Obourg : 60 vaches en sursis, un agriculteur sans revenu

A Obourg, près de Mons, l’exploitation agricole d’Emmanuel Desquennes a été déclarée, il y a plus d’un an, contaminée aux PCB, des substances toxiques issues de l’activité industrielle. Il s’agissait d’un nouveau cas de pollution aux PCB à proximité d’un broyeur de métaux. Aujourd’hui, il se retrouve confronté à l’euthanasie de ses bêtes, chez lui et à ses frais.

Le champ de luzerne, cultivé par l’agriculteur pour nourrir ses bêtes, avait été contrôlé par l’AFSCA (Agence Fédérale pour la Sécurité de la Chaîne Alimentaire). Un champ situé à 200 mètres de COMET SAMBRE, une usine de broyage de métaux en Wallonie. Verdict du contrôle surprise réalisé par l’AFSCA : un champ pollué, donc un bétail contaminé, impropre à la consommation. Les PCB sont des substances qui s’accumulent tout au long de la chaîne alimentaire, on les retrouve dans les graisses animales.

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Toutes les bêtes vont finir au centre d’équarrissage © Anne-Françoise Moens

L’agriculteur se retrouve alors avec une soixantaine de vaches Bleu Blanc Belge qu’il ne peut pas vendre. Son entrepôt est bloqué, ses vaches sont fichées. Interdiction aussi de les envoyer à l’abattoir pour les euthanasier, les vaches en question risqueraient de contaminer toute la chaîne.

Alors que faire ?

Emmanuel Desquennes continue de soigner et de nourrir ses vaches, il travaille autant qu’avant. Mais il n’a pas de revenu depuis avril 2020 puisqu’il ne peut vendre aucune vache et qu’il ne perçoit aucune indemnité. " Ce n’est même pas que je travaille pour rien, c’est que mes bêtes me coûtent ! On a connu 3 sécheresses d’affilée, je n’ai plus de stock de maïs en silos et je dois acheter des aliments qui sont hors de prix. "

Mes bêtes, c’est le fruit de sélections depuis que je suis tout petit

La solution envisagée aujourd’hui est donc d’euthanasier les vaches contaminées et de garder les veaux sains. Mais cette opération devra se faire au cœur de la ferme, par un vétérinaire qui enverra alors les carcasses au centre d’équarrissage où elles seront broyées. " Que mes vaches partent demain ou dans 6 mois, ça me fera aussi mal. Toutes mes bêtes, c’est le fruit de sélection. Depuis que je suis petit, avant moi mes parents et encore avant, mes grands-parents. Tout va finir brûlé au centre d’équarrissage. Quel gâchis… Et puis j’aime mes bêtes, j’en suis fier. Mon métier c’est de nourrir les gens avec une viande qualité, pas envoyer des vaches au centre d’équarrissage. "

Le tribunal des référés devait examiner le cas de cette exploitation en urgence ce mercredi 13 octobre au matin. On ignore à ce stade quelle sera la décision rendue par la justice. En attendant, la ferme familiale semble bien appelée à disparaître.

Voir le témoignage d'Emmanuel Desquennes dans l'enquête de #Investigation sur les broyeurs à métaux

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