Centre médical héliporté de Bra : 20 ans et toujours pas reconnu

L'hélicoptère en intervention, ici à Spa
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L'hélicoptère en intervention, ici à Spa - © CMH

Un hélicoptère blanc siglé CMH dans le ciel ou qui atterrit dans un champ, sur un terrain de foot ou en plein centre-ville, chacun a déjà pu l'apercevoir dans les provinces de Liège, de Luxembourg et de Namur. Il s'agit de l'appareil du Centre médical héliporté de Bra-sur-Lienne. Un projet un peu fou lancé il y a 20 ans et qui durant deux décennies a pu démontrer son efficacité dans une région mal desservie en matière de secours par route. Un projet qui a pu se maintenir grâce au soutien du public.

 

120.000 personnes disposent d'une carte d'affiliation à l'asbl qui gère le centre. Autant de personnes qui soutiennent financièrement ce service, un chiffre particulièrement important. Indispensable aussi pour réunir les trois millions d'euros de budget annuel : " Au jour d’aujourd’hui, le pilier principal de financement de l’asbl, c’est la population, via un soutien via une carte de sauvetage. Ce soutien financier correspond à environ 50 pc des rentrées financières de l’asbl. Quant au solde, il provient de diverses manifestations dont le bénéfice est reversé à l’asbl, de personnes qui font des dons, et de la facturation de nos interventions ", détaille Olivier Pirotte, coordinateur opérationnel du centre.

Le public soutient le centre, 28 communes des provinces de Liège et de Luxembourg aussi, mais pas l'Etat fédéral. Le centre est pourtant reconnu par les services 112. " Nous avons une reconnaissance de fait, parce qu’on est intégré dans les centres d’appels d’urgence 112, mais effectivement il n’y a pas de reconnaissance financière parce qu’on n’a pas de statut définitif. Nous avons toujours un statut expérimental, or qui dit statut expérimental dit pas de subsides de l’Etat fédéral. Et ce statut dure depuis maintenant 14 ans ", explique le coordinateur.

Question communautaire ?

Mais pourquoi cette absence de reconnaissance ? Olivier Pirotte a son idée : " On sait qu’aujourd’hui, il y a deux expériences héliportées en Belgique. Une au Nord du pays et une au Sud. Celle du Sud, la nôtre, est scientifiquement validée, ce qui n’est pas forcément le cas au Nord. Notre activité est fort différente car nous avons une activité 24h sur 24 et 7 jours sur 7. Nous transportons aussi 75 pc des patients pour lesquels nous intervenons. Nos collègues du Nord ont une activité de jour uniquement et ils transportent 20 pc de leurs patients. Etant donné la pertinence du service moins importante au Nord, l’Etat fédéral n’a peut-être pas envie de financer un service et pas l’autre. C’est une supposition ".

Terrains de foot pour atterrir

Des communes et le public interviennent aussi pour financer l'éclairage de terrains de football afin de permettre à l'hélicoptère de s'y poser de nuit. Une donnée importante pour garantir un service 24h sur 24 : " Une des faiblesses du vecteur héliporté, c’est l’activité de nuit. De nuit, on est limité par les points d’atterrissage. On est obligé d’utiliser des zones qui ont été reconnues et qui sont éclairées. Donc, arbitrairement, nous avons répertorié une série de terrains de football dans une certaine zone d’influence. Il fallait donc éclairer ces terrains. L’idée était de pouvoir les allumer à distance. Depuis 2008, on a équipé plus d’une centaine de terrains et généralement une équipe de pompiers vient nous y chercher pour nous conduire sur le lieu d’intervention ", souligne Olivier Pirotte. Des terrains qu’il n’est pas très onéreux d’équiper puisque le coût se situe généralement entre 2 000 et 3 000 euros.

Des débuts difficiles

Le centre médical a été créé en 1986 mais à cette époque, il s’agissait seulement de secours médicalisés par route. C’est en 1997 qu’un service héliporté a été créé par le docteur Luc Maquoi, aujourd’hui décédé. Un service qui a donc démontré son efficacité dans une zone où le temps d’intervention par route des secours dépasse 15 minutes. Pourtant, les débuts ont été difficiles : " Au début, on n’était pas du tout utilisé. Si je reprends l’histoire du Dr Maquoi, en 1997, son service héliporté n’était absolument pas intégré dans l’aide médicale urgente et c’était le citoyen qui l’appelait en direct. C’était alors le Dr Maquoi qui décidait de prendre son hélicoptère et d’intervenir. L’intégration dans l’aide médicale urgente est venue en 2003 mais l’utilisation de l’hélicoptère par les centrales 112 était très anecdotique. C’est vraiment à force de reconnaissance, à force de rencontres et aussi de reconnaissance par les autres services d’urgence ainsi que de la valeur et de l’efficacité du vecteur héliporté qu’on a réussi à faire prendre conscience que l’hélicoptère était un vecteur complémentaire dans la chaîne de secours et qu’il était utile ", rappelle Olivier Pirotte.

Le Centre médical héliporté effectue 1 300 missions par an. Elles se répartissent à 60 en province de Liège, 35 pc dans celle du Luxembourg et 5 pc dans celle de Namur. 50 pc des missions permettent de sauver des vies ou de diminuer les séquelles des patients.

Pour ses 20 ans, le centre médical héliporté organise une journée portes ouvertes ce dimanche de 12 à 18h dans ses installations de Bra-sur-Lienne, dans la commune de Lierneux.

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