Cinq ans pour inventorier les 2500 églises wallonnes

5 ans pour inventorier 2500 églises
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5 ans pour inventorier 2500 églises - © Tous droits réservés

Les 2500 églises wallonnes seront toutes inventoriées d’ici cinq ans, une opération de grande envergure n’avait plus été réalisée depuis 40 ans. Il s’agira de répertorier scrupuleusement le patrimoine mobilier présent dans chaque édifice. Ce recensement s’opère à différentes vitesses à travers la Wallonie : le diocèse de Tournai s’y atèle depuis 2 ans déjà, alors qu’à Namur et à Liège l’état des lieux ne fait que commencer.

"C’est un chantier de longue haleine mais qui en vaut la peine, car les églises sont évidemment affectées au culte catholique mais elles sont ouvertes aussi à toute personne. Le patrimoine qui est mis en valeur dans une église appartient donc à tout le monde !", clarifie d’emblée Eric de Beukelaer, vicaire épiscopal pour les affaires temporelles (comptabilité) à Liège.

Cet enregistrement systématique du patrimoine religieux sera l’occasion d’identifier et de connaître les biens qui se trouvent aujourd’hui dans chacune des églises sur le territoire wallon. "Il y a les objets de culte, toute l’orfèvrerie, les objets de dévotion, donc les statues qu’elles soient en bois, en plâtre ou encore les tableaux, et nous étendons cet inventaire également à ce que nous appelons du 'meuble immeuble par destination', donc qui est fixe au bâtiment comme les autels, les confessionnaux, les chaires de vérité, ou encore les vitraux", détaille Christian Pacco, le secrétaire du Service Art, Culture et Foi à Namur.

Le plus souvent la valeur de ce patrimoine est symbolique. D’ailleurs, rappelle l'abbé Eric de Beukelaer, "ceux qui volent en retirent bien peu financièrement, mais les gens qui ont été volés souffrent d’une perte symbolique importante ". Selon lui, à Liège, "il y a parfois des œuvres majeures qu’il faut protéger. Maintenant, les toutes grandes œuvres d’art sont aujourd’hui confiées à des musées spécialisés".

Ce travail d’orfèvre est piloté par la Commission Interdiocésaine du Patrimoine Religieux (CIPR) qui regroupe les 4 évêchés wallons, à savoir : Liège, Namur-Luxembourg, Tournai et le vicariat du Brabant-Wallon. "Le rôle de notre commission est de réfléchir ensemble à la stratégie et aux moyens à mettre en œuvre pour protéger le patrimoine mobilier des églises", précise Christian Pacco. L’objectif du CIPR est de parvenir à inventorier le patrimoine mobilier de 500 églises par an. "C’est un objectif ambitieux mais nécessaire", commente cet historien de l’art.

Un nouvel inventaire du patrimoine mobilier religieux wallon

Parler d’un inventaire du patrimoine mobilier religieux "nouveau", c’est presque un abus de langage. "Dans chaque église l’inventaire et sa mise à jour est une obligation des fabriques d’église", souligne Eric de Beukelaer.

Le vicaire épiscopal chargé des affaires temporelles à Liège poursuit : "Une fabrique d’église est un établissement public, géré par des bénévoles, où le curé, le bourgmestre et l’échevin des cultes de la commune sont membres de droit, et qui a cette obligation de savoir ce qu’il y a dans son église et a peu près quelle est la valeur".

Mais dans la pratique, si les fabriciens sont de bonne volonté, ils n’ont pas toujours une "compétence patrimoniale", précise encore Eric de Beukelaer. "On ne s’en est jamais vraiment préoccupé du patrimoine, parce qu’il y avait les curés à l’époque qui s’occupaient de cela, et on connaissait bien son église. On a un peu perdu cela de vue, il est temps de s’y remettre !", renchérit Christian Pacco.

Le dernier inventaire a eu lieu, fin des années 60, sous l’impulsion du ministre de la Culture de l’époque, le baron Wigny. Ce dernier, détaille Christian Pacco, a commandé à l’Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA) un inventaire photographique du patrimoine religieux catholique dans tout le pays.

En effet, suite à la réforme liturgique, soufflée par le concile Vatican II (1962-1965), il s’est dit : "Là, il y a péril en la demeure. Tout cela va avoir des bouleversements sur la structure de l’église. Il faut agir !", résume Christian Pacco. Cet inventaire, mené alors par des professionnels, aura duré près 20 ans. Il rassemble près de 200.000 photos du mobilier religieux de l'ensemble des églises paroissiales du pays.

L’inventaire n’est pas une finalité en soi

Le premier objectif est de sécuriser le patrimoine religieux en Wallonie. "Les églises ne sont plus protégées, elles ne sont plus aussi fréquentées que dans le temps, il n’y a plus un prêtre à côté tous les jours, les paroissiens vieillissent… et donc on ne connaît plus le patrimoine. Et la première chose à faire pour sécuriser une église, c’est de savoir ce qu’il y a dedans", souligne l’historien de l’art, Christian Pacco.

Deuxièmement, cette démarche se veut préventive, pour protéger le patrimoine religieux. "L’avenir des églises, il est incertain… On parle de désacralisation, de fusion de fabriques d’église, etc. Nous devons nous donner les outils de façon à prévenir cet avenir, d’être équipé lorsque des réflexions arriveront. Nous pensons que réaliser des inventaires est donc une priorité."

L'abbé Eric de Beukelaer identifie encore un troisième objectif, celui d’aider les paroissiens à mieux connaître leur église, y compris les plus petites. "C’est comme faire un inventaire de sa maison, c’est mieux savoir ce que l’on a, pour davantage mettre en valeur ce qui mérite de l’être !".

Une méthodologie de travail unique

Faute de temps, et vu l’étendue du patrimoine mobilier, cette opération devra être efficace et surtout être utile à terme. Un accompagnement spécifique est donc proposé aux fabriciens de Wallonie, notamment à l’aide d’une méthodologie unique. Pour se faire, une brochure papier et un logiciel informatique sont à disposition des petites mains bénévoles qui s’engagent dans cette grande entreprise. Réalisés en collaboration de l’IRPA, ces outils expliquent pratiquement comment dresser un inventaire. "C’est évidement seulement une base de travail " nuance Christian Pacco.

"On aura des surprises parce qu’à l’époque on a parfois fait des oublis, et donc on va redécouvrir des choses qui n’étaient pas connues. Et puis on aura, des surprises dans l’autre sens, avec beaucoup de pertes".

Une opération des évêchés, de la Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Si ce sont les évêchés qui ont lancé l’initiative et désormais la mettent en pratique, ce grand inventaire du patrimoine religieux en Wallonie est soutenu financièrement par la région wallonne. Les Régions ont en effet la tutelle sur les patrimoines immobiliers, donc les édifices religieux, et les Communautés sur les patrimoines mobiliers. Il faut toutefois préciser que le patrimoine mobilier fait partie intégrante de l’immobilier, les statues d’église font donc partie intégrante des églises et sont inaliénables, c’est-à-dire qu’elles ne peuvent pas être déplacées ou encore être vendues.

"C’est donc surtout la Région qui est sensible à notre action. D’autant plus qu’il peut y avoir d’autres intérêts : culturels, historiques, touristiques, etc "

Cet intérêt semble s’être intensifié cet été, suite au changement de majorité en Wallonie. En particulier, lorsque René Collin (cdH), notamment ministre du Tourisme, a hérité de la compétence du Patrimoine.

Un choix politique salué par l’ensemble des  parties prenantes. "Il suffit de regarder les villes d’Anvers voire de Cologne qui ont, depuis de très nombreuses années, une politique de mise en valeur du patrimoine religieux, cela amène beaucoup de touristes. Et nous en sommes très heureux. Cette démarche d’inventaire, se fait même pour une petite commune, c’est dans l’intérêt de tous de savoir ce qu’il y a dans l’église. La commune et l’office du tourisme pourra en parler… C’est ce que j’appelle un partenariat win-win entre les autorités communales et l’Eglise."

Les évêques wallons ont invité, le 21 octobre prochain, les ministres Collin, pour la région wallonne, et Gréoli, pour la Fédération Wallonie-Bruxelles, pour une opération séduction. L’objectif est de les embarquer dans la création d’une structure interdiocésaine qui supervisera notamment ce grand inventaire. L’apport d’un financement public semble primordial pour engager un coordinateur de projet permanent.

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