Devenir une famille d'accueil, un investissement humain mais aussi financier

Il y a la nourriture, les habits, le matériel scolaire, les loisirs… Éduquer un enfant, cela représente toujours un certain budget. Mais en cas de souci de santé, cela peut devenir franchement compliqué. D’autant plus que toutes les dépenses ne sont pas prises en charge par la mutuelle.

Nadine et Romain en savent quelque chose. Ce couple de Verviétois a décidé de devenir famille d’accueil, un projet qui leur trottait dans la tête depuis un moment déjà. Quand Lola est arrivée chez eux, elle n’avait que quelques jours. Ses parents d’accueil ne savaient alors rien de sa courte histoire, rien non plus de ses soucis de santé.

Aujourd’hui, la fillette a 21 mois. Née d’une mère alcoolique, elle souffre de troubles de la vue, de l’audition et a des problèmes psychomoteurs. Lola est incapable de s’alimenter et doit être nourrie par sonde gastrique. Pour Nadine et Romain, s’occuper de Lola est dès lors un engagement de tous les instants, le jour comme la nuit.

"Lola est gavée de 21h30 à deux heures et demi du matin", détaille Nadine. "Il faut se lever, rincer la pompe, nettoyer sa sonde. A 4h30, on remet en route la machine. A 7h00, il faut à nouveau relancer la pompe."

600 euros de consultations non remboursées

La suite de la journée est faite d’une succession de rendez-vous médicaux. Pendant que Romain travaille, c’est Nadine qui s’occupe de Lola, la conduit à l’hôpital ou accueille les médecins à la maison. Un investissement en temps et en émotions, mais aussi de grosses dépenses.

Et la famille supporte en partie ce coût financier. "Pour son alimentation – un lait un peu particulier –, on est à environ 75 euros par semaine, qui ne sont pas pris en charge par la mutuelle. On a droit à 30 séances de kiné par an, mais Lola est bien au-delà. On en est déjà à 600 euros de consultations non remboursées." Des exemples parmi d’autres. Certains mois, "les dépenses sont très importantes et d’autres, c’est un peu plus allégé", indique pudiquement le couple.

On va se battre pour ne pas diminuer les soins de Lola. Elle en a trop besoin 

Pour subvenir aux besoins de Lola, d’un autre petit garçon qu’ils accueillent et de leurs cinq propres enfants, Nadine et Romain doivent consentir à quelques sacrifices.

"Cette année, nous ne sommes pas partis en vacances", raconte la mère de famille. "On va parfois se promener au lac de la Gileppe par exemple, mais on ne s’arrête jamais pour boire un verre. On se dit que cela ferait encore des dépenses et alors on pense aux factures qui vont arriver."

Mais Nadine et Romain ne remettent jamais leur engagement vis-à-vis de Lola en question. "Le futur fait peur, mais on va se battre pour ne pas avoir à diminuer les soins de Lola. Elle en a trop besoin."

Les deux quadragénaires ont entrepris des démarches pour demander une prise en charge de certains soins par l’Etat. Un appel à l’aide resté sans réponse pour l’instant.

Endettement médical

Pour les responsables de l’association Miquado, le problème peut concerner aussi bien les familles d’accueil – comme celle de Nadine et Romain – que les familles biologiques. "La famille va parfois privilégier les soins de l’enfant au détriment des autres factures du quotidien, qui s’accumulent et restent impayées", explique Caroline Compère, responsable de cette association verviétoise.

Elle cite l’exemple des personnes greffées qui doivent prendre un médicament antirejet, un "traitement vital, qu’elles doivent suivre à vie".

"Cela représente 500 à 1000 euros par mois, non pris en charge par la sécurité sociale", évalue l’assistante sociale. "La conséquence, c’est que certains parents se tournent vers des médicaments vendus Internet, moins chers, mais de mauvaise qualité. D'autres vont même jusqu'à voler dans des magasins."

Les parents les plus dépassés auraient tendance à délaisser les soins de leurs enfants et à les laisser "dans une situation extrêmement déplorable".

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