Barchon: les hébergeuses réclament un relais de jour pour les jeunes migrants

Barchon: les hébergeuses réclament un relais de jour pour les jeunes migrants
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Barchon: les hébergeuses réclament un relais de jour pour les jeunes migrants - © Tous droits réservés

A Barchon, plusieurs dizaines de migrants rejoignent quotidiennement la pompe à essence de l’autoroute. La plupart sont originaires d’Erythrée et fuient son régime dictatorial. Ils ont souvent transité par l'Italie, la Suisse, la Hollande ou l’Allemagne. Ils espèrent rejoindre l’Angleterre par camion. Depuis plus d’un an, 5 nuits par semaine, ils tentent leur chance depuis le parking d’autoroute à Barchon mais aussi à Waremme ou Landen. Ces jeunes souvent âgés d’une vingtaine d’années et parfois mineurs errent souvent depuis des mois dehors. Des citoyennes solidaires s’organisent pour les prendre en charge. Elles interpellent les pouvoirs publics. Ces hébergeuses -toutes bénévoles- réclament un abri de jour et des moyens. Deux élus du groupe Vert Ardent ont d’ailleurs interpellé le bourgmestre de Liège à ce propos en juin dernier. Ils demandent la mise à disposition d'un local sanctuarisé pour se reposer et prendre une douche. Jusqu’à présent sans réponse.

Delphine accueille chez elle jusqu’à 50 personnes par jour

Delphine en fait partie. Mère de deux enfants, cette conseillère pédagogique en accueille parfois chez elle dans sa propre maison à Liège, jusqu’à une cinquantaine par jour ! Elle est débordée. "Ils reviennent au petit matin, après leurs essais de passages en Angleterre. Où ? Ça, j’en sais rien mais ils reviennent épuisés, pour récupérer, se doucher."

"Ça prend des proportions énormes. Il y a urgence"

Derrière un porche anonyme, en pleine ville de Liège, deux jeunes Erythréens dorment dans la cour, sur un trampoline. La maison de Delphine s’est transformée en véritable abri de jour privé complètement saturé. C’est la débrouille. "The dolphin’s house" comme l’appellent les jeunes, est devenue un de leurs seuls espaces de repos où ils se sentent en sécurité. Toutes les pièces, excepté la chambre de Delphine, ont été transformées en dortoirs. "Mais j’ai pas 50 matelas, alors ils se relaient et dorment deux, trois heures puis laissent leur place." Dans sa chambre, Delphine stocke des dizaines de sacs à dos. Une photo de famille, un vêtement de rechange… C’est souvent tout ce qu’il reste à ces exilés partis souvent depuis plusieurs années. La "dolphin’s house", c’est leur dernier sanctuaire.

"Je ne peux pas durer avec autant de personnes"

Sur un matelas, certains écoutent de la musique, d’autres jouent aux cartes ou préparent à manger. "Ici, c’est 120 œufs par jour, une dizaine de pains, 5 kilos de tomates et 5 kilos d’oignons." Alors, combien ça coûte cet élan de générosité ? "J’ai pas calculé mais ça coûte un pont. Heureusement, j’ai des citoyens solidaires qui déposent de la nourriture et on reçoit les invendus de plusieurs supermarchés mais ma facture d’électricité a doublé, ma facture d’eau a quadruplé et je paie au moins 250 euros de gsm par mois." Shampoing, sacs-poubelles, vêtements, nourriture… Tout fonctionne sur base de dons via les réseaux sociaux.

Les hébergeuses réclament un centre d’accueil

Que répond Delphine à ceux qui lui reprocheraient d’être complice des passeurs ? "Moi, j’ai toujours hébergé. Je veux bien être traitée de "passeuse" mais alors de "passeuse d’humanité ou passeuse de lumière." Les jeunes migrants, j’ai parfois aussi envie de les appeler "les invisibles" aussi parce que politiquement, on fait semblant qu’ils ne sont pas là et qu’il faut bien à un moment donné, faire quelque chose. Plus on ferme les yeux, plus on va au-devant de problèmes." Delphine n’est pas isolée. Véronique, Paula ou Monique… Toutes font partie d’un réseau solidaire de soutien aux migrants. "Nous, on demande un centre d’accueil de jour que les jeunes pourraient fréquenter et qu’on pourrait cogérer. Si les citoyens y arrivent bien, il n’y a aucune raison que le politique n’y arrive pas."

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