Tournai, berceau de si nombreux artistes : un livre hommage

"Le Tournai Artistique" se penche sur 140 ans d’histoire de l’art. On y découvre ou redécouvre les œuvres de Gallait, Houzé, Hennequin, Pion…Des peintres, photographes, sculpteurs un peu oubliés. Qui ont pourtant marqué leur époque et acquis une renommée bien au-delà de nos frontières.

Dans un premier opus, les auteurs s’étaient focalisés sur une période extrêmement longue. 3500 ans d’histoire artistique, dont il avait fallu extraire " les incontournables ". Cette fois, il ne s’agissait " plus que " de 140 ans. De la petite bière, me direz-vous? " Détrompez-vous ! Ce fut un vrai casse-tête", s’exclame Pierre Peeters, éditeur chez Wapica et co-auteur du livre. " 1800-1940 est une période extrêmement faste. On se retrouve avec une masse d’œuvres considérable, principalement due à un legs d’un financier bruxellois, Van Cutsem. Il a donné toute sa collection à Tournai au Musée des Beaux-Arts. Cette période est d’une richesse incroyable".

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Pierre Peeters et Aurélie Montignie © Charlotte Legrand

Sa collègue Aurélie Montignie, historienne de l’art, s’est plongée pendant de très longs mois dans les travaux d’artistes tournaisiens. Des plus connus aux plus oubliés. " On a montré aussi des œuvres de peintres belges, bruxellois, sans rapport avec Tournai mais qui ont marqué la période de leur empreinte, qui ont contribué à un courant stylistique. On a voulu considérer Tournai comme le maillon d’une chaine, pas comme une entité locale "

Au moment de notre rencontre, le livre n’est pas encore disponible. Mais l’impressionnante maquette, trône sur la table. Truffée de post-its, aux pages les plus " marquantes ". " Voyez ici, par exemple, pas mal d’œuvres de Louis Gallait, par exemple. Très connu à Tournai, mais aussi dans toute l’Europe, jusqu’en Russie ! Il a inspiré beaucoup d’artistes… " L’art social figure en bonne place dans le livre, avec ses toiles souvent sombres, ses personnages au dos courbé, le visage marqué par la tristesse et la souffrance…" C’est représentatif de toute une époque. Les artistes n’ont pas su rester indifférents aux difficultés qui touchaient, par exemple, le monde ouvrier "

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Louis Gallait, L'Abdication de Charles Quint © Tous droits réservés

Si la peinture se taille la part du lion dans l’ouvrage, la sculpture n’est pas oubliée. " Les sculptures de Grard font partie des incontournables ", souligne Pierre Peeters. " Un chapitre est aussi réservé à l’art funéraire tournaisien. Il a malheureusement fallu faire des coupes, ce qui est toujours très douloureux pour un éditeur "

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Louis Pion, Floréal © Tous droits réservés

Exit l’art industriel, par exemple, ou les vitraux. Mais la photographie est restée. Incontournable. " On avait même prédit que la photographie allait supplanter la peinture ! ", sourit Aurélie Montignie. " Un artiste comme Louis Pion, à la fois peintre et photographe, a voulu montrer qu’il était possible d’allier ces deux expressions artistiques. Voyez ses œuvres. On dirait des photos, mais ce sont des peintures. Il fait de la reproduction picturale mais à partir de photos. Il travaille avec des planches contact, des photos avec les personnages dans différentes positions, puis il reconstitue un tout, un peu comme avec Photoshop… "

A l’issue d’un tel travail, les auteurs ressentent une certaine frustration. Comment se fait-il que tous ces artistes soient si peu connus ? Relégués dans les caves des musées, les réserves ? " Quand on parle des artistes typiquement tournaisiens, on pense à des Winance, Leroy et consorts ", explique Pierre Peeters. " Mais il y en a tellement d’autres ! Dans ce livre on va redécouvrir des Hennequin, des Houzé, qui ont fait un travail remarquable ! Ici à Tournai il y a des artistes qu’on a fait venir de Paris, qui ont même peint des salles du Louvres, ils ont eu un rayonnement international, il faut les remettre en évidence ".

Aurélie Montignie raconte combien elle était surprise de découvrir " de petits trésors " dans les réserves du Musée des Beaux Arts " On pensait bien connaître les collections du musée, parce qu’on y va souvent. Mais on a découvert des trésors insoupçonnés dans les réserves ! on cherche une œuvre, on tombe sur 50 autres qui sont magnifiques ! " Un peu comme à Hollywood, Tournai compte ses artistes " bankable " et les autres, qui attirent moins.

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Roméo Dumoulin, En ballon © Tous droits réservés

" C’est une problématique qu’on retrouve dans tous les musées.Les musées doivent vivre aussi, attirer du public. Mais tout un pan de notre histoire est oublié, et c’est à cela aussi que doit servir la numérisation. C’est aussi notre objectif ". " Il faut idéalement numériser un maximum d’œuvres pour les mettre à destination du grand public, enchaîne Pierre, ce qui demande encore un travail supplémentaire. Ces œuvres sont trop peu visibles, ou oubliées dans des coins d’un bureau, d’un couloir, d’une église fermée…on a découvert des œuvres qui sont ici juste au bas de la rue, personne ne les voit parce qu’elles font partie du décor ! "

Avec ce livre, ils ont voulu proposer une synthèse. 200 œuvres d’art, pour mettre en appétit le lecteur. Les plus gourmands trouveront la suite se trouve sur internet. " Nous avons créé un site qui comporte bien plus d’œuvres que celles présentées dans ce livre" .

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Hippolyte Boulanger, Approche de l'orage © Tous droits réservés
Remy Cogghe, La Rixe. Le coup de la fin. © Tous droits réservés
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