Deux accidents de travail sur trois ne seraient pas déclarés: "Cela peut être la volonté du travailleur par peur de représailles"

Ce 28 avril, c’est la journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail. À cette occasion, la CSC attire l’attention sur la souffrance des victimes d’accident du travail et des malades du travail. En 2019, il y a eu dans le secteur privé en Belgique 169.000 déclarations d’accidents du travail.

La province de Liège n’échappe pas à ce constat. Chaque jour en semaine, plus de cinquante accidents sur le lieu de travail ou sur le chemin du boulot y sont déclarés, pour le seul secteur privé. Des chiffres qui ne diminuent pas au fil des années, comme l’épingle Thomas Gérard, permanent CSC et conseiller en prévention : "On pensait qu’avec le changement de profil d’emplois sur notre province et avec, malheureusement, une réduction des emplois dans l’industrie, les accidents allaient diminuer significativement. Mais ce n’est pas le cas. Nous constatons une proportion plus élevée d’accidents avec séquelles ou incapacité temporaire, voire permanente. On atteint un taux de 60%."

Le télétravail ne préserve pas les travailleurs

Avec la crise sanitaire et le développement du télétravail, les travailleurs s’exposent à d’autres risques. Thomas Gérard soulève, par exemple, les problèmes de posture liés au travail à domicile : "Avec l’ergonomie et la posture de travail, c’est le principal risque que va développer un travailleur en télétravail structurel récurrent."

Bien souvent, la frontière entre les obligations familiales et professionnelles est ténue, de plus en plus réduite. Ça génère un certain stress supplémentaire.

Les impacts psychosociaux se dégagent également : "Le travailleur est victime d’un isolement d’une part, d’un manque de contacts sociaux, mais aussi d’une charge de travail supplémentaire, parce que bien souvent, la frontière entre les obligations familiales et professionnelles est ténue, de plus en plus réduit. Ça génère un certain stress supplémentaire."

Deux accidents sur trois ne seraient pas déclarés

En Belgique, deux accidents sur trois ne seraient pas déclarés : "Cela peut être la volonté du travailleur de ne pas signaler par peur de représailles, ou pour ne pas se mettre en défaut. Ou bien parfois, ce sont des pressions d’employeurs", analyse le conseiller en prévention.


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Puis il y a les déclarations qui n’aboutissent à rien. En province de Liège, un dossier sur huit est refusé par l’assureur. "C’est stable, ça s’explique par une déclaration mal rédigée, non vérifiée ou incohérente. C’est pour cela qu’on a le souhait de faire en sorte que les victimes d’accidents de travail puissent avoir accès à la copie de leur déclaration d’accident, ce qui évitera à l’avenir des incohérences, une rédaction mal faite, etc."

Les intérimaires les plus touchés

Un autre constat reste valable d’année en année : les intérimaires sont le plus souvent touchés par des accidents du travail. "L’intérimaire peut tantôt travailler dans un bureau, en industrie ou encore dans le commerce. Il change de boulot souvent. Il n’a pas toujours les informations qu’il faut avant de commencer le travail. Il n’est pas habitué à son environnement de travail. Il a deux fois plus de chances selon les statistiques d’être victime d’un accident de travail. Il est prévu que l’entreprise rédige une fiche de poste qui décrit la tache et les risques liés. Malheureusement, ces fiches ne sont pas rédigées ou que le travail a déjà commencé", regrette le permanent syndical.


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