Assises de Liège: le frère de Rita Henkinet a avoué être au courant du projet de sa soeur

Assises de Liège: le frère de Rita Henkinet a avoué être au courant du projet de sa soeur
Assises de Liège: le frère de Rita Henkinet a avoué être au courant du projet de sa soeur - © NICOLAS LAMBERT - BELGA

Benoît Henkinet a précisé mardi soir, lors de son interrogatoire devant la cour d'assises de Liège, qu'il a toujours été très présent pour soutenir sa sœur. Il a reconnu qu'il savait que Rita Henkinet avait le souhait de mettre fin à la vie de ses enfants et qu'elle devait ensuite se suicider.

La nuit du 1er au 2 mars 2013, Rita Henkinet avait mis fin aux jours de ses deux enfants handicapés, Arnaud (24 ans) et Audrey (26 ans). Cette ancienne infirmière de profession âgée de 57 ans avait fait absorber à ses enfants un cocktail de médicaments et les avait ensuite étouffés à l'aide de couvertures. Son frère Benoît est suspecté de lui avoir apporté son aide.

Lors de son interrogatoire par la présidente Catherine Urbain, il a précisé qu'il avait toujours été présent aux côtés de sa sœur et de ses enfants. Assistant social de profession, il s'était consacré à leur éducation et il travaillait dans des centres d'accueil pour handicapés. Benoît Henkinet a choisi de rester célibataire et de ne pas s'investir dans une vie de famille. Il a ajouté qu'il existait une réelle connivence entre Rita et lui.

Selon Benoît Henkinet, 2009 a été une année charnière car Audrey a été atteinte d'une péritonite et Arnaud a été placé en régime de semi-autonomie. Plusieurs événements se sont succédés et ont fragilisé Rita Henkinet. Benoît Henkinet s'est encore impliqué plus à ses côtés et aux côtés des enfants.

Il s'est dit interpellé par un certain nombre de décisions qui ont été prises par les institutions qui géraient les enfants. Selon lui, le dialogue faisait défaut entre ces institutions et Rita Henkinet. Benoît Henkinet estimait que les enfants n'étaient plus correctement pris en charge dans leur institution. Il avait une vision différente de l'accompagnement qu'il fallait leur réserver. "La détresse des enfants augmentait. Audrey se refermait sur elle-même. Nous nous sentions impuissants face à cette descente aux enfers. C'était comme une gifle en pleine figure", a-t-il souligné.

Benoît Henkinet a affirmé que, depuis la naissance des enfants, il avait la crainte que sa sœur leur donne la mort et qu'elle décide de les accompagner. "J'étais conscient que la situation se dégradait depuis des années. On s'épuisait face à des situations très lourdes. Rita et ses enfants étaient arrivés au bout du bout, tous les trois ! ", a-t-il indiqué.

Selon l'accusé, Rita Henkinet avait évoqué l'idée d'un accompagnement de ses enfants dans un processus mortel. Il s'agissait d'une échappatoire à sa souffrance. Benoît Henkinet avait accepté cette idée. Rita Henkinet avait rédigé un document dans lequel elle avait évoqué son passage à l'acte. Benoît Henkinet avait lu ce document. "Je ne l'ai pas conseillée, mais je lui ai donné un avis. Nous avions parlé sans tabou, depuis des années, de la question de la mort", a-t-il précisé.

Benoît Henkinet a par contre affirmé qu'il ignorait la date précise à laquelle sa sœur risquait de mettre son projet à exécution.

Des médicaments écrasés à de la mousse au chocolat

Des on côté, Rita Henkinet a réaffirmé mardi lors de son interrogatoire devant la cour d'assises de Liège qu'elle n'avait pas reçu le soutien adéquat des institutions spécialisées dans l'aide à apporter à ses enfants handicapés. Ce défaut d'encadrement serait à l'origine de son désespoir et de sa décision de supprimer ses enfants. Rita Henkinet a également dit qu'elle avait souhaité mourir avec ses enfants.

Rita Henkinet a longuement détaillé les différentes étapes de sa vie avec ses enfants handicapés. Elle a évoqué des situations très douloureuses qui ont provoqué chez elle un phénomène d'usure. La présidente Catherine Urbain a tenté d'affiner les propos de l'accusée et d'obtenir des réponses plus précises sur ce qu'elle ressentait et sur les difficultés qu'elle rencontrait avec ses enfants handicapés. Rita Henkinet est alors devenue plus nerveuse et s'est dite fatiguée à ce stade de l'interrogatoire.

Pour expliquer la situation de ses enfants qui, selon elle, se détériorait depuis 2009, elle a dit que "tout se bousculait dans leur vie" et parlé de "pressions" ou de "tumultes". Mais Rita Henkinet est restée vague ou a affirmé qu'elle ne pouvait pas tout expliquer. Elle a également évoqué un encadrement inadéquat autour de ses enfants et la nécessité d'installer d'autres dynamiques. Elle a fait part d'une certaine impuissance face aux actions des institutions spécialisées. "On était mis devant le fait accompli. Les décisions des institutions tombaient comme un couperet."

Rita Henkinet a critiqué les actions des médecins et psychiatres, affirmant qu'ils n'avaient pas adopté les bonnes attitudes face à ses enfants ou qu'ils n'avaient pas appliqué les soins adéquats. En évoquant ses enfants, elle parle de deux êtres qui étaient en difficulté. Mais ces difficultés ont été nuancées par les médecins qui les considéraient comme des affections bénignes.

Un médecin a confirmé que Rita Henkinet avait sollicité en janvier 2013 l'euthanasie de sa fille Audrey. Cette demande lui avait été refusée car considérée par le médecin comme un assassinat. Celui-ci était par contre disposé à mettre d'autres solutions en place pour aider Rita Henkinet.

L'accusée a ensuite reconnu qu'elle avait pris la décision de supprimer ses enfants. "Je n'étais plus en mesure de gérer la situation, je n'allais pas laisser mes enfants là", a-t-elle précisé. Le 21 février, elle avait remis une forte somme d'argent à son frère Benoît ainsi que des médicaments pour qu'il puisse se suicider lui aussi, s'il ne supportait pas le geste qu'elle allait commettre. Quelques heures avant les faits, elle avait encore contacté son frère pour lui faire part de ses intentions. "Il est possible que nous partions pour le grand voyage", lui avait-elle dit.

Rita Henkinet a reconnu qu'elle a mélangé des médicaments écrasés à de la mousse au chocolat pour les faire ingérer à ses enfants. Il s'agissait d'un total de 120 comprimés de Lormetazepam. Les enfants se sont endormis. Puis, elle leur a encore fait absorber d'autres médicaments avec de l'alcool fort. "En voyant qu'ils ne partaient pas assez vite, j'ai pris des couvertures. Je me suis allongée sur leur corps en serrant les couvertures sur leur visage. Audrey a mis sa main dans mes cheveux. Arnaud a tapoté ma tête et j'ai interprété cela comme un geste de remerciement", a exposé l'accusée. Rita Henkinet a ensuite expliqué qu'elle avait tenté de se suicider en absorbant de l'alcool et des médicaments.

Les premiers témoins et enquêteurs seront entendus mercredi matin.

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