De l'argent jeté d'une tour, 6 jours de négociations... Il y a 30 ans, la prise d'otages de Tilff

Les malfrats quittant la maison en voiture avec Marie-Madeleine Jeuris à bord, utilisée comme bouclier humain.
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Les malfrats quittant la maison en voiture avec Marie-Madeleine Jeuris à bord, utilisée comme bouclier humain. - © BELGAIMAGE

Il y a 30 ans, le 16 septembre 1989, avait lieu la prise d’otages de Tilff, la plus longue prise d’otages du pays : elle a duré 6 jours.

Philippe Delaire, un truand français au casier déjà bien chargé et deux complices décident de braquer une banque liégeoise, rue Gretry. Ils prennent en otage, dans leur maison familiale de Tilff, en banlieue liégeoise, le gérant de l’agence qui doit les conduire à la banque, ainsi que l’épouse et ses deux petites filles, âgées de 10 et 13 ans.

Et ça là que le scénario des malfrats commence à déraper : l’agence est inaccessible tout le weekend. Toute tentative d’intrusion déclenchera les alarmes. La bande décide alors d’attendre…

L’évasion du banquier

Tout se passe en toute discrétion jusqu’à ce que le banquier réussisse à s’enfuir, en profitant de l’assoupissement des ravisseurs et du bruit d'un train. Il donne l’alerte, alors que sa femme et ses deux fillettes, Françoise et Gaëlle, restent dans la maison.

Les forces de l’ordre et l’escadron spécial d’intervention débarquent devant la maison de Tilff, suivis de près par de nombreux journalistes. Une négociation démarre entre les ravisseurs et la police.

6 jours d’attente et de négociation

Philippe Delaire, qui a déjà été arrêté en Belgique, veut bien discuter mais uniquement avec le commissaire Jacques Léonard.

"Je l’avais connu en 1985, raconte Jacques Léonard. A l’issue de la fusillade d’Herstal, l’enquête concernant les hold-up qui avaient précédé cette arrestation m’avait été confiée. Et pendant près de 6 mois, à raison de deux ou trois fois par semaine, j’ai été amené à l’interroger. Donc je connaissais bien le personnage ; lui me connaissait également."

"Les interrogatoires se passaient bien à partir du moment où on ne parlait pas des faits eux-mêmes... Un de ses complices disait : la différence entre Philippe et moi, c’est que moi je braque pour vivre, lui, il vit pour braquer."


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Durant 6 jours, malfaiteurs et policiers discutent, sous le regard de Marie-Madeleine Jeuris et des deux petites filles : "On est attachées au radiateur, ensemble, y a une grenade dégoupillée au-dessus de notre nez, ils ne rigolent pas…", raconte l’épouse du banquier, lors d’un contact avec les forces de l’ordre. "J’ai peur", murmure Gaelle, 10 ans, à l’oreille du commissaire Léonard, qui essaye de rassurer comme il peut les enfants. "Prends patience, tout se déroulera bien…"

Les enfants valent de l’or. Les preneurs d’otage réclament d’abord 40 millions de francs belges et un véhicule pour quitter les lieux. Au bout de 6 jours, Delaire et ses complices acceptent de relâcher les petites filles en échange de 30 millions. Gaëlle et Françoise quittent la maison, choquées mais indemnes, et sont prises en charge par une ambulance.

La fuite

Les malfrats quittent la maison et assurent leur sécurité en utilisant Mme Jeuris comme bouclier. Elle embarque elle aussi dans la voiture. Rapidement, ils abandonnent l’épouse du banquier, ils la relâchent près de l’Ile Monsin. Ils braquent un automobiliste et changent de voiture. Ils sont en route vers les Pays-Bas mais s’arrêtent à la sortie de Liège, à Droixhe, où ils disposent d’une planque dans la plus haute tour du quartier.

La police, qui ne les lâche pas, encercle l’immeuble, avec une crainte nouvelle : celle d’une nouvelle prise d’otages. La tour comporte de nombreux appartements et, à cette heure tardive, les gens sont chez eux.

Les forces spéciales donnent finement l’assaut, après avoir sommé la bande de se rendre : "Soyez réalistes, hurle la police dans un mégaphone, vous avez perdu la partie, c’est terminé".

Philippe Delaire gît dans les escaliers du building. Suicide, ont toujours affirmé les forces de l’ordre et le parquet général.

La valse des billets

Archives RTBF/ SONUMA: extrait du JT du 23/09/1989 revenant sur les événements à Tilff

Les deux complices de Delaire, eux, se sont réfugiés sur le toit. Les agents de l’escadron spécial d’intervention montent, sécurisant étage par étage.

Et c’est là que se produit la scène qui restera dans la mémoire : les deux braqueurs balancent les sacs de la rançon depuis le sommet de la tour. Les billets de 5000 francs descendent vers le sol. Les curieux, qui s’étaient rassemblés au pied de la tour, se jettent sur les billets. "C’était la ruée vers l’or, c’était le carnaval à Rio, s’extasie une habitante. Ils jetaient les liasses puis les liasses s’ouvraient, c’est magnifique.

Archives RTBF/SONUMA: résumé du dénouement de la prise d'otage de Tilff, il y a 30 ans (sujet JT 23/09/89)

Les deux complices de Delaire finissent par se rendre. Ils sortent sous les huées de la foule. 

"Les 3 otages sont récupérés, les 30 millions aussi – ou en partie – et les trois bandits ont ce qu’ils méritent", conclut le procureur général de Liège de l’époque, Léon Giet.

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