Dans les Fourons, une plante africaine pour s'adapter à la sécheresse

Le moha, une sorte de sorgho, a besoin de très peu d'eau pour se développer.
Le moha, une sorte de sorgho, a besoin de très peu d'eau pour se développer. - © RTBF

C’est une prairie à l’herbe haute et épaisse. A première vue, rien de bien particulier. Pourtant, un vent d’exotisme souffle sur cette parcelle, près d’Aubel. Luc Hollands y a semé du moha, une plante africaine, résistante aux climats arides.

"Je suis agriculteur depuis 35 ans et je n’ai jamais connu ça, en son temps, mon père non plus n’avait jamais connu ça." Pour la quatrième année consécutive, Luc Hollands, producteur laitier dans la région des Fourons et à Aubel doit composer avec un été sec. "Les réserves de fourrage, pour nourrir les bêtes, sont de plus en plus basses et la production ne suit pas".

Une plante venue d’Afrique

Il y a trois ans, cet agriculteur bio a donc décidé de semer sur certains de ces terrains du moha, une plante venue d’Afrique et adaptée aux climats les plus arides. "C’est de la famille du Sorgho, une céréale africaine. Mais ici, on ne la laisse pas venir à maturité, on la garde uniquement pour la verdure, pour faire du fourrage pour les vaches". L’agriculteur se dit surpris par les rendements de cette céréale. "Ici, on avait un morceau de terre où plus rien ne poussait. On avait semé de la luzerne au printemps mais elle n’est pas venue du tout. Puis on a semé du moha et il vient bien." Les herbes font pour l’instant une vingtaine de centimètres de haut, à maturité elles devraient atteindre un demi-mètre. Cela produit beaucoup de fourrage en peu de temps. C’est beaucoup plus intéressant qu’une prairie classique".

Une graine bon marché, une culture aisée, des rendements intéressants

L’agriculteur a été orienté par Benoît Wyzen, conseiller technique à Elevéo, l’association wallonne des éleveurs. "En réalité, cette plante est utilisée depuis longtemps, mais pas à grande échelle", précise l’agronome. "Chez certains agriculteurs bio, elle vient remplacer les herbacées classiques comme le Ray-Grass. C’est un fourrage qui a une certaine qualité, les graines sont bon marché et la culture relativement simple". Pour lui, cela ne fait aucun doute : dans les années qui viennent les agriculteurs vont devoir adapter leurs pratiques, "travailler de manière différente pour économiser de l’eau, utiliser des plantes qui résistent mieux à la sécheresse."

Sorgho, luzerne ou trèfle d’Alexandrie

Luc Hollands, l’agriculteur fouronnais en est d’ailleurs bien conscient. Il passe beaucoup de temps à glaner des conseils et à éplucher les sites Internet pour s’inspirer de nouvelles pratiques. "Nous avons un forum sur internet avec plusieurs centaines d’agriculteurs bio. On échange des techniques, on fait aussi appel à des techniciens. Il va falloir s’adapter et être inventif", estime celui qui ne cache pas son inquiétude face à l’avenir, alors que son fils a décidé de prendre sa suite.

Autre culture qui se développe : la luzerne, une plante indigène mais un peu oubliée. "Avant, il y avait très peu de cultures de luzerne mais on en retrouve de plus en plus maintenant" précise Benoît Wyzen. La plante a l’avantage de présenter des racines longues qui vont puiser l’eau en profondeur. Certains agriculteurs jettent aussi leur dévolu sur le sorgho ou le trèfle d’Alexandrie.

 

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