25.000 étudiants sondés dans le supérieur: démotivation, stress, difficultés financières, colère et décrochage

Comment les étudiants vivent-ils la crise sanitaire? Depuis plus d'un an, la vie dans les auditoires a été chamboulée. Les cours en ligne sont devenus le maître mot. Avec les mesures restrictives, certains étudiants se sont retrouvés isolés dans leur kot. A ce manque de contacts sociaux s'ajoutent des difficultés financières pour certains qui travaillaient pour s'offrir des études. Pour ceux qui commençaient un cursus, le passage au supérieur n'a pas été simple. Pourtant ce sont les Bac2 et Bac3 qui semblent le plus touchés par cette crise.

Les universités de Liège, Louvain et Bruxelles ont voulu objectiver tous ces ressentis. Elles ont sondé près de 25.000 étudiants de 6 universités, 19 hautes écoles et 16 écoles supérieures des arts. Un sondage chez les 18-25 ans entre le 22 février et le 5 mars. Un sondage découpé en 4 volets: les difficultés rencontrées, la santé mentale, le respect des mesures et les perspectives.

Difficultés financières, démotivation

Un jeune sur dix se dit confronté à des difficultés pour subvenir à ses besoins essentiels. Les cours à distance demandent aussi plus de temps de concentration. Ils engendrent, pour 82% d'entre eux, de la fatigue physique et mentale. La démotivation galope: 81% des sondés perdent cette motivation.

"La seule chose que je demande, c’est de retrouver nos auditoires. Commencer ses études tout seul devant son ordinateur est une épreuve insoutenable... On n’a pas eu le temps de créer des liens avec les autres étudiants, on n’a jamais connu de vie sur un campus".

Pensées suicidaires

"Je n’ai plus envie de me lever, je n’ai pratiquement pas de motivation à suivre les cours en ligne alors que j’adore en temps normal écouter mes cours car ils me passionnent. Tout et tout le monde m’énerve, j’ai envie de pleurer tout le temps. Je ne vois même plus l’intérêt de vivre si nous ne sommes plus libres de rien".

Plus de 50% des étudiants sondés font part de symptômes d'anxiété et de dépression. Certains ont déjà bénéficié d'un suivi psychologique et 18% ont l'intention de le faire. Plus inquiétant, ils sont 20% à avoir eu ces derniers mois des pensées suicidaires. 

Ces idées noires, il faut quelque peu les nuancer: " c'est déjà un groupe d' âge qui présente une certaine vulnérabilité, elle a été  exacerbée par la crise", explique Fabienne Glowacz, ULiège.

Mesures sanitaires

Si la grande majorité des étudiants respecte les normes sanitaires: lavage des mains, port du masque, distance... certains ont décidé de continuer à vivre, à rencontrer des gens:

"J'ai décidé de vivre "comme ci" le COVID n'était pas si dangereux. Voir les amis le week-end est quelque chose dont j'ai besoin pour garder une motivation minimum pour avancer dans la vie et les études. A quoi bon faire tout ça si c’est pour rester enfermé?"

Sortie de crise

Certains étudiants trouvent quand même du positif dans cette crise:

"Selon moi, le COVID nous aura tout de même permis de revoir nos priorités, et je me suis rendu compte que prendre du temps pour moi et passer des moments avec mes proches (familles-amis) sont des choses essentielles à ma vie. J'aurai envie d'en faire une priorité avant mes études."

"On voit aussi que beaucoup d'étudiants ont pu mobiliser des ressources: la famille, les contacts sociaux, l'utilisation des médias, le sport et les études puisqu'on voit aussi que pour 40% des étudiants , les études ont justement permis de faire face ", explique Fabienne Glowacz.

Enfin, 62% des étudiants sondés estiment que leur institution a mis des mesures d'aides en place.

L'étude, c'est une photo de la situation, reste à savoir ce que peuvent en faire les institutions scolaires: " faciliter l'accès aux aides psychologiques, aux aides sociales, favoriser les contacts sociaux. J'ai lancé l'idée "d'appel ton pote ou tes potes" car alors que tout est fait pour favoriser l'isolement, il me semble que le soutien par les pairs est une voie qu'on doit pouvoir envisager. Et puis il faudra un retour sécurisé en auditoire avec toutes les mesures comme les tests salivaires notamment", ajoute Fabienne Glowacz.

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