Quiévrain se souvient: enrôlés de force, ils sont partis travailler en Allemagne

Le cortège a démarré dans la cour de l'Athénée Royal. Un lieu symbolique.
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Le cortège a démarré dans la cour de l'Athénée Royal. Un lieu symbolique. - © Charlotte Legrand

C'était il y a tout juste 100 ans. L'armée allemande avait besoin de main d'œuvre. 900 habitants de l'entité furent réquisitionnés, obligés de rejoindre l'Allemagne. Beaucoup d'agriculteurs, de mineurs, d'ouvriers, forcés de quitter leur famille dans la plus grande précipitation. Des commémorations avaient lieu ce mercredi, dans la cour de l'Athénée Royal et la gare de Quiévrain.

Plusieurs écoles sont présentes. Des classes de primaires, de secondaires. Qui a déjà entendu parler de cet épisode de l'histoire? "Ma mamy m'a raconté!", explique une petite fille. Les autres ont reçu quelques explications de leur institutrice. "Avant cela, on n'avait jamais entendu parler de ces gens déportés à Quiévrain", admet une élève du secondaire. "Je pense que les habitants préfèrent oublier, mais justement c'est important d'en parler, pour le travail de mémoire!" "Moi même, je suis enseignante à l'école, je passe régulièrement devant la plaque commémorative. Je ne savais pas qu'elle se rapportait à un événement de cette ampleur", ajoute une professeure de morale.

 

L'échevin chargé des commémorations patriotiques, Frédéric Depont, rappelle les circonstances dans lesquelles tous ces Quiévrainois (10% de la population!) ont été déportés. "Il était huit heures du matin, tous les hommes de plus de 18 ans étaient rassemblés dans la cour de l'école. Des affiches avaient été placardées la veille. Sans aucune précision. Ils pleuvaient ce jour-là. Ils n'avaient pas tous pris une veste, ni des vivres. Personne ne s'attendait à les voir partir, immédiatement, en convoi". Les Allemands sélectionnent les "futurs travailleurs", écartent les prêtres, les enseignants, les vieillards, les malades. Puis déjà le convoi s'ébranle, en direction de la gare. "Certains chantent quelques notes de la Brabançonne pour se donner du courage, les familles sont en larmes sur le parcours".

Les premiers travailleurs "civils" prennent la route de l'Allemagne. Ils y resteront, pour la plupart, jusqu'au milieu de l'année 1917 (mais les déportations continuent jusqu'à la signature de l'Armistice). Le beau-père de Christian Guillaume faisait partie du convoi. "Le père de ma femme, oui, il est parti avec tous les autres le 26 octobre 1916". Christian se dit très heureux d'assister à des commémorations. "C'est magnifique. Il faut que les jeunes sachent ce qui s'est passé, ce que c'est la guerre". Les enseignants que nous avons croisés ce matin comptaient bien poursuivre le débat, en classe. Et "faire des ponts" entre ces déportés du siècle dernier et l'actualité. "C'est malheureusement de plus en plus d'actualité. Avec la montée de l'extrême-droite, la crise des migrants, tous ces événements qui nous bousculent un petit peu! ils nous ramènent aussi, tristement, à ces événements du passé", conclut cette professeure de morale.

La gare de Quiévrain accueille une exposition temporaire, sur cet épisode de l'histoire. Il est retracé en 45 panneaux, affichés sur les murs du bâtiment. L'exposition "La Grande Guerre dans les grandes lignes", montée par l'Institut des Vétérans, est visible jusqu'au 30 octobre à la salle Flore Henry (rue de la Gare, et de 11h à 17h). 

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