"De gré ou de force", un web-documentaire sur l'histoire des Cantons de l'Est

Frédéric Moray, l'auteur du web-documentaire.
Frédéric Moray, l'auteur du web-documentaire. - © RTBF

Frédéric Moray est originaire de Malmedy. Il est journaliste et l’auteur du web-documentaire "De gré ou de force". Il était l’invité de la rédaction de Liège-Matin ce mardi.

Fabian Magri : On se souvient tous de la chanson "Né en 17 à Leidenstadt". "Et si j’étais né en 1917 à Malmedy ?", c’est un peu la question originelle de votre réflexion.

Frédéric Moray : "A partir du moment où j’ai commencé à réfléchir à ce travail, cette chanson m’a trotté dans la tête. Je me suis vraiment posé cette question : et si j’étais né, moi, en 1917, dans les Cantons de l’Est ? Et finalement, l’expérience à travers le site qu’on propose, c’est ça. C’est de se poser la question : qu’est-ce qu’on aurait fait, nous, si on était nés dans les Cantons de l’Est, à cette époque-là ?"

Fabian Magri : Vous avez pris connaissance de cette tranche d’histoire de votre région natale en assistant au carnaval des ombres à Bruxelles en 2014. Avant cela, les gens de la région n’abordaient pas vraiment systématiquement le sujet.

Frédéric Moray : "C’est effectivement une question qu’on a un peu enfouie au fil des années, non pas parce qu’elle est honteuse, mais parce qu’il faut se rendre compte qu’à la sortie de la seconde guerre mondiale, il y a des gens qui avaient été enrôlés de force dans l’armée allemande, il y en a d’autres qui ont résisté, il y en a d’autres qui se sont engagés volontairement dans l’armée allemande, et tout ce petit monde est revenu habiter dans la région. Il a fallu coexister. Et quelque part, à un moment donné, on met un drap, et on essaye d’oublier ces questions. Ce sont des questions dont on parle dans les familles mais dont on ne parle pas à l’extérieur. A la fin de la guerre, la Belgique reçoit donc les Cantons de l’Est mais aussi les protectorats coloniaux du Burundi et du Rwanda. C’est à ce moment-là aussi que tout se joue, parce que la Belgique n’intègre pas bien ces territoires à l’époque. Il y a un gouvernement provisoire qui est mis en place avec à sa tête un militaire, et on lui dit qu’il sera là comme dans une colonie, donc de traiter les gens comme des Belges de seconde catégorie. Ce qui a été mal vécu. Et à côté de cela, l’Allemagne veut récupérer ses territoires et va lancer tout un programme de propagande pour dire, regardez, nous, on est beaucoup plus accueillants. Et donc dans l’entre deux-guerres, il y a cette division qui se crée".

Fabian Magri : Vous avez donc fabriqué un web-reportage, mais aussi un site pédagogique à destination des jeunes.

Frédéric Moray : "Les deux sont ensemble. Le site internet se présente comme une expérience. On peut suivre le documentaire de manière linéaire. Mais là où c’est différent, c’est que les vidéos sont assez courtes, et, au bout de certaines vidéos, on se pose des questions. En 1920, il y a eu la consultation populaire avec cette question : voulez-vous devenir Belge ou Allemand ? Et bien on repose cette question, en ayant expliqué le contexte. On repose la question des élections de 1939 aussi : pour qui est-ce que vous auriez voté ? Et puis, en 1940, qu’est-ce que vous faites ? Hitler annexe la région, vous êtes obligés de vous enrôler dans l’armée allemande. Qu’est-ce que vous faites ? Vous y allez gaiement ? Vous y allez parce que vous n’avez pas le choix ? Ou vous êtes réfractaire et vous devenez résistant ?"

Fabian Magri : Toutes ces questions de frontières, de migration… Ce sont évidemment des questions d’une brûlante actualité.

Frédéric Moray : "Tout à fait, et c’est pour ça qu’on ne vise pas spécialement le public des Cantons de l’Est, mais on vise le reste de la Belgique finalement parce que d’une part, ce sont les derniers territoires acquis par la Belgique il y a 100 ans, et puis c’est une question brûlante de l’actualité : tout ce qui est identité, tout ce qui concerne les frontières, la montée des extrêmes. On peut se rendre compte qu’en 1939, finalement, le programme des partis n’est pas très éloigné de certains programmes d’aujourd’hui".

"De gré ou de force", un site qu’on pourra découvrir à partir du 28 juin, une date symbolique puisqu’on sera juste 100 ans après le Traité de Versailles.

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