Corruption : huit mois de prison avec sursis pour José Happart

Le tribunal correctionnel de Liège a rendu son jugement ce mardi dans le procès dit de Liège Airport. L'ancien ministre socialiste, ancien président du parlement wallon et ancien président l'aéroport liégeois a été condamné à 8 mois de prison avec sursis.

Des rabais sur la construction d'une maison pour son amie

La Justice reprochait à Hosé Happart d'avoir usé de son influence comme président de l'aéroport pour obtenir des rabais sur la construction d'une maison destinée à son amie et co-inculpée. En échange de "bons prix" ou de "très bons prix" pour construire cette maison à Esneux, José Happart faisait miroiter des marchés à l'aéroport. 

D'autres faits de corruption et de trafic d'influence étaient reprochés à l'ex-président du Parlement Wallon. Un maçon a travaillé au noir dans la maison de l'amie de José Happart. Ce maçon espérait de José Happart une intervention pour faire régulariser sa situation professionnelle. Des coups de fil ont effectivement été donnés, sans résultat. Mais ça suffit pour établir le délit. 

L'amie de José Happart a fait vendre le terrain de sa grand-mère à Jemeppe. Ce terrain a été racheté par Christian Binet, ami du même José Happart et promoteur ayant subi dans le passé plusieurs condamnations. José Happart est intervenu auprès d'élus sérésiens, notamment le bourgmestre Jacques Vandebosch et Alain Mathot, pour tenter d'obtenir un permis pour le lotissement que Christian Binet projetait de construire sur le terrain de Jemeppe.

Il restait encore l'affaire de la ferme du Bailly à Grâce-Hollogne. Cette ferme appartenait à l'aéroport. La justice reprochait à José Happart, président de l'aéroport, d'être intervenu pour que la société de son ami Christian Binet obtienne le marché de la rénovation du bâtiment.

Corruption, trafic d'influence, mais pas d'enrichissement personnel

En mars dernier, le ministère public avait requis une peine de 20 mois de prison contre José Happart. Ce mardi, au tribunal correctionnel de Liège, la corruption a  été établie. José Happart a été condamné. Cependant, l'ex-président de l'aéroport n'avait aucun antécédent pénal. Il a été acquitté pour la prévention de faux et usage de faux. Il ne s'est pas enrichi personnellement dans cette affaire puisqu'il a agi au bénéfice de son amie. Le tribunal en a tenu compte. José Happart est condamné à six mois de prison, mais avec sursis. A la sortie de la salle d'audience, José Happart parlait d'un "procès politique" et laissait entendre qu'il envisageait un appel.

Rappel des faits

Au milieu des années deux mille, la "bonne amie" de José Happart veut faire construire une maison à Esneux. Elle compte, comme apport personnel, sur la vente d’un terrain que possède sa grand-mère, à Jemeppe. Il est enclavé parmi d’autres parcelles, il ne vaut pas grand-chose. Il est évalué à 5€/m². José Happart demande à Christian Binet, son ami de soixante ans, de venir expertiser le bien. L’homme flaire le bon coup: il propose 25€/m², sous réserve d’obtenir un permis de lotir pour quarante-deux maisons sur la totalité du site. Pour l’accusation, c’est là un "cadeau", en échange d’appuis politiques. Peu importe que le même prix ait été offert aux autres propriétaires. Peu importe que le projet ait été revendu à un autre entrepreneur pour le double, avec une juteuse plus-value: c’est un pacte corruptif. D’ailleurs, d’autres "générosités" suivent: lorsque la dame est à court de liquidités pour financer son chantier, Christian Binet accorde un prêt sans intérêt; une avance sur l’achat du terrain de la grand-mère, un acompte déduit lors de la signature définitive de la vente.

Une transaction pénale refusée 

Dans cette affaire, José Happart avait refusé une transaction pénale. Il avait donc choisi le procès, pour démonter, dit-il, la partialité de la justice liégeoise à son égard. 

A noter que l'entrepreneur Christian Binet, cité dans cette affaire aux côtés de José Happart, a également plaidé l'acquittement. Il avait lui aussi refusé la transaction pénale. Christian Binet a été condamné à six mois de prison. Il compte aller en appel

Article mis à jour le 20/05 à 20h33