Deux logiques écologiques s'affrontent autour d'un méga-remblai à Cerexhe

A l'arrière plan, la montée autoroutière se devine: 400.000m³ de terres vont-ils remblayer ce vallon?
A l'arrière plan, la montée autoroutière se devine: 400.000m³ de terres vont-ils remblayer ce vallon? - © Michel Gretry

Ce n’est pas un endroit particulièrement bucolique : c’est un vallon de prairies, où paissent quelques vaches. Le bruit de la E40 qui les surplombe, en haut d’un talus boisé, ne semble pas les émouvoir. C’est une zone agricole, mais c’est une cuvette artificielle : le plan incliné qui la borde a été créé voici un demi-siècle pour l’autoroute.

La coopérative Tradécoliège, qui regroupe des entrepreneurs de la construction et des travaux publics, souhaite combler ce " trou " avec des terres excavées. Depuis le mois de mai, la région wallonne a instauré un système de traçabilité. Dès qu’une ville, une commune, une administration, ou un particulier creuse quelque part pour des fondations d’immeubles, des réfections de voiries, des réfection de réseaux de gaz ou d’électricité, il faut, au préalable, analyser le sol. Si c’est pollué, les déblais vont en centre d’enfouissement, avec les plâtres, les bétons, les briquaillons, les " inertes ". Si ce n’est pas pollué, ça peut aller en remblai. Mais il manque d’un site pour les accueillir, en région liégeoise. Comme l’explique Mathieu Scheen, l’un des promoteurs, " actuellement, les terres sont soit gardées sur chantier, ce qui n’est pas le but,  soit envoyées en centres techniques ce qui les sature inutilement, soit transportées sur plusieurs dizaines de kilomètres pour être déchargées, ce qui coûte cher, et qui n’est pas très rationnel en termes d’empreinte carbone ; l’agglomération a besoin d’un site de grande envergure pour recevoir ces terres : il vaut mieux un endroit bien choisi qu’une dizaine de localité qui subiraient des nuisances "

L'équivalent d'une dizaine de terrains de foot rehaussés d’une dizaine de mètres

Pendant entre cinq à huit ans, hectare par hectare, le projet Tradécoliège devrait déverser quatre cent mille m³. C’est moins que le volume annoncé dans une première version du dossier, refusé voici trois ans. L’atout du lieu : il est d’un accès très direct, et le charroi ne doit pas traverser le moindre village. Les poids lourds ne vont guère ajouter du bruit au niveau sonore, déjà élevé, aux alentours. Face à ce discours à l’accent volontiers écologique, des opposants développent une autre logique environnementale : le respect de ce qui subsiste du cadre de vie, le respect d'un paysage qui s'est "installé" au fil des décennies, le respect de la biodiversité.  Les améliorations apportées, plantations de haies ou maintien de quelques arbres, risquent de ne pas suffire à apaiser la méfiance du voisinage.

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK