Des restos au cinéma : les jeunes de l'internat "Le Britannique" réalisent un film bluffant

Ils sont étudiants en hôtellerie ou en boulangerie, ils ne connaissaient rien au cinéma et pourtant, ils viennent de sortir un film d’une heure quart (disponible ici), tourné avec leurs moyens. Les élèves de l’internat " Le Britannique " à Spa ont réalisé un petit exploit !

Durant un an, ces élèves de 14 à 18 ans ont transformé leur internat en plateau de tournage. Un projet un peu fou parti d’un pari " Au début, personne ne me croyait que j’allais faire un film " raconte Noah Xhonneux, le réalisateur " d’ailleurs, je l’ai dit à ma professeure et elle m’a dit : pour 50 euros, jamais tu feras un film ! J’ai tapé dans ma main et voilà ". Le projet est lancé, il faut maintenant écrire, tourner et monter.

Des formations express aux métiers du cinéma

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Toute l'équipe a appris à maquiller. © LUC CHATEAU

Noah et ses amis déposent un premier script auprès des éducateurs. Le projet est approuvé et soutenu par la direction, mais à une condition, ne pas engager de professionnels. Les jeunes devront écrire, jouer et tourner le film seuls. Nicolas Cornette, l’assistant-réalisateur, décide de s’informer et contacte des professionnels " J’ai appelé un vrai ingénieur-son pour former un étudiant et nous conseiller sur le matériel. J’ai aussi appelé une maquilleuse professionnelle pour qu’elle nous apprenne comment on maquille pour le tournage et puis les personnes pour la lumière aussi ". Des formations données gratuitement qui ont lieu en soirée, après les cours.

Les autres jeunes de l’internat sont impliqués dans le projet, souvent comme acteurs. C’est le cas d’Abdallah " On est venu me proposer de tourner parce que j’avais déjà été acteur dans d’autres projets de l’internat, des petits films qu’on avait fait pour s’occuper. Ici, on se réunissait le lundi soir et on donnait tous nos idées pour écrire l’histoire ". Johan, 12 ans, était lui l’un des plus jeunes acteurs " On m’a demandé pour jouer une scène triste à la fin du film, c’était chouette. Mais au départ, je rigolais tout le temps alors ça n’allait pas, mais j’ai pris l’habitude et ça a été mieux ". Le projet avance, mais il reste un souci à régler et pas des moindres : le matériel.

C’est encore Nicolas, assistant-réalisateur qui s’en occupe. Il lance plusieurs pistes et via les connaissances des uns et des autres, il rassemble l’équipement nécessaire. Des caméras, des accessoires comme les pistolets, les fusils automatiques et les seringues, des costumes, de l’éclairage ou encore des micros. Vient alors le moment de s’habituer au matériel. Lucas Commatteo s’est occupé du son. Pourtant, avant le tournage, il n’y connaissait rien " Au départ, je ne devais pas du tout être preneur de son. Mais quand on me l’a proposé, j’ai dit que ça m’intéressait. En plusieurs jours, j’ai essayé d’apprendre tout ce qui est Tascam, donc le boîtier pour régler le micro, le micro en lui-même et tous les petits détails qu’il faut pour avoir un résultat parfait pendant le film ".

Cette formation et l’investissement des jeunes impressionnent leur éducateur Antoine Lamblotte " On peut leur ériger une statue, c’est incroyable. Ils n’avaient aucune idée de comment ça marche. On leur a mis le matériel dans les mains en disant : vous vous débrouillez, il existe des tutos, il existe des forums, à vous de devenir des experts. Je le rappelle, ils ont 15 ans ".

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Les jeunes ont même dégoté une grue panoramique. © LUC CHATEAU

Un résultat bluffant

Visuellement, le film est réussi et l’histoire, très mature, vaut le détour. Les jeunes y abordent des thèmes durs comme l’enlèvement de mineur, le trafic d’organes, et même le suicide au travers d’une scène dure. Un des personnages découvre le corps de son père, fermier, pendu dans sa grange après la crise du lait. Noah, le réalisateur, tenait à aborder cette crise et ces conséquences dans son film " C’est parce que mon papa est dans le métier et du coup, c’est important que les gens comprennent que ce n’est pas facile, même si les fermiers travaillent tout le temps ".

L’équipe s’est même offert le luxe de composer une bande-son originale pour le générique du film. C’est un étudiant de l’internat qui a écrit et interprété le morceau.

Au total, une centaine de personnes a travaillé sur le film. Il s'agissait uniquement de membres de l’internat, qu’ils soient étudiants, éducateurs ou chauffeur de bus. Un projet fédérateur pour le plus grand bonheur des éducateurs et de la direction. Il se pourrait même que l’internat réitère l’expérience et propose une suite.

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