Rive gauche à Charleroi: le chantier des négriers

Les conditions de travail des travailleurs du chantier Rive Gauche à Charleroi se sont révélées assez désastreuses
Les conditions de travail des travailleurs du chantier Rive Gauche à Charleroi se sont révélées assez désastreuses - © BRUNO FAHY - BELGA

Sur le chantier Rive Gauche ce mardi, les ouvriers se font discrets! Ils sont déjà des dizaines à avoir quitté Charleroi pour rentrer en Italie ou plus loin. Parmi ceux qui restent, certains ont la peur au ventre. Ils ne veulent plus s'exprimer face aux médias et subissent "nous dit-on". De grosses pressions chez eux.

Pourtant ces derniers jours, ils ont dénoncé une énorme affaire de dumping social. Tout commence au sommet d'une grue le 14 avril dernier. Huit ouvriers égyptiens refusent de descendre. Ils n'ont pas reçu l'entièreté de leur salaire et attendent des sommes de 10 à 23 000 euros.

"Ils ne nous donnent que la moitié de notre salaire. Si ils nous doivent 3000 euros, ils n'en donnent que 1000 pour manger, vivre et venir travailler. Le reste, c'est toujours pour après. Mais aujourd'hui on n'a rien."

Chantier de la honte?

Les scandales se succèdent. Un sous-traitant est arrêté et inculpé de traite des êtres humains. Son consortium a engagé près de 80 ouvriers payés 10 euros bruts de l'heure et prestant parfois des journées de 16h de travail. Tout en vivant dans des conditions déplorables.

"Ils ne nous fournissent pas les repas. Tous les meubles qui se trouvent ici, c'est nous qui les avons payés. Dans 2 ou 3 jours, on sera à la porte parce qu'on ne peut plus payer. Et quand l'électricité se coupe, on doit se laver à l'eau froide"

Le 4 avril, un  ouvrier kosovar a été blessé, il souffre de nombreuses fractures. L'hôpital qui l'a soigné découvre qu'il ne possède pas de couverture sociale. L'homme est abasourdi, car quand il a quitté l'Italie pour venir travailler en Belgique, on lui a certifié que tout était en règle. La clinique lui demande maintenant de partir alors même qu'il est incapable d'aller seul aux toilettes. L'homme est désespéré. Il est seul en Belgique. Les syndicats nous ont assuré qu'ils allaient l'aider

Trouver les responsables de cette situation.

Ce sera une mission difficile, voire quasiment impossible. Pour cela il faut tout d'abord remonter dans le temps.

En septembre 2010, après trois ans de négociations avec la ville de Charleroi, le projet Rive gauche se concrétise. Le promoteur anversois Shalom Engelstein a signé un document dans lequel il s'engage à respecter les conditions de réaménagement urbain de la ville-basse fixées avec les autorités communales. Il s'agit de la construction d'un centre commercial en pleine ville  : 35 000 m² dévolus au commerce mais avec des compensations.

Shalom Engelstein est l'une des deux têtes de St Lambert Promotion, le maître d'ouvrage. L'entreprise Valens-Duchène est en charge de mettre en œuvre le projet. Elle fait alors appel à un sous traitant de l'entreprise italienne générale le consortium EDILE, consortium composés de différentes petites entreprises. A Gosselies, l'antenne d'EDILE C.M. est vide. Les bureaux ont déjà été perquisitionnés. Tout cela semble s'apparenter à ce que l'on pourrait qualifier de pratiques mafieuses. A tous les niveaux, on prétend que l'on ignorait les conditions de travail des ouvriers du chantier Rive Gauche.

Recours possibles.

Charles-Eric Clesse, l'auditeur de Travail n'est guère optimiste. Toutes les sociétés sont situées  en Italie et il sera difficiles de les poursuivre. Certaines se sentant prises au piège pourraient du jour au lendemain se déclarer en faillite. L'affaire est à l'instruction et la juge en charge du dossier pourrait décider d'envoyer une commission rogatoire en Italie.

Quid de l'avenir du projet Rive Gauche ?

Le chantier a déjà pris pas mal de retard. L'entreprise Valens-Duchène s'est engagée a donner un contrat à durée déterminée aux travailleurs toujours présent et elle va en engager aux mêmes conditions.

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