Radicalisme en prison: le rôle préventif des conseillers islamiques

Une aile de la prison de Jamioulx
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Une aile de la prison de Jamioulx - © Vinciane Votron

Comment lutter contre le radicalisme en prison ? La question est sur toutes les lèvres pour le moment. A la prison de Jamioulx, le conseiller islamique prend ce dossier très à coeur. Mohamed Rharib est conseiller islamique. Il rencontre les détenus à leur demande et n'hésite pas à aller discuter dans les couloirs de l'établissement.

Prière collective

Quelques mots d'arabe échangés: "Salam Aleikoum, Aleikoum Salam", la main sur le coeur. Les détenus sont dans le couloir de l'aile 4. Les cellules sont ouvertes, les occupants discutent par petits groupes. L'arrivée de l'imam attire les détenus musulmans. Les conversations sont cordiales. Un des détenus nous explique : "On a parlé de la prière l'autre fois. Comment on doit faire. On a demandé de faire une prière collective dans la cellule." Permission accordée par la direction, mais à certaines conditions. Mohamed Rharib profite pour rappeler quelques règles : "Je ne voudrais pas qu'il y ait quelqu'un qui s'autoproclame Imam. Ou qui commence à expliquer quoi que ce soit. A chaque question de religion, c'est moi le référent ici. S'il y a une question ou l'autre, il y a le culte ici. C'est très important.

Depuis les attentats de Paris, les demandes d'entretien avec l'imam ont afflué. Sur les 320 détenus, plus d'un tiers rencontrent l'imam. Les questions de radicalisme sont sur toutes les lèvres. Samir apprécie la présence du conseiller islamique pour remettre les choses au clair: "On a eu l''expérience des attentats du 13 novembre. Les gamins, ils criaient "Allahu Akbar". Moi, ça me blesse d'entendre ça. Car ils n'y connaissent rien. Ce sont des ignorants, ils ne connaissent pas la religion."

"Toujours un de trop"

Le phénomène de radicalisme serait assez marginal à Jamioulx. Mais le conseiller islamique fait tout ce qu'il peut pour éviter un quelconque phénomène de contagion: "Les radicaux, ils ne font vraiment pas l'unanimité au sein des prisons et de la population musulmane. Au contraire, on n'accepte pas leur thèse. Quoique parfois, par rapport à des jeunes sensibles et fragilisés. Il y a une certaine fascination, un respect un peu diffus. Mais comme je dis toujours, un cas, c'est un cas de trop."

Et du côté des prisonniers, ils ne comprennent pas comment certains ont pu basculer. Samir a côtoyé quelques terroristes actuels : "Abdelslam et Abrini, oui, ce sont des gens que j’ai côtoyé en prison, mais ils étaient comme moi : avoir pris de l’alcool, manger du porc, pris de la cocaïne, fumer des joints, sortir en boîte, fréquenter les filles... On a tous fait ça. Nous sommes nés ici, on a grandi ici".

"Notre travail, c’est de rassurer"

Dans cette ambiance anxiogène, Mohamed Rharib tente de faire barrage au radicalisme : "Notre travail c’est de rassurer les uns et les autres, essayer de nouer des liens, de leur expliquer qu’ils ne prennent pas ça pour eux personnellement. Mais c’est un peu normal quand on voit tout ça, qu’on commence à se poser beaucoup de questions sur cette religion, malheureusement dans des perspectives négatives". Et si les plus radicaux ne demandent pas d'entretien avec l'imam, Mohamed Rharib tente de créer tout de même une relation humaine. Un travail de prévention qui passe aussi par la mise en place d'activités plus ludiques tels que du théâtre, ou l'organisation d'une petite fête pour rappeler que l'Islam est aussi à l'origine d'une riche civilisation.

Les Imams des prisons demandent aussi à être mieux encadrés pour faire face à cette vague de radicalisme.

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