Réforme des services incendie en Wallonie picarde: des explications pour apaiser les tensions

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Illustration - © AFP- Joël Saget

La réforme des services de secours inquiète des pompiers et des politiques en Wallonie picarde. Les autorités politiques et opérationnelles de la zone leur répondent, chiffres à la clé.

La réforme des services Incendie provoque de nombreuses discussions dans les casernes. Les politiques s'emparent également du sujet.

La mise en oeuvre de cette réforme a été la cible de critiques dans la zone de secours Wallonie picarde. Zone qui comprend toutes les communes de la région, sauf Enghien, Chièvres, Silly et Brugelette, qui appartiennent à la zone du Centre.

La réponse est tout d'abord venue du politique lors de cette conférence de presse qui a duré 3 heures tout de même !

"Le défi, c’est celui de la sécurité des citoyens et des pompiers", insiste le président de la zone, Paul-Olivier Delannois (PS). "Les bourgmestres ne veulent pas revivre une seconde réforme des polices. Moi non plus. Mais cette sécurité, je ne la brade pas pour des raisons financières. Cette réforme a pas mal de bon. Encore faut-il la vendre.”

Et là, pour Paul-Olivier Delannois, tous les bourgmestres de la zone, qui siègent tous autour de la table du conseil de zone, ne jouent pas le jeu. Des bourgmestres qui pestent sont bien souvent ceux des communes où se trouve une caserne qui va disparaitre selon le plan à l'horizon 2023. Les cibles en particulier: le bourgmestre de Beloeil Luc Vansaingèle (PS) et celui de Brunehaut Pierre Wacquier (PS). Quant au maïeur d'Antoing Bernard Bauwens (PS), il s'est assagi après avoir entendu les explications de la zone.

Paul-Olivier Delannois leur demande un peu plus d'honnêteté intellectuelle. “Certains prennent leurs responsabilités. D’autres pas. Certains disent que cela coûtera plus cher pour un moindre service. C’est un mensonge, de la démagogie pur jus, et un manque de courage. Elle coûtera, oui, mais ce sera pour un meilleur service. Aujourd’hui, il existe des problèmes liés à un manque de personnel. Des casernes doivent même parfois fermer car il n’y a pas assez de pompiers. La sécurité n’est pas optimale. C’est général, et cela fait des années que cela dure. Il faut arrêter de se voiler la face et avoir le courage politique de le dire.”

Des maïeurs ont aussi évoqué des erreurs de communication. “Tous les bourgmestres étaient d’accord dire que la réforme ne devait par coûter trop cher. Nous avons donc demandé au commandant Olivier Lowagie de faire des propositions pour la zone, dont il fallait revoir le fonctionnement. Le plan a été présenté au collège de zone et certains ont cru bon de divulguer le document de travail. Voulaient-ils faire capoter le projet ? Je le pense bien.”

Paul-Olivier Delannois soutient l’équipe en place. “Eux aussi essuient les plâtres, mais nous sommes prêts à tout réexpliquer. Si nous sommes invités dans les communes, nous viendrons volontiers. Les solutions proposées par le comité de direction sont des bonnes solutions. Elles allient plusieurs objectifs : la sécurité du citoyen de Wallonie picarde, la sécurité du pompier, et la limitation des coûts demandées par les bourgmestres de la région.”

Les constats

L'équipe en question qui a établi le plan pour la mise en oeuvre de la zone Wallonie picarde a eu trois trois éléments pour ligne de conduite : la sécurité du pompier, la sécurité du citoyen, et le coût.

Avant cela, il a fallu établir des constats. Le tableau n'est pas noir, mais tout n'est pas rose non plus. Mais des éléments mettent en avant le fait que la situation actuelle n’est pas optimale, faute de personnel disponible bien souvent. C’est le premier constat.

Le commandant de la zone Olivier Lowagie donne quelques exemples. “Lundi dernier, nous avions une réunion avec des représentants des pompiers volontaires de chaque caserne. À 20h, un pompier de Péruwelz a reçu un appel pour un feu de cheminée. Mais il n’y avait que trois pompiers qui étaient disponibles. Or, l’arrêté royal dit qu’il faut être six pour un départ avec l’autopompe. Dès lors, ce sont les pompiers de Bernissart qui sont intervenus. Ces faits, c’est notre quotidien.”

Olivier Lowagie glisse un autre exemple. Celui du service ambulancier de Beloeil. “Nous avons analysé les disponibilités de ce service. Depuis juillet dernier, il n’est pas disponible la moitié du temps. Quand il est disponible, les délais d’intervention sont garantis. Mais pendant 50 % du temps, il n’y a pas d’ambulance qui peut partir de Beloeil faute de personnel. L’ambulance vient d’Ath, de Leuze ou de Péruwelz.

Même les pompiers de Tournai ont dû demander des renforts de Mouscron pour un feu de cabine électrique à Kain. Le commandant de zone veut montrer par là que la situation est générale.

Et puis, il y a la difficulté de recruter des pompiers volontaires. “C’est déjà le cas aujourd’hui. Il manque environ 150 volontaires aujourd’hui dans la zone. Nous avons lancé un appel et nous avons seulement reçu 70 candidats qui doivent encore se former. Une formation qui dure un an et demi...”

Et puis, il a l'équipement qui est dépassé dans certains casernes, des pompiers avec presque des pneus carrés car ils sont sous-exploités, des téléphonistes qui étaient payés 3,50€ bruts de l'heure ou par chèque-repassage quand ils étaient sous contrat avec l'une ou l'autre commune...

Le plan en détails

Sur base de ces constats, une étude de risques a été réalisée. Cela a permis d’esquisser un plan pour mettre en œuvre au mieux la réforme. Il a également fallu tenir compte du principe de l’aide adéquate la plus rapide et des obligations légales, dont un arrêté royal de novembre 2012 imposant un nombre minimum pour un départ de véhicule de pompiers. Il faut ainsi être minimum six sapeurs-pompiers pour envoyer une autopompe sur un incendie. Et pour avoir six pompiers 24h/24 et sept jours sur sept, il faut 36 pompiers en tout.

Il était impossible de conserver les casernes existantes. Il aurait fallu y placer des pompiers en suffisance pour qu’elles puissent toutes rester ouvertes. Cela aurait coûté bien trop cher.

Un autre plan à l'horizon 2023 a été esquissé. Le conseil de zone a pris des décisions. “Je comprends l’inquiétude des pompiers. Des casernes vont fermer", glisse Olivier Lowagie. "Mais c’est pour créer de meilleures infrastructures et pour offrir une meilleure sécurité aux citoyens et aux pompiers eux-mêmes. Et nous allons engager des pompiers professionnels et maintenir l'engagement de pompiers volontaires."

En ce qui concerne les casernes, le conseil de zone prévoit de créer une caserne centrale au sud avec la fusion des casernes de Beloeil, Basècles, Péruwelz et Bernissart. Une autre nouvelle caserne centrale sera construite entre Ath et Lessines, suite à la fusion de ces deux sites. Enfin, une caserne centrale sera érigée avec la fusion d’Estaimpuis et de Dottignies. Les professionnels de Mouscron seront transférés vers ce nouveau site. L’on passera dès lors de quinze casernes sur la zone à huit en 2023. Les sites existants aujourd’hui de Tournai, Mouscron, Warneton, Comines et Leuze substitueront. À celles-ci s’ajouteront les trois nouvelles casernes. Les casernes fusionnées fermeront le moment venu.

Ce dispositif ne permet par de couvrir toute la zone. Il ne permet pas d'être présent sur le terrain dans les 12 minutes après l'appel. C'est pour cette raison qu'il faudra poursuibre la collaboration avec les voisins wallons, flamands et français à travers des conventions de collaboration.

Pour illustrer ce propos, Olivier Lowagie évoque un cas : la place de Laplaigne. “Si les pompiers d’Antoing interviennent, il faut compter 16 minutes et 30 secondes. Avec ceux de Tournai, cela fait près de 20 minutes… Si on suit le panneau de Mortagne, en France, il y a une caserne à 2 minutes et 30 secondes. Ce sont des pompiers volontaires ? D’accord. La caserne de Condé-sur-Escaut sera toujours plus proche. Et l’on y trouve 50 pompiers professionnels.”

Le conseil de zone a également décidé d'engager 133 hommes du feu d’ici 2023, dont déjà 26 en 2016, ce qui doublera l'effectif actuel. Il a également décidé de maintenir l'engagement de pompiers volontaires, qui sont 540 aujourd'hui dans la zone.

Enfin, la rationalisation permettra d'investir dans de l'équipement neuf et pour encadrer cette nouvelle entreprise de quelque 700 travailleurs, une équipe administrative a été constituée.

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