Dans les entrailles du Barrage de la Gileppe : une visite à 65 mètres de profondeur

Les longues galeries au cœur du barrage de la Gileppe
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Les longues galeries au cœur du barrage de la Gileppe - © RTBF Philippe Collette

Si la promenade à pied ou à vélo sur le mur de retenue du barrage de la Gileppe ou sur les rives du lac est une activité classique et très courue quelle que soit la saison, la découverte des entrailles du prestigieux ouvrage est moins courante même si les visites guidées, uniquement par groupe, existent depuis des décennies. Celles-ci proposent un programme complet d’une heure trente, d'abord en extérieur depuis le Belvédère qui domine l’ensemble du site, lac et barrage, au cœur du mur de retenue ensuite, et enfin de nouveau à l’extérieur,  cette fois au pied du barrage. Autant le préciser d’emblée, la visite longue de 3 kilomètres convient uniquement à des personnes valides et plutôt bien équipées avec des chaussures de marche et une petite laine car dans les profondeurs du barrage, le contraste de température avec l’extérieur est saisissant. Les guides ont une connaissance remarquable du barrage, son histoire, ses fonctions, ses caractéristiques techniques et afin de bénéficier au mieux des explications orales, ils limitent les groupes à trente personnes pour un seul guide. 

Eau potable pour 400.000 personnes

Tout commence donc au Belvédère à deux pas du grand parking de la Gileppe, d’où la vue est imprenable sur les eaux découpées du lac et le mur de retenue que domine le célèbre Lion sculpté par Félix-Antoine Bouré, haut de 13 mètres 50 et long de 16 mètres ; pour la petite histoire, l’œuvre a été démontée bloc par bloc puis remontée à la même place lors du rehaussement du barrage en 1971! Au Belvédère, le guide propose une fiche technique vivante du barrage de la Gileppe, inauguré en 1878 par le Roi Léopold II et construit à la demande du secteur textile verviétois désireux d’augmenter le volume d’eau nécessaire au traitement de la laine. Au fil du temps, la capacité du barrage s’est avérée insuffisante ce qui explique le rehaussement entamé en 1967 afin de la porter à 26 millions de mètres cubes contre 13 millions à sa construction. Le lac est alimenté par la Gileppe, le Louba, son affluent, et par un captage de la Soor. " Le barrage est avant tout une réserve d’eau potable, explique notre guide Christophe Grifgnée, chef de district des Barrages de l’Est à la Région Wallonne. Une eau qui dessert toute la région verviétoise et la vallée de la Vesdre ; on va jusqu’au Sart-Tilman mais le barrage n’alimente pas Liège ; au total, c’est de l’eau pour environ 400.000 personnes." Le barrage régule aussi les crues sur la vallée de la Vesdre et produit de l’électricité.

 

A 65 mètres de profondeur

La visite se poursuit par la descente via un escalier latéral vers le pied du mur du barrage afin d’entamer ce qui constitue le plat de résistance du parcours, la plongée dans les entrailles de l’ouvrage. Une cabine dissimule le début des escaliers qui mèneront le visiteur à 65 mètres de profondeur par rapport à la route d’accès au site. Un escalier raide mais sans grand danger qui mène au début d’une très longue galerie en forme de tunnel. Sans crier gare, l’atmosphère surprend : fraîcheur (ou froideur selon que l’on est plus ou moins frileux) et humidité à outrance. " La température permanente est de 7 degrés, précise notre guide ; quand il fait chaud dehors, cela provoque un fort contraste et nous conseillons de se munir d’un pull-over." Les bruits d’écoulement complètent ce décor peu familier et austère où le béton est roi. Les pas résonnent comme dans une cathédrale, les propos du guide provoquent un écho qui s’évanouit dans les profondeurs : " ce que l’on entend couler, explique Christophe Grifgnée, ce sont les fuites totales du barrage issues de drains. La galerie aboutit à ce qu’on appelle le bouchon : elle fait toute la longueur du barrage. Au bout de la galerie, est installé ce grand pendule avec un fil plongé dans un bain d’huile qui sert à nous informer sur les mouvements du barrage, très limités." Un appareil de mesure qui permet aussi le cas échéant de déceler une secousse sismique qui se serait produite à une distance relativement proche.

Ouvrez les vannes !

La progression se poursuit dans cet environnement voûté déconseillé aux claustrophobes ; çà et là, des robinets coulent en permanence, alimentés par des drains forés en dessous du barrage : " Ici, ils permettent à l’eau qui percole sous le barrage de remonter sans quoi cette eau risquerait d’amener de la pression et faire glisser l’ouvrage; on diminue ainsi cette pression afin de garantir la stabilité du barrage." On apprend ainsi que la Gileppe est un barrage très sûr, monitoré dans ce sens par la quinzaine de techniciens présents en permanence sur le site. La visite quant à elle reprend : c’est le retour par le même chemin, galeries, escaliers et enfin le grand air et la lumière, sous le regard du Lion tourné vers la vallée. C’est là que les guides réservent une surprise aux visiteurs afin qu’ils quittent la Gileppe sur une note plus "fun": "on effectue un lâcher de démonstration, explique le chef de district des barrages de l’Est, pour montrer le fonctionnement des vannes de vidange qui permettraient de vider le barrage le plus vite possible en cas de problème". Le jet est tout simplement fulgurant, les deux vannes pouvant expulser chacune 45 mètres cubes d’eau par seconde ! Un spectacle à lui seul que ne manquent pas de photographier longuement les visiteurs. Le barrage de la Gileppe a ses secrets. Il a aussi ses surprises.

Si vous désirez vivre cette expérience, rappelons que les visites guidées s’effectuent en groupe uniquement, moyennant réservation via le site : gileppe.com. Il vous en coûtera 6 € par personne pour les groupes de plus de 15 visiteurs (forfait de 90 € en dessous de 15 personnes).

Archives JT du 26/11/2018

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