19 millions d'Euros d'argent frais pour Marichal-Ketin à Sclessin

La fonderie de Marichal-Ketin
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La fonderie de Marichal-Ketin - © RTBF - François Braibant

Presque dix-neuf millions d’Euros pour Marichal-Ketin. L’entreprise fabrique des cylindres de laminoirs. Elle a connu une période difficile il y a deux ans. Ses carnets de commandes sont pourtant pleins. Aujourd’hui, des créanciers ont accepté de transformer des dettes en capital. Et de l’argent frais vient d’arriver.

Avec cet argent, Marichal-Ketin compte améliorer son atelier d’usinage et recommencer à gagner vraiment de l’argent. "Ici, nous fabriquons des cylindres de laminoirs" explique le directeur général Fabrice Pelzer. "Ça sert à écraser l’acier dans les laminoirs. On travaille pour les grands de la sidérurgie mondiale : ArcelorMittal, Tata Steel. Aujourd’hui, dans le secteur des cylindres, beaucoup de sociétés ont arrêté de produire. En Europe, on n’est plus qu’une dizaine. On peut mieux se positionner et mieux valoriser nos produits, mais maintenant il y a aussi les Chinois qui poussent avec des prix bas."

Lumière orange et chaleur brûlante

Entrer dans le hall de production de Marichal-Ketin à Sclessin, c’est retrouver la lumière orange et la chaleur brûlante d’une fonderie. Des ouvriers en combinaison ignifuge argentée font couler le métal liquide dans des moules cylindriques verticaux. Les étincelles fusent. De ces moules cylindriques sortiront des rouleaux à aplatir l’acier qui seront ensuite très finement usinés. Ces cylindres que fabrique Marichal-Ketin sont l’outil essentiel d’un laminoir. Ce sont eux qui transforment le métal en tôles qui serviront à leur tour de carrosserie à des automobiles ou des machines à lessiver.

Les dernières années n’ont pas été faciles pour l’entreprise de Sclessin. Les matières premières étaient très chères et les produits finis se vendaient trop bon marché se souvient Fabrice Pelzer : "effectivement, on est passés par des phases de hauts et de bas économiques, avec une période très difficile en 2019. L’augmentation des cours des alliages a fait qu’on n’a plus eu de cash pour pouvoir produire. On a dû recourir au chômage économique. Ça a fait plonger notre résultat. Une perte de deux millions et demi. La société doit se restructurer pour être capable d’être de nouveau rentable. Pour être de nouveau rentable, elle doit augmenter ses volumes. Nous devons aligner nos capacités entre la fonderie qui peut couler 8500 tonnes et l’atelier qui ne peut en produire que 7500. Donc, l’idée, c’est d’investir dans l’atelier d’usinage pour pouvoir produire au maximum de l’entreprise et profiter des effets d’échelle."

La société "a mis en place de nouvelles méthodologies" pour arriver à produire quand même et moins cher. L’entreprise a aussi négocié des "clauses alliages" qui lui ont permis de faire varier les prix de vente de ses cylindres en fonction des prix des matières premières. L’année 2020 s’est terminée sur un bilan positif : "un bénéfice de 153 00 Euros. On venait d’une perte de deux millions cinq, c’est déjà un beau redressement."

Augmentation de capital, nouveaux investissements, niches à forte rentabilité

Aujourd’hui, Marichal-ketin lève 19 millions d’Euros, par augmentation de capital et par de nouveaux investissements du fonds Invest for Jobs (créé par les partenaires sociaux du secteur des fabrications métalliques et de la technologie), de la SIBL et de la SOGEPA. "Douze millions d’Euros sont mis par les actionnaires" poursuit Fabrice Pelzer "et il y a six millions d’Euros qui seront apportés par les banques". "Cet apport permettra de financer un nouveau business plan dont les actions les plus significatives seront menées de 2021 à 2024" précise le dossier de presse, "mais dont les bénéfices se manifesteront jusqu’en 2029 […]. Il s’agit […] de renforcer la présence commerciale et opérationnelle de l’entreprise sur des marchés à fort potentiel où elle est peu ou insuffisamment présente. Enfin, il s’agit aussi de privilégier les nuances de produits à forte rentabilité dans les niches de marché à faible concurrence tout en renforçant les investissements en R&D et les partenariats à haute valeur ajoutée."

La Sogepa devient l’un des actionnaires de Marichal-Ketin : "La Sogepa a toujours accompagné le dossier, pendant des années, elle y a toujours cru" jure Isabelle Devos. "L’industrie lourde, et plus particulièrement la sidérurgie et la métallurgie ont encore un avenir en Wallonie, mais ces sociétés doivent se réinventer et ne pas hésiter à se projeter vers le futur. La Sogepa apporte de l’argent. La Sogepa convertit un certain nombre de créances ; les siennes et celles de la Région. Elle met du nouveau cash. Les montants sont de quatre millions pour la Sogepa et quatre millions pour la Région. Au total, on détiendra 49% du capital. Le capital va rester majoritairement privé. C’est important."

Les directeurs actionnaires

"Il y a des créanciers qui nous font confiance" se réjouit Fabrice Pelzer. L’équipe de direction a été invitée à devenir elle-même actionnaire de la société : "c’est exact" sourit le directeur général : " le management croit vraiment dans le plan qui va être mis en place. On nous a donné l’opportunité, à tous les manageurs, d’investir dans le capital. On y va de notre propre argent. Ça sert à motiver le personnel et les managers. Ça reste minime par rapport aux autres actionnaires. Si on prend l’ensemble du management, on est aux alentours de 1,2%" Le liégeois Marichal-Ketin a cent dix ans. La société emploie 140 personnes et vend tous les ans 600 cylindres de laminoir à une centaine de sidérurgistes dans le monde entier.

 

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