"Allo on masse", à la sauce Stromae, un clip vidéo pour bien réagir face à un arrêt cardiaque

"Allo on masse", à la sauce Stromae, un clip vidéo pour bien réagir face à un arrêt cardiaque.
"Allo on masse", à la sauce Stromae, un clip vidéo pour bien réagir face à un arrêt cardiaque. - © Image isolée du clip "Allo on masse"

Lucien BODSON, vous êtes médecin urgentiste, chef de clinique au CHU de Liège. En écoutant la chanson de Stromae "Alors on danse", vous avez adapté les paroles et la chanson est devenue "Allo on masse". Racontez-nous cette aventure.

"Il y a environ 5 ans, suite à une demande de conférence pour expliquer au grand public comment réanimer une personne inconsciente et plus particulièrement expliquer en quoi consiste l'aide que peut apporter le 112, j'avais décidé d'intituler ma conférence "Allo on masse". En effet, quand vous appelez le 112 pour une personne inconsciente et qui ne respire plus (ou mal), le préposé 112 peut vous guider par téléphone afin que vous mettiez à profit la dizaine de minutes d'attente avant que les secours (ambulance et smur) n'arrivent. Ces dix premières minutes sont réellement vitales et décisives pour la victime. J'en ai profité pour faire le rapprochement avec la chanson de Stromae "Alors on danse" et j'ai constaté que le rythme de sa chanson était de 120 par minute, c'est-à-dire exactement la fréquence recommandée du massage cardiaque (2 par seconde donc 120 par minute). J'ai alors réécrit un texte en rapport avec la réanimation et ai demandé à un ami musicien de recomposer une musique du même type que celle de Stromae. Puis nous avons tourné une vidéo, avec du matériel amateur, dans une école liégeoise de danse qui a accepté de créer une chorégraphie adaptée. Ce prototype vidéo étant réalisé, j'ai essayé d'approcher Stromae afin de m'assurer que ce ne serait pas considéré comme vulgaire plagiat et j'ai tenté de faire passer le message humanitaire du clip, et d'avoir peut-être sa participation directe. Pour information, cette vidéo ne rapporte pas le moindre centime à qui que ce soit. Son seul but est de sauver des vies. Je n'avais reçu qu'un écho partiellement positif à l'époque. Je pense qu'il était trop occupé et je le comprends aisément. Son entourage le protégeait des très nombreuses sollicitations. Ma décision fut dès lors de créer une vidéo totalement différente et cela a donné le clip "112 garde la cadence". ( https://www.youtube.com/watch?v=Nkt0Hz4RZfw ). Une vidéo "Allo on masse" est disponible sur internet. https://www.youtube.com/watch?v=TLrJyf2WRtE

Le chanteur Stromae soutient votre démarche ?

"En effet, nous venons de recevoir un accord de diffusion du clip et en sommes très heureux. Nous restons convaincus qu'avec cette chanson et son rythme bien connu en mémoire, les premiers témoins d'un arrêt cardiaque seront beaucoup plus efficaces. Cela pourrait donc remplacer le rythme, un peu plus lent, de "Staying alive" des Bee Gees qui est souvent évoqué lors des cours de secourisme. Le BRC, Belgian Resuscitation Council, branche belge du conseil européen de réanimation (ERC), soutient aussi notre vidéo".

Cela va vous donner plus de visibilité avec cet appui ?

"Effectivement, un énorme merci à Stromae. Notre seul souhait est de sauver beaucoup plus de victimes d'arrêt cardiaque chaque année. Il faut connaître les gestes de base et retenir que le 112 peut vous aider en attendant les secours. En province de Liège, en moyenne deux fois par jour, un préposé 112 guide une réanimation par téléphone. Chaque mois, plusieurs victimes voient leurs chances de survie multipliées grâce à cette aide. C'est encore mieux quand les témoins savent déjà ce qu'il faut faire. La vidéo ne remplace pas un cours, mais c'est mieux que rien. Le site www.sauveunevie.be du CHU de Liège peut encore aider chacun à évaluer et améliorer ses connaissances. Là aussi c'est gratuit et accessible, même sur tablette ou smartphone".

Quels sont les chiffres en matière d'arrêts cardiaques. Combien de personnes sont concernées dans notre pays par an ?

"En Belgique, chaque année, plus de 10.000 personnes sont victimes d'un arrêt cardiaque en dehors des hôpitaux. Moins de 10 % survivront sans séquelles. Très souvent, il y a un ou plusieurs témoins, mais ils ont peur d'agir, de "mal faire", et cela par simple méconnaissance des gestes de base pourtant faciles à apprendre. Nous essayons de convaincre nos ministres successifs de l'importance d'apprendre les gestes qui sauvent dès le plus jeune âge. En communauté flamande, c'est obligatoire depuis 3 ans. Au niveau de l'enseignement primaire, on peut apprendre à reconnaître une situation grave et composer le numéro de téléphone 112. Dès 12 ans, l'apprentissage des compressions thoraciques et l'utilisation d'un défibrillateur automatique est tout-à-fait possible et très efficace. Plusieurs publications scientifiques internationales le démontrent. Mais il faut revoir ces manœuvres chaque année afin qu'elles deviennent "réflexes". Si les premiers témoins réagissent vite et bien, on peut passer d'un taux de survie de moins de 10% à plus de 50%. Cela fait donc 4000 vies de plus sauvées chaque année ... rien que dans notre pays. Plus de dix mille défibrillateurs sont installés actuellement en Belgique (gares, lieux publics, administrations, écoles, entreprises, hôtels, centres sportifs, etc.). La loi autorise tout citoyen à les utiliser, même sans aucune formation. La seule erreur que l'on puisse faire avec un défibrillateur à portée de main, c'est de ne pas l'utiliser !".

Lorsque l'arrêt cardiaque survient, l'entourage de la personne concernée et les professionnels de la santé disposent de peu de temps pour agir...

"Environ 3 minutes. Les chances de survie diminue de 10% à chaque minute ... sauf si on appelle vite le 112 et que l'on réalise les gestes de base. Donc la pire des choses à faire, c'est ne rien faire".

Quels sont vos conseils si un jour ou l'autre une personne s'effondre devant nous ?

"Premièrement, assurez-vous d'être vous-même en sécurité. Ensuite, secouez la personne (modérément) par les épaules en l'appelant "monsieur monsieur ou madame madame", placez la victime sur le dos si elle n'y est pas déjà. Si la personne ne répond pas, vérifiez si elle respire ou non, tête en légère extension (si elle respire normalement, mettez-la en position latérale de sécurité).  Téléphonez au 112 pour dire où vous êtes et ce qu'il se passe; ne raccrochez pas de suite, écoutez le préposé. Commencez les compressions thoraciques sur le rythme bien connu de la vidéo "allo on masse" (2 fois par seconde) en appuyant le plus fort que vous pouvez (valable pour toute victime adulte ou adolescente) et ne vous arrêtez pas. Essayez qu'on vous relaye toutes les 2 minutes et continuez les compressions jusqu'à l'arrivée des professionnels. Enfin, et si vous en avez la possibilité, utilisez un défibrillateur automatique s'il est près de vous ou que quelqu'un peut aller vous le chercher pendant que vous comprimez le thorax. Ne craignez pas de casser des côtes; la victime préférera probablement vivre avec des côtes cassées que de mourir avec des côtes intactes ! Votre téléphone et vos mains viennent de sauver une vie...".

 

 

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