Peut-on contracter le coronavirus deux fois? L'UMons mène des recherches mais s'estime bloquée par des décisions du gouvernement fédéral

Les chercheurs sont bloqués, faute de disposer des tests "Elisa"
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Les chercheurs sont bloqués, faute de disposer des tests "Elisa" - © DIRK WAEM - BELGA (photo prétexte)

Sommes nous immunisés contre le Covid-19 lorsqu'on a déjà été malade? Ou peut-on le contracter une deuxième fois? C'est une question à laquelle le monde scientifique tente de répondre. Selon une étude de l'UMons, l'immunité serait temporaire. Des chercheurs de l'université (qui avaient déjà travaillé sur les symptômes de perte de goût et d'odorat) ont testé la présence d'anticorps chez des volontaires. Et, alors que ces anticorps sont bien présents quinze jours après la maladie, ils semblent nettement moins nombreux après trois semaines. 


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Les chercheurs ont testé 75 patients, entre 3 et 5 semaines après le début de leurs symptômes. Pour cela ils ont utilisé un kit, un kit de dépistage (Zentech), qui donne une indication en matière de sérologie, mais qui ne dit pas si vous avez 1.000, 2.000 ou 3.000 anticorps; il ne donne pas de résultat quantitatif précis, comme l'explique le professeur Sven Saussez, ORL et chercheur à l'UMons:

"Le kit diagnositic de Zentech est un kit où on met une goutte de sang et dix minutes plus tard on obtient une réponse sous forme d'une barre. Donc c'est un kit qui n'est pas quantitatif (...). Par contre, parfois la barre est très forte, très noire, et parfois elle est très faible. Et manifestement ça reflète plus ou moins d'anticorps mais on ne sait pas dire la quantification", regrette Sven Saussez.

Découverte à confirmer par des tests sanguins

Grâce à ces kits, les deux chercheurs, Sven Saussez et Jérôme Lechien ont donc constaté que l'immunité semblait diminuer, mais ces premiers résultats devraient être confirmés par des tests plus précis. Des tests sérologiques,"Elisa", avec une vraie prise de sang qui permette de vérifier la quantité d'anticorps au fur et à mesure des semaines qui s'écoulent. Le but étant de vérifier si, ce que les kits de dépistage semblent montrer (la diminution des anticorps au fil du temps), les tests sanguins le confirment.

Le fédéral bloque les tests et on ne sait pas pourquoi

Seulement voilà, les centres hospitaliers universitaires, les CHU n'ont pas accès à ces tests "Elisa". Ils ne peuvent pas en disposer, même pour la recherche, parce que le fédéral bloque ces tests. Les laboratoires les attendent... "Les réactifs sont bloqués par des consignes du fédéral", déplore le chercheur. Pourquoi? "Personne ne le sait".

Les laboratoires sont prêts et attendent ces réactifs, selon Sven Saussez, mais on n'avancera plus sur l'immunité sans ces tests Elisa. "Je comprends très bien qu'on bloque pour ne pas faire des tests Elisa à dix millions de Belges, c'est tout à fait logique, il faut une structure, un encadrement, mais on aimerait par contre pour les études qui sont indispensables, avoir accès à quelques milliers de kits.

Immunité invisible?

Reste que le chercheur n'exclut pas que, dans le cas d'un patient récidiviste, et même en l'absence d'anticorps détectables, notre organisme soit capable de produire des anticorps lui-même au moment où il serait de nouveau en présence du covid-19. 

Enfin, il subsiste l'espoir d'un vaccin, mais on ignore à ce stade combien de temps il nous immuniserait contre le virus. "On sait très bien que par exemple le tétanos, on doit le refaire tous les dix ans. D'autres vaccins vous immunisent plus longtemps, d'autres moins. Le vaccin va être indispensable mais combien de temps va-t-il nous immuniser? Combien de temps nos anticorps vont-ils survivre? C'est aussi une question essentielle mais impossible à mesurer sans les tests Elisa.

"Je ne vois pas pourquoi, pour la recherche, qui représente quelques milliers de patients, qui nous permettraient de répondre à toutes ces questions, je ne vois pas pourquoi on ne nous fait pas avancer...", se désole Sven Saussez.