Renards croqueurs de poules: comment s'en prémunir?

Albert Michez a perdu 9 poules tout récemment
8 images
Albert Michez a perdu 9 poules tout récemment - © C Legrand

C’est la période où les renards vident les poulaillers. Ils doivent nourrir leurs petits, encore au terrier. Des particuliers, petits éleveurs, enregistrent des pertes très importantes ces dernières semaines. Ils investissent dans de nouvelles installations pour barrer la route aux rusés renards, de moins en moins farouches.

Dans la basse-cour d’Albert Michez, à Erbisoeul (Jurbise), c’est la désolation. Il reste quelques poules moribondes, rescapées de la dernière attaque de renard. "Regardez, la petite rousse, je vais devoir l’achever. On dirait qu’elle a le cou cassé, elle doit souffrir terriblement". Il est très affecté par ce qui s’est passé, tout récemment. "J’ai perdu 9 poules. Il n’en a emporté que deux. Et cela s’est passé en plein jour, plus que probablement. Le renard est passé sous la clôture. Le fil est pourtant enterré à vingt centimètres de profondeur". Ce n’est pas la première fois qu’il subit ce type de mésaventure. "Oh que non ! Cela fait 4 ans que je suis touché. Il y a trois ans, j’ai perdu 22 canards, en une nuit ! Cela m’a coûté 600 euros ! C’était des canards d’une race très rare." Ses voisins reçoivent également la visite des renards. "Tout le monde est pris, ces derniers jours ! Et le pire, c’est que le renard n’emporte même pas les bêtes. Il en tue une, deux, puis il laisse tout sur place. Et ne revient même pas chercher les autres, un peu plus tard… Pourtant, il est capable de traîner de très grosses bêtes. Voyez ces grosses oies, de 13-14 kilos, il m’en a emporté deux."

Selon Albert, les renards vivent dans les bois aux alentours, mais aussi sur le talus de chemin de fer, tout proche. "Sur place, ils sont bien cachés, ils ont de l’espace, ils ont aussi de la nourriture grâce à tous les animaux tués par les trains."

Cela fait 42 ans qu’Albert Michez vit dans cette maison. "Je n’avais jamais eu de problèmes. Et voilà que ça nous arrive chaque année, désormais ! Avec des renards de plus en plus francs, qui n’hésitent pas à s’approcher pour avoir leur nourriture."

Pour lui, c’est le manque de gibier qui explique la situation. "Ou parce qu’on ne chasse plus assez ? Il paraît que le garde-chasse a tué une bonne vingtaine de renards, quand même, l’an dernier". Albert est déçu, un peu choqué même par ce qu’il appelle "cette folie meurtrière". Il ne baisse pas les bras pour autant. "J’ai vidé mon abri de jardin, je vais installer des cloisons automatiques. Qui se lèvent lorsque le jour se lève, et se baissent fin de journée. En espérant que ça protège mes petites poules. Je ferai la même chose pour les oies et les canards."

 

Dans la région de Leuze-en-Hainaut, Cathy a elle aussi été victime des renards, à répétition. Elle qui habite depuis 27 ans la même maison n’avait jamais eu de problèmes. Elle a récemment perdu 10 poules, 4 canards, un jars. Le renard est "passé" deux fois dans le poulailler. Cathy a transformé son terrain en forteresse. "Mes clôtures sont rehaussées jusqu’à deux mètres, avec fil barbelé. Je suis en train de construire un abri spécial pour mes oies qui n’aiment pas être enfermées. La nuit j’ai mis deux caméras et un système ultrason. Depuis, je n’ai plus vu le renard ", raconte-t-elle.

 

A la Division Nature et Forêt de Mons, on le confirme. Oui, les renards sont en augmentation. "C’est une augmentation générale, et qui se marque depuis 20 ans", précise Damien Bauwens. "La difficulté dans la société qu’on connaît est qu’il n’y a plus de prédateurs. Le loup revient, pas encore dans la région de Mons. On est dans des situations de déséquilibre, qui plus est avec un animal qui s’adapte très bien. En milieu urbain, ils vont se nourrir dans les poubelles et prolifèrent par manque de prédateurs." Les attaques de renards semblent particulièrement nombreuses, en ce moment. "C’est normal, l’activité est plus intense car les renards ont eu leurs jeunes et doivent se nourrir. C’est l’époque où les poulaillers se font dévaster, il faut se prémunir des renards. J’en ai moi-même été victime. En ville aussi, on les voit dans les parcs bruxellois, ils s’adaptent très bien." Damien Bauwens recommande avant tout des mesures préventives : "rentrer ses volailles, installer des clôtures, peut-être enterrées éventuellement électrifiées". Des mesures plus radicales sont autorisées.

"On peut piéger les renards, moyennant une autorisation. C’est une espèce gibier chassable toute l’année sur les territoires légaux : donc plus de 25 hectares au nord du sillon Sambre et Meuse, plus de 50 hectares au sud. Pour tirer avec une arme à feu, il faut bien sûr posséder un permis de chasse. Dans les zones qui ne sont pas des territoires légaux, des zones où il y a des problèmes, on peut aussi délivrer des autorisations". Les agents de la DNF n’ont pas dans leurs missions de limiter les populations de renards. "C’est une tâche dévolue aux gardes-chasses, qui sont mandatés par des titulaires de droits de chasse, des chasseurs. Leur job est de veiller à un bon équilibre des populations car ils y trouvent aussi leur intérêt en termes de protection des populations de petit gibier, qui peuvent être aussi victimes des renards. Mais il ne s’agit pas de tirer sur le premier renard qui passe. Si on repère sur un territoire un dominant, il vaudra mieux sans doute le laisser vivre de manière à ce qu’il continue d’occuper le territoire et que les nouveaux individus soient rejetés du territoire".

 

Nous terminons notre enquête au Clos des Oliviers à Jurbise, un centre de revalidation pour la faune sauvage. Ici, Daniel Marlière tente de "sauver" quotidiennement des hérissons, des rapaces, du gibier. Certains sont tombés du nid, d’autres ont été renversés par une voiture, ou se sont retrouvés pris dans le collet d’un braconnier. Daniel reçoit parfois des coups de téléphone au sujet de renards ou de renardeaux. "Des gens me disent qu’ils les ont trouvés, qu’il faut les soigner". Pour ce spécialiste de la faune sauvage, c’est "niet". "Avec le vétérinaire, nous avons décidé de respecter la loi. Le renard peut être vecteur d’une maladie transmissible à l’homme, l’échinococcose. On ne peut pas dire si le renard en est infecté, lorsqu’on le voit. Donc nous avons décidé de respecter la loi, et de ne pas prendre de risque. Je comprends les personnes qui disent que c’est un bel animal. C’est vrai. Mais penseraient-elles toujours la même chose si elles découvraient, un beau matin, en allant chercher des œufs au poulailler, qu’un renard a tué toute la basse-cour ?"

Il insiste malgré tout sur l’utilité des renards. "C’est un animal nécessaire, parce qu’il régule tous les animaux qui sont faibles, malades, tous les mustélidés, souris, rats, etc." Le problème tient au nombre de renards qui se promènent aujourd’hui dans la nature. "Il y en a trop. Je me souviens quand mon grand-père, qui était garde-chasse, tirait un renard, la presse venait le voir. C’était exceptionnel. Maintenant, c’est devenu très commun. Et l’homme a une grande responsabilité dans la prolifération des renards. Il y a beaucoup de déchets, de pollution, de nourriture accessible dans la nature. A Bruxelles beaucoup de renards font les poubelles. La nature est très bien faite, quand il y a beaucoup à manger, il y a beaucoup de monde. On jette beaucoup de nourriture donc il a de quoi manger. Une autre cause est que l’on relâche beaucoup de gibier dans nos forêts : des faisans, des perdreaux. Ce gibier se fait rapidement attraper par le renard. Ensuite, le renard continue à chercher du gibier car il doit manger tous les jours. S’il ne trouve pas sur les champs il s’approche et va faire des visites dans les poulaillers".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK