Qui veut une assiette à 35.000 euros ? Le temple de la porcelaine de Tournai va fermer ses portes

C’est une institution à Tournai. Le Camaïeu, un magasin d’antiquités, va fermer ses portes en fin d’année. D’ici là, Christine Verfaille, quatrième antiquaire en ligne directe depuis son arrière-grand-mère, liquide son stock et notamment sa porcelaine de Tournai. Une céramique fine et translucide fabriquée dans la Cité des Cinq Clochers de 1750 à 1890. "J’ai plus de mille pièces dans mon magasin. Ça va d’une assiette classique de 50 euros à des pièces rares beaucoup plus chères…"

La jeune retraitée nous emmène près d’une vitrine consacrée au service du Duc d’Orléans. "Le cousin de Louis XVI avait commandé 1600 pièces à la manufacture tournaisienne. Ce sont des pièces magnifiques, polychromes, décorées d’oiseaux. Malheureusement, ce service ne sera jamais payé et le Duc d’Orléans finira guillotiné après la Révolution française". Pour l’assiette et le coquetier du Duc d’Orléans, comptez respectivement 35.000 et 23.000 euros. Impayable. "Mais une assiette classique en porcelaine de Tournai, décorée de motifs bleus, ça se vend 50 euros". Plus raisonnable.

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Une assiette du Duc d'Orléans évaluée à 35 000 euros. © P.W. - RTBF
Différents motifs sont utilisés: ici, le décor aux glands. © P.W. - RTBF
Il n'y a pas que du bleu dans les assiettes tournaisiennes. © P.W. - RTBF

Des cadeaux de famille aux pièces de collection

"La plupart de mes clients ont commencé en achetant une assiette. Et puis petit à petit, ils étoffent le service ou varient les styles". Aujourd’hui, les amateurs de porcelaine de Tournai sont souvent des collectionneurs spécialisés. "Auparavant, on pouvait s’offrir un élément de vaisselle pour Noël, la fête des mères ou un mariage. Maintenant, ça se perd."

Découvrez ci-dessous notre reportage audio réalisé au Camaïeu, à Tournai :

En cent quarante ans d’existence, la manufacture créée par François-Joseph Peterinck a connu différents styles et couleurs. Mais n’essayez pas de présenter un faux à Christine Verfaille. Elle s’en rendra compte tout de suite. "Ça fait quarante ans que je les vois. Avec cette expérience, c’est facile". Quel est le signe qui ne trompe pas ? "La pâte, la transparence, les motifs, la qualité… Quand j’avais 14, 15 ans, ma mère me disait : Moi, je le sens. En moi-même, j’avais peur de ne jamais le sentir. Aujourd’hui, quand je vois de la porcelaine, je sens à mon tour si c’est du Tournai et si ça n’en est pas".

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