Passe-Muraille : des détenus de la prison de Tournai se racontent dans un fanzine

L’intérieur gris d’une cellule. Un détenu y tourne en rond. Quelques notes de musique retentissent et une voiture jaune apparaît. Tadam ! Elle explose les murs de la prison et file vers Cuba rejoindre ses couleurs, ses palmiers et ses guitares. C’est l’histoire d’Ernesto. Une histoire dessinée qui figure dans ce fanzine réalisé au sein de la prison de Tournai.

Cette virée à Cuba représente, pour le détenu de 59 ans, "la liberté, respirer à nouveau, retrouver la vie normale. On est ici parce qu’on a fait des choses pas bien. On doit payer pour ça. Mais être enfermé, c’est dur…" Le temps long de la prison passe plus vite et prend plus de sens avec ce genre de projet, estime Jean-Pierre Grégoire, membre de la Commission de surveillance à la prison de Tournai : "C’est un projet mené de A à Z à travers la création d’une histoire, l’écriture et le dessin. Au bout du processus, on a un chef-d’œuvre, quelque chose de positif qui peut laisser des traces chez les participants".

Que feras-tu quand tu sortiras de prison ?

Vincent Leclercq, animateur, a aidé les détenus à accoucher d’un récit via des entretiens en tête à tête. "Par exemple, j’ai demandé à Christophe la première chose qu’il ferait en sortant de prison. Il a dit : J’irai sur la tombe de ma mère. J’aurais dû l’accompagner dans ses derniers moments. Je n’ai pas su, j’étais à la prison. Ça m’a touché. Je lui ai dit : Je crois que ça vaut la peine d’en parler."

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Dessin, français et expression: trois animateurs ont encadré le projet fanzine. © C. Zenko - RTBF

Parmi les histoires de Passe-Muraille, une boîte de sardine rappelle à un détenu le travail de son père, pêcheur, en Syrie. Un autre affronte une page blanche pour tenter d’écrire une lettre à son fils. D’autres évoquent l’addiction : à la bière ou aux jeux vidéo. Des histoires touchantes, mises en image grâce aux conseils de Xavier Maton, illustrateur. "Il a fallu faire rentrer leurs idées dans des cases, leur apprendre les codes de la bande-dessinée et à varier les plans. Par exemple, des images similaires évoquent la répétition. Un gros plan peut faire passer l’émotion…"

Se dessiner un avenir

Côté textes, Arlette Blomme, formatrice en alphabétisation, a aidé les détenus, parfois d’origine étrangère, à trouver les mots. "Certains ont fait des progrès en français, comme Ernesto. Mais ce qui est essentiel, c’est qu’ils puissent s’exprimer. Ce qui m’a interpellé, c’est ce Syrien qui ne parlait pas et qui a pu amener son histoire par le dessin. Grâce au fanzine, il a pu dire : 'Je suis ici, car en Syrie, ce n’était plus possible'."

L’atelier fanzine s’est déroulé avant le début de l’épidémie, précise la direction de la prison de Tournai. Mais le résultat vient de sortir. Passe Muraille est disponible sur commande et dans quelques librairies tournaisiennes (Chantelivre et Fanfulla). Un petit film d’animation, réalisé par Xavier Maton, présente les dessous de ce projet de longue haleine.

Ce premier fanzine est terminé, mais certains détenus n’ont pas déposé le crayon pour autant. "Quand je n’ai pas le moral, je dessine. Ça m’aide à me changer les idées", explique Ernesto. Et le dessin lui permet de se projeter dans l’après-prison. "Je dessine des vêtements. À l’avenir, j’aimerai ouvrir un local et coudre ma propre collection."

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"Quand je sortirai..." © C. Zenko - RTBF
Passe-Muraille est disponible dans certaines librairies à Tournai et sur commande. © C. Zenko - RTBF
"Ma petite boîte de sardines". © C. Zenko - RTBF
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