Tournai: à Saint-Luc, des universitaires font le choix de l'ébénisterie

A Saint-Luc Tournai, de nombreux universitaires entament une formation en ébénisterie.
A Saint-Luc Tournai, de nombreux universitaires entament une formation en ébénisterie. - © Denis Vanderbrugge

Emmanuel a deux diplômes universitaires en poche. Un master en science politique, un autre en droit européen. Il a été assistant à l’université et il était sur le point d’entamer un doctorat. Mais, au lieu de ça, il a plutôt opté pour un changement radical en septembre dernier.

Depuis le début de l’année scolaire, Emmanuel est inscrit à l’institut Saint-Luc de Tournai… en section ébénisterie. A 28 ans, il se forme au travail du bois. Une passion qui l’anime depuis de nombreuses années.

La raison de ce choix ? Une envie d’autre chose. "J’allais entamer un doctorat. Mais à l’issue de celui-ci, je ne me suis dit que j’allais me retrouver au même point. Sans savoir exactement ce que je voulais faire…", explique-t-il. "J’aurais eu plusieurs opportunités d’emplois. Soit dans un cabinet d’avocat, soit dans la fonction publique européenne, soit dans la recherche. Mais aucune de ces trois options me paraissait viable à long terme…"

Le travail de bureau, ce n'était pas pour moi

A l’institut Saint-Luc de Tournai, Emmanuel est loin d’être une exception. La section ébénisterie compte plusieurs universitaires. Une classe "reconversion" a même été créée. Cette classe de 5e C propose une formation accélérée avec de nombreuses heures de pratique. Ils sont chaque année nombreux à vouloir l’intégrer. A un point tel que l’école doit refuser des inscriptions.

Marine aussi se forme à l’ébénisterie depuis le début de l’année. La jeune femme a travaillé pendant deux ans dans le marketing. Avant de claquer la porte. "La travail de bureau, ce n’était pas pour moi, indique-t-elle. J’ai besoin de bouger, j’ai besoin de faire des choses concrètes. Et ça ne me convenait pas du tout."

Déjà pendant les études, Marine ne le sentait pas. "J’avais fait ça un peu par dépit. Pour faire plaisir à mes parents", dit-elle. Engagée dans la cellule communication d'une entreprise, Marine aurait sans doute pu poursuivre. "Mais je n'allais pas être heureuse là-dedans. A 27 ans, il était temps que je me secoue un peu et que je passe à autre chose."

C’est son compagnon qui a lui a donné le goût de l’ébénisterie. "Il a réussi cette formation. Il n’arrêtait pas d’en parler. C’est aussi pour ça que j’ai voulu commencer", raconte-t-elle. Ce choix particulier a suscité des réactions. Mais très peu étaient négatives. "Je redoutais un peu la réaction de mon papa. Mais il l’a très bien pris. Il m’a dit qu’il voulait juste que je sois heureuse."  

Le temps passé sur les bancs de l’université, Marine ne le considère pas comme perdu. "Dans l’ébénisterie, il y a aussi de la com’ à faire, reprend-elle. Si on veut ouvrir son atelier par exemple."

"Une forme de pression sociale"

Du côté de l’école, on ne s’étonne plus de ce genre de trajectoires. "Il y a parfois une forme de pression sociale qui empêchent certains jeunes d’opter pour une formation manuelle, remarque Joëlle Zandecki, la directrice de la section. C’est encore plus marqué chez les filles. Elles sont très peu à entreprendre la formation d’ébénisterie dans le secondaire. Alors qu’elles composent 50% de la classe de reconversion."

Titulaire de la 5e C, Emmanuel Gire conclut : "Ces jeunes prennent une décision courageuse. Car ils ont parfois 25 voire 30 ans quand ils décident de se réorienter. Mais ils font le choix de vivre d’une passion et d’un art. Même si le métier d’ébéniste est sans doute moins rémunérateur que ce qu’ils auraient pu gagner en travaillant comme avocat d’affaire ou dans le marketing..."

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