en ressortir plus intelligents ensemble", confirme Julien Didier.

Comment nos interlocuteurs jugent-ils ce début d’intérêt des partis politiques pour les pratiques d’intelligence collective?

Plus facile avec un petit parti

"Pour moi, il y a urgence", répond sans hésitation Evelyne Dodeur de Collectif ASBL, "Je pense que la politique aujourd’hui ne fonctionne plus et je me réjouis qu’on se tourne vers une autre forme de fonctionnement dans la politique. C’est difficile parce que c’est un énorme changement. Pour le moment, ce sont des égos qui se mettent en avant. Il s’agirait ici de défendre un projet de société avec des individus mais qui collectivement croient en ce projet et veulent déployer une énergie, mettre des compétences au service de ce projet. J’ai des doutes sur le fait que tous les partis politiques, surtout ceux qui ont une longue histoire, soient intéressés par ça. En tous cas, ce qui est sûr, c’est que c’était plus facile avec un petit parti politique et un nombre restreint de candidats d’expérimenter l’élection sans candidat".

"A priori, on trouve ça positif", réagit pour sa part Julien Didier de Collectiv-a, "Souvent, il y a une résonance avec le fait d’amener certaines valeurs en politique, des valeurs comme un nouveau dialogue avec les citoyens, une société qui soit plus à l’écoute des différentes personnes et aussi peut-être plus écologique, plus sociale, et ce genre de choses. Moi je vois dans l’intelligence collective un potentiel d’un changement social et sociétal plus large. Maintenant, il ne faut pas se leurrer, les outils qu’on utilise fonctionnent avec des groupes d’une certaine taille et avec des enjeux d’un certain niveau. Si on veut appliquer ça à d’autres niveaux, il faudra d’autres expérimentations et on va passer par des processus d’essais/erreurs, mais je pense qu’en tous cas, on tient un fil qu’il serait utile d’explorer".

 

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