Corine Bastide, coincée 6 jours dans sa voiture: "Je me suis dit que je n'allais jamais m'en sortir"

48h après avoir été retrouvée, Marie-Corine Bastide nous a reçu dans sa chambre d’hôpital, en présence de ses proches. Elle a encore du mal à réaliser ce qui lui est arrivé.

Portée disparue depuis le 23 juillet, la mère de famille de 45 ans a été retrouvée lundi vers 18 heures à Saint-Georges sur Meuse.

Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?

"Je me sens mieux même si je ne réalise toujours pas ce qui m’est arrivé. Je pense que j’ai eu énormément de chance".

Vous pouvez nous raconter les circonstances de l’accident ?

"J’ai eu un souci avec ma voiture. J’ai pris la sortie Saint-Georges en pensant que c’était mieux pour m’arrêter plus facilement. Juste avant le rond-point, j’ai voulu freiner mais la voiture a continué tout droit. Je me suis retrouvée dans le petit bois. Sur le moment même, je n’ai pas réalisé ce qu’il s’était passé. C’est seulement le lendemain que je me suis rendu compte que la voiture était retournée. La première nuit, mon téléphone n’a pas arrêté de sonner. J’essayais de l’attraper mais c’était difficile parce que j’avais fort mal au bras. Le lendemain, le téléphone ne sonnait plus. Je savais que je n’avais plus de batterie. J’ai essayé de crier quand j’entendais du monde mais visiblement, on ne m’entendait pas. J’étais incapable de sortir de la voiture. Mon bras et ma jambe gauche ne réagissaient plus".

Comment vous avez survécu pendant ces 6 jours ?

"Je pensais énormément à mes enfants. Pour moi, il était primordial que je m’en sorte pour faire tout ce que j’avais prévu avec mes enfants. Ce sont eux qui m’ont donné la force de tenir le coup".

Vous étiez inconsciente la première nuit ? Vous vous êtes réveillée le lendemain ?

"Oui, j’étais inconsciente. Et la douleur était forte. Chaque fois que je bougeais le bras, je perdais connaissance. J’ai tout le temps essayé de bouger et puis je m’endormais. Mais je n’avais vraiment pas la notion du temps".

Vous avez essayé de crier, d’attraper votre téléphone ?

"La première nuit, mon téléphone n’a pas arrêté de sonner, j’ai essayé de l’attraper, mais je n’ai pas réussi. Et le lendemain, la batterie était épuisée. J’ai crié quand j’entendais du monde. Mais on ne m’entendait pas".

Vous étiez dans quelle position dans la voiture ?

"Parfois sur le côté, parfois sur le dos, pour atténuer la douleur. Ce n’était pas évident. J’étais incapable de sortir de la voiture".

Comment avez-vous vécu ces journées, avec la canicule puis la pluie ?

"Au début, il y avait une chaleur étouffante. J’ai réussi à ouvrir une porte avec le pied. Et puis, il a commencé à pleuvoir le week-end et là c’était agréable. D’un autre côté, j’ai dû dormir dans l’eau les deux nuits. Là, c’était froid, je grelottais tout le temps. J’avais peur de m’endormir dans ce froid. La pluie a été plus difficile que la chaleur. J’essayais de boire un peu en remplissant une petite boîte de chewing-gum", ça a pris une éternité pour se remplir. J’ai pris aussi une branche mouillée pour avoir la sensation d’humidité en bouche. Mais je n’ai pas eu la sensation de faim. Le plus difficile, c’était d’être couchée sur des morceaux de verres. J’essayais de me hisser mais j’avais l’impression que tout mon dos s’arrachait".

Est-ce que vous avez perdu espoir ?

"Avant qu’on me retrouve, je me suis dit que je n’allais jamais m’en sortir. Je réfléchissais aux moyens de sortir de la voiture mais je ne voyais pas d’issue. Mais je voulais vivre pour mes enfants, je ne voulais pas qu’ils puissent penser que j’avais fait une bêtise, un suicide… Non, c’était un accident".

On vous retrouve enfin. Comment cela se passe ?

"La dame qui m’a retrouvée, je ne la remercierais jamais assez. Elle a vu la voiture en contrebas. Elle est venue et elle m’a demandé si j’étais Corine ? Je lui dis : D’où est-ce que vous me connaissez ? Elle m’a dit qu’on me cherchait partout. Elle est restée avec moi tout le temps et cette dame-là je pense que c’est mon ange gardien

Vous avez aussi découvert la mobilisation organisée lorsque vous avez disparu ?

"Je me dis que j’ai un fils extraordinaire, avec une telle maturité, je suis très fière de lui. Il a tout de suite compris que ce n’était pas normal".

Vous vous considérez comme une miraculée ? Vous voyez la vie différemment ?

"Je ne sais pas… Je sais juste que je suis là. Je n’ai pas réalisé que c’était grave. C’est maintenant que je commence à réaliser. Dans le passé, on me disait toujours que j’étais forte. Je ne pensais pas avoir cette force de caractère. Je sais maintenant que je suis prête à tout. Je me rends compte que je suis plus forte que je ne le pensais. Si tout se passe bien, j’ai un objectif pour l’année prochaine. J’aimerais faire le marathon de Paris. J’en ai déjà fait avec ma copine et j’aimerais bien le faire avec elle. J’ai fait celui de Bruxelles cette année. C’est un grand rêve que j’ai et je le ferai".

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