Dalhem (Visé): un agriculteur au bord du gouffre il y a 10 ans est aujourd'hui reboosté

Il y a 10 ans, en 2009, la première crise du lait. Les prix s'effondrent. En 2012, la 2ème crise du lait. En 2015, la 3ème crise du lait. Armel Jeghers est au bord de la rupture. Il n'en peut plus. Les dettes et les factures s'accumulent. Il se lève le matin et il sait qu'il va perdre de l'argent. Lorsque nous l'avions rencontré il y a 4 ans, il pensait arrêter son exploitation. Il a des trémolos dans la voix. Il s'endette de plusieurs milliers d'euros tous les mois. « Ça m'arrache le cœur. On souffre », disait-il. 

Armel Jeghers travaille dans la ferme familiale depuis qu'il a 18 ans. Il a aujourd'hui 45 ans. La ferme du Vieux Bure est située au bord du plateau de Herve, sur les hauteurs de Visé. Elle appartenait déjà à son arrière-grand-père. Il possède 60 vaches laitières et 60 veaux et génisses. 

Transformation du lait : 1.000 yaourts par semaine

Aujourd'hui, le prix du lait est remonté, mais ce n'est pas encore la panacée. Si Armel Jeghers s'en sort petit à petit, c'est grâce à la fabrication de produits dérivés du lait, et au magasin qu'il a ouvert à la ferme avec son épouse en juillet 2017. 

Tous les matins, tous les soirs, inlassablement, Armel trait ses belles vaches. Il en prend soin, comme si elles étaient ses bébés.  Il récolte 1500 litres de lait par jour. Alors qu'il perdait 8 à 10.000 euros par mois il y a quelques années, il réussit aujourd'hui à remonter la pente. Armel transforme 7 à 10 % de sa production de lait en yaourts, en crème, en beurre, en lait chocolaté et en glace. « C'est un professeur de l'école d'hôtellerie de Namur qui m'a appris la fabrication du yaourt, les gestes à faire et à ne pas faire. Je fais aussi de la crème et du beurre. Ça fait deux ans que j'ai commencé. Il a d'abord fallu acheter des installations pour 50.000 euros. Ça se rajoute à la dette et c'est une pression en plus. Mais lorsque l'on voit que ça fonctionne et que les produits ont du succès, c'est le bonheur complet ».

Armel travaillait déjà plus qu'un temps plein lorsqu'il ne fabriquait pas de produits dérivés. Aujourd'hui, il n'a plus assez de ses journées. « Il y a des jours où je ne dors presque pas. Il y a des commandes et on doit les honorer », poursuit-il. « Mais ce n'est pas grave. Je suis content et je m'amuse à nouveau »

Pour l'aider, Armel et son épouse ont engagé un ouvrier à mi-temps. Pris au jeu, Armel aimerait arriver à transformer 20 à 25 % de sa production de lait. 

Qui plus est, ils ont reconstitué un ancien verger, en plantant 150 arbres fruitiers. « Dans quelques années, on pourra utiliser ces fruits-là dans les yaourts », continue Armel.

Un magasin à la ferme, comme au bon vieux temps  

Les produits sont vendus à la ferme 3 fois par semaine. Un hangar transformé en magasin, avec les produits d'Armel, mais aussi ceux des producteurs et des fermes voisines.

Son épouse, Mireille Tyberghein, tient le magasin avec quelques aidants. « On arrive à vendre environ 1000 yaourts par semaine. C'est vraiment encourageant. Lorsque je vais voir mon mari à la traite des vaches, je le surprends à siffler. Ça n'était plus arrivé depuis des années. Son sourire, c'est le meilleur des cadeaux », explique-t-elle tout en servant les clients. 

Des dettes, Armel Jeghers en a encore. Mais elles sont en train de diminuer, à force de courage et de volonté.

Adresse : Les Malices de la Ferme du Vieux Bure, Fêchereux, 32, à Dalhem.

 

 

 

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK