CAP48: Devenu paraplégique, le député provincial liégeois Paul-Emile Mottard témoigne

La campagne de vente des Post-It CAP48 s’achèvera dimanche soir lors de la grande soirée télévisée diffusée en direct sur la Une. "Le handicap qui survient au cours de la vie" est le thème de cette édition 2016.

Le député provincial liégeois Paul-Emile Mottard fait partie des gens dont la vie a ainsi basculé. Fin septembre 2013, il a été victime d'une déchirure de l'aorte. Il a perdu l'usage de ses jambes. Un an plus tard, il a pu reprendre pleinement ses fonctions.

Ce jeudi matin, Paul-Emile Mottard a enchaîné, avec ses collègues députés provinciaux, une réunion du collège provincial et une conférence de presse sur le projet de budget 2017 de la Province. Une matinée de travail au Palais provincial de Liège, au terme de laquelle nous l’avons rencontré.

Apprendre à vivre avec le handicap

"Le déplacement d’un paraplégique est un véritable problème", constate Paul-Emile Mottard. "J’ai la chance d’avoir une chaise électrique, ce qui est déjà un avantage, mais ça a des implications sur le véhicule, on va passer un permis pour pouvoir être apte à conduire, ce que j’ai fait, et puis il y a toutes les conséquences sur votre environnement privé: j’ai dû changer de maison, celle que j’avais ne permettait pas vraiment des aménagements. A la fois, vous êtes très motivé et très heureux de quitter des mois d’hospitalisation et c’est là en fait où tout se passe… C’est quand vous êtes seul devant vos problèmes, avec votre famille, à devoir trouver des solutions, des aménagements. Pour m’apprêter le matin, il me faut deux heures maintenant. Concilier cela avec des réunions, ne serait-ce que politiques, qui ont lieu à 8 heures du matin, ce n’est pas un cadeau, donc je dois l’expliquer à mes collègues. Notre environnement urbain n’est pas encore vraiment aménagé. Il y a vraiment des efforts considérables qui doivent être faits. Monter et descendre un trottoir n’est pas aisé. Cela nécessite des repérages, des tâtonnements, de faire demi-tour, de modifier son objectif. La deuxième chose, c’est l’accès à des lieux publics. Moi, j’ai des réunions ou des invitations dans des lieux publics qui me sont inaccessibles. Donc je ne peux pas y aller. Il y a vraiment un travail important de sensibilisation auprès des personnes qui accueillent du public, auprès des élus pour peut-être modifier les lois et être d’une certaine manière plus contraignant, parce que, et c’est évidemment le point très positif, la personne handicapée, de plus en plus, décide de sortir du repli dans lequel elle est tentée parfois de s’installer. Chez soi on a ses repères, une fois qu’on est dans l’environnement public, c’est beaucoup plus difficile… Donc il faut l’encourager à bouger, à aller au spectacle, à aller au restaurant, à aller dans des magasins, autrement dit d’avoir une vie comme tout le monde."

Le problème du travail

Avoir une vie comme tout le monde, cela passe aussi par le travail. Or, les personnes chez qui un handicap survient en cours de vie ont souvent du mal à conserver ou à retrouver un emploi. Paul-Emile Mottard acquiesce: "Parmi mes "collègues" que j’ai fréquentés durant mon année d’hospitalisation, beaucoup avaient connu des accidents de travail, des chutes de toits, donc retrouver du travail dans ce secteur-là, c’est quasi impossible. Les accidents de roulage posent aussi bien sûr des problèmes. Donc il y a très peu de personnes qui ont subi un accident qui retrouvent du travail ou qui peuvent se réinvestir. Il faut essayer de l’encourager. Moi, j’ai la chance d’avoir ce mandat politique que j’ai pu reprendre. J’ai même, pour la petite histoire, de mon lit d’hôpital, participé à des collèges qui se tenaient ici au Palais provincial, grâce notamment à skype. Donc, c’était formidable pour mon mental d’être de nouveau dans cette dynamique de partage avec mes collègues. Au quotidien, je dois gérer mon temps de travail, parce que la fatigue est là, 10 ou 12 heures dans une chaise, c’est douloureux, pour les jambes, pour le dos, donc cet élément doit être pris en compte. Mais je pense que, pour ce qui me concerne en tous cas, le fait de pouvoir rentrer dans la dynamique de ce mandat politique m’aide et m’a aidé beaucoup pour me motiver dans la volonté de mettre le handicap non pas comme un obstacle insurmontable, mais comme un accident de la vie que je dois gérer mais qui ne m’interdit pas de poursuivre la vie que j’ai envie d’avoir."

Le sport, les loisirs et la solidarité

Le député provincial a-t-il pu également retrouver les loisirs qui étaient les siens avant son accident? "Beaucoup de personnes s'investissent dans le sport, ce que moi je ne fais pas parce que j'ai un handicap vraiment difficile, quoi que j'ai appris à renager en piscine, ce qui me permet d'être autonome, ce qui est assez extraordinaire. Mais je vois que le sport est vraiment un élément important pour beaucoup de collègues, soit un sport, soit des exercices d'éducation physique consistants, c'est quelque chose qui les aide beaucoup, et le fait d'être suivi régulièrement avec des kinés, c'est aussi élémentaire me semble-t-il".

"Retourner en hôpital, c'est aussi retrouver une motivation partagée des jours où vous êtes peut-être moins en forme. C'est quelque chose qui parle à l'handicapé qui est votre voisin de chaise et donc il y a là une solidarité. Le mot solidarité dans des situations comme ça est quelque chose qui a vraiment un sens très fort".

"Je tonds en partie ma pelouse, j'essaye de faire quelques bricolages mais je n'ai jamais été très bon, donc ce n'est pas très grave. La chose avec mon épouse et les enfants que j'ai remise sur pied, c'est les promenades dans les bois. J'ai la chance de pouvoir m'équiper pour pouvoir y aller, et donc de faire des ballades d'une journée entière. J'ai beaucoup de loisirs aussi dans des salles de spectacle, de théâtre, des expositions. Parfois, c'est un peu la galère pour y arriver, je peux dire que je pourrais faire à terme un guide des monte-charges pour avoir accès à toutes sortes de salles ou bien de restaurants. La débrouillardise est aussi une qualité que l'on doit trouver et développer".

Être un porte-parole

Sa situation professionnelle est un avantage pour Paul-Emile Mottard. Elle lui offre aussi la possibilité de s'exprimer au nom des personnes handicapées. "Si je peux être un modeste porte-parole de la personne handicapée, et de dire qu'il y a encore beaucoup de travail, je le fais. Et je pense que dans les prochains mois, je le ferai encore beaucoup plus. J'ai une expérience qui est très très récente mais je pense à coup sûr que c'est une mission que j'accomplirai volontiers. D'ailleurs, ça a commencé, puisque des collègues à l'hôpital me demandent d'intervenir de telle ou telle façon dans tel ou tel dossier, chose que je fais parce qu'il y a des situations qui parfois nécessitent peut-être un coup de fil, voire une réflexion, un courrier. Je le fais volontiers bien sûr. Je me pose aujourd'hui des questions que je ne me posais pas précédemment d'évidence. Ce n'était pas dans mes compétences au niveau de la Province. Le handicap, il est permanent. Ça concerne toutes les matières, ça concerne toutes les compétences et tous les niveaux de pouvoir. J'ai un autre regard parce que j'en suis une des personnes les plus concernées".  

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